‹ Saint Michel et le Mont-Saint-MichelChapitre 62 sur 75 · VI

VI

LES ORIGINES DU THÉATRE FRANÇAIS (XIVᵉ SIÈCLE)

MIRACLE DE LA NATIVITÉ DE NOSTRE SEIGNEUR JHESUS CRIST[42]

PERSONNAGES:

JOSEPH. NOSTRE-DAME. ZEBEL. SALOMÉ. MICHIEL. GABRIEL. SIMÉON.

JHESUS. LE LIBRAIRE. PREMIER MAISTRE. DEUXIESME MAISTRE. TROISIESME MAISTRE. QUATRIESME MAISTRE.

JOSEPH.

Vueillez a moy entendre sa, Marie, doulce amie chiére; Je ne sçay en quelle maniére Avec moy vous puisse mener: Car il nous esconvient aler Jusqu’en la ville où je fui nez, A ce que li treuz paiez Soit de nous, et, a mon semblant, Si près estes d’avoir enfant, Ne sçay qu’en die.

NOSTRE DAME.

Joseph sire, cuer qui se fie En Dieu ne peut estre periz: Alons y donc. Sains Esperiz Par sa bonté nous conduira, S’il li plaist, et de nous fera Sa voulenté.

JOSEPH.

Dame, vous dites verité: Or vueille de nous deux commettre; Car je me vueil en chemin mettre Tout maintenant.

NOSTRE DAME.

Ce seroit grant desavenant, Joseph, puis qu’estes mon espoux, Se je n’aloie avecques vous: Et pour c’yray.

JOSEPH.

Chiére amie, et je vous menray Tout bellement.

NOSTRE DAME.

Sire, je suis ja malement Traveillie; querez un lieu Où nous puissons huimais pour Dieu Nous herbergier.

JOSEPH.

Dame, j’en craing moult le dangier: Car on m’a pour voir raconté Qu’en Bethleem, ceste cité, A tant venu pour voir de gent C’on ne peut trouver pour argent Ou place avoir.

NOSTRE DAME.

Sire, si vous faut il savoir Où habergie huimais seray: Car je croy que j’enfanteray Encor ennuit.

JOSEPH.

Hé! m’amie, or ne vous ennuit Tant qu’a celle femme soions Que la voy. Si li demandons S’aucun lieu nous enseignera. Dame, Dieu du ciel qui tout a Creé, vous doint beneiçon! Enseigniez nous une maison, Se vous savez, ou aucun estre Où sanz plus huimais puissons estre. Herbergié, dame.

ZEBEL.

Sire preudons, foy que doy m’ame, Vous estes venuz mal a point: Car je ne sçay de maison point: Ou il n’ait gent à grant planté, Si qu’enseignier en vérité Ne vous saroie lieu nesun, Se ce n’estoit un lieu commun, Liquelz n’est pas pour vous honnestes: Car la foraine gent leurs bestes Quant il sont venuz au marchié, Sitost qu’il les ont decharchié, Y mettent, sire.

NOSTRE DAME.

Ha! dame, que Dieu vous gart dire! Y seray je par vous menée? Je sui de traveil si lassée Que ne puis plus.

ZEBEL.

Dame, oil, sanz faire refus: Vous me samblez de bon affaire Et preste, ce croy, de bien faire. Sçavez vous terme?

NOSTRE DAME.

Nanil; pour voir le vous afferme, Ma doulce amie.

ZEBEL.

Dame, ne vous mentiray mie: Vezci le lieu que je disoie. Entrez ens. Dieu vous y doint joie De vostre corps.

NOSTRE DAME.

Joseph, alez me tost là hors Aucune ventriére amener: Car je senz bien que delivrer D’enfant me fault.

JOSEPH.

C’y vois de cuer joiant et baut, Sans faire sejour ne détri. Dame, je vous requier et pri Que vous li tenez compagnie, Afin que seule ne soit mie, Tant que reviengne.

ZEBEL.

Sire preudons, quoy qu’il aviengne, N’en doubtez point, ne la lairay. M’amie, je vous aideray Voulentiers. Comment vous est il? Certes, je crainz moult le peril Où je vous voy.

NOSTRE DAME.

Bien, dame; pour Dieu, aidiez moy; Vueilliez mon enfant recevoir; Car nulle autre n’y peut pour voir A temps venir.

ZEBEL.

Je le feray de grant desir. Ha! Dieux! que je voy grans merveilles! Onques mais ne vi les pareilles: Car je tieng un fil né de mere Sanz generacion de pere Corporelle, et par verité La vierge en sa virginité Est demeurée.

NOSTRE DAME.

Doulce amie, s’il vous agrée, En ces drapiaux envelopez Mon enfant, et puis le metez Ci delez moy.

ZEBEL.

Voulentiers, dame, par ma foy; Au bien couchier vueil mettre cure. E! enfes, doulce creature, Bien puisses tu ore estre nez Et bons eurs te soit donnez! Car tu es gracieus et doulx Et plaisant sur les enfans touz C’onques en ma vie vi naistre. Tenez, dame, vueillez le mettre De vous bien près.

NOSTRE DAME.

M’amie, moult en suis engrès; Baillez le sa.

JOSEPH.

Dame, Dieu vous gart! Il a là Une femme d’enfant enceinte, Et sachiez qu’elle est si atainte Qu’il lui semble bien sanz doubter Que maintenant doie enfanter. Pour ce, dame, je vous requier, S’il vous plaist, venez li aidier Par charité.

SALOMÉ.

La dame dont m’avez compté, Sire, où fait elle son demour, Respondez me voir par amour, Ne qui est elle?

JOSEPH.

C’est une jonne damoiselle Qui m’a esté donnée à fame, Qui n’a pas plus de treize ans, dame, Et s’est née de Nazareth. Pour Dieu, mais qu’il ne vous soit lait, Ma chiére amie, à li venez, Si que de l’enfant quant iert nez Serez ventrière.

SALOMÉ.

Sire, avec vous à lie chiére Yray, puis qu’en avez mestier: Car aussi est ce mon mestier D’enfans noviaux nez recevoir. Alons men tost sans remanoir; N’atarjons point.

JOSEPH.

Alons, dame: Dieu doint qu’a point Y puissez estre!

SALOMÉ.

Sire, dites moy en quel estre Vous me menez.

JOSEPH.

M’amie, assez tost y serez. C’est ci, ce sachiez, qu’est la fame Pour qui je vous amaine, dame. Or entrez ens.

SALOMÉ.

Diex du ciel vueil estre ceens Par son plaisir!

ZEBEL.

Salomé, bien puissez venir! Que venez querre?

SALOMÉ.

On m’a ci amené bonne erre Pour une femme qui travaille, A qui je dois estre la baille De son enfant.

ZEBEL.

Salomé, pour voir vous créant Que trop à tart vous y venez: Car li enfes si est ja nez Et vezla la mere couchie; Et si sachiez c’onques touchie Ne fu d’omme en nulle manière; Ains est vierge de corps entière: Car je l’ay bien hui esprouvé, Et pour voir telle l’ay trouvé A l’enfanter.

SALOMÉ.

Tu te feras des gens moquer, M’amie, se plus diz telz moz: Ne porte à femme ja ce loz Qu’elle puist enfant concevoir Sanz congnoissance d’omme avoir: Ce ne peut estre par nature; Ne qu’enfanter puist vierge pure, Ne le dy mie.

ZEBEL.

Quoyque des autres ne le die, De ceste le tesmoingneray, Qu’après l’enfanter trouvé l’ay Vierge pucelle.

SALOMÉ.

Certes, c’est chose si nouvelle Que se de mes yeulz ne veoie La dame, et de mes mains touchoie, Je ne croiroie point tel dit; Pour ce maintenant sanz respit L’iray veoir et puis taster. Lasse! j’ai perdu le taster. Lasse! lasse! lasse! mes mains Ay perdu. E! lasse! s’au mains L’une des deux demourast vive, Bien me fust; mais lasse! chetive! Ceste forment me desconforte, Que je voi qu’elle est toute morte: Et ceste ci redevient seiche Aussi comme une vielle meiche. Dieux! or vivray je en mescheance Quant les membres dont ma chevance Par honneur je souloie avoir Pers ainsi. Lasse! Or ne sçay voir Que puisse faire.

MICHIEL.

Gabriel, pour le cuer reffaire De joie à la vierge bénigne Qui du filz Dieu gist en gesine Nous fault en Bethléem aler Et devant la dame chanter. Or y alons.

GABRIEL.

Certes, Michiel, c’est bien raisons Que de nous ait aucun soulaz: Car humains par elle des laz A l’ennemi seront hors mis, Et seront fait a Dieu amis; Et dès maintenant leur paix ont Tuit cil qui de bon vouloir sont. Pour c’est li fil Dieu nez en terre. Or y alons, Michiel, bonne erre; Je vous em pri.

MICHIEL.

Alons sanz plus faire detri, Et chantons pour nous rehaitier.

Rondel.

On doit bien la dame prisier En qui prist par dileccion Dieu le fil incarnacion; Puisqu’a Dieu fist homme appaisier, On doit bien la dame prisier. Car Dieu enfanta sanz brisier De riens sa vierge affeccion, Et pour c’en grant devocion On doit bien la dame prisier En qui prist par dileccion Dieu le filz incarnacion.

SALOMÉ.

E! Diex pour quelle mesprison Sui-je ainsi laidement batue? Lasse! de forte heure embatue Me sui ceens, au dire voir, Pour enfant mortel recevoir, Quand g’y ay mes deux mains perdu: Dont j’ay le cuer si esperdu, Ne sçay que dire.

ZEBEL.

Salomé, je me doubt qu’en ire Dieu contre vous meu ne soit Pour aucun pechié qu’en vous voit, Qui par aventure est en vous, Ja soit ce que nous pechons touz, Dont il se veult ore vengier: Car il est juge droiturier. Mais il est si misericors Que qui de soi met pechié hors Et merci li prie humblement Il l’appaise ligiérement: Si que je vous conseil pour bien, M’amie, se vous savez rien Qu’aiez meffait encontre li Que vous li en criez merci: Ce sera sens.

SALOMÉ.

A ce conseil, Zebel, m’assens; Car il me semble raisonnable: Mais je ne sçay de quoy coulpable Vers li tant soie.

GABRIEL.

Michiel, bien devons mener joie; Regardez com noble mistere! Vierge est de son createur mere: Car elle l’a vierge enfanté, Et la divine majesté C’est à enfermeté conjointe, Et foy c’est a cuer d’omme adjointe Pour tout ce croire.

MICHIEL.

Gabriel, c’est parole voire. Dieu c’est fait homs dessous nature Pour ce que soient l’escripture Et tuit li prophete acompli, Et li siéges es cieulx rampli Qui sont touz vuidz.

GABRIEL.

Ce nous tournera à deduiz, Michiel amis, et à grant gloire. Par amour ors disons encoire Ce rondel qui moult m’atalente:

RONDEL.

Vierge royal, dame excellente, Sur toutes autres pure et monde, Qui ne vous sert pensée à lente, Vierge royal, dame excellente; Car du fruit avez est à l’ente Qui de nient crea tout le monde; Vierge royal, dame excellente, Sur toutes autres pure et monde.

SALOMÉ.

E! sire Diex, s’en vous habonde Ne pitié ne misericorde, Je vous pri de moy vous recorde, Et me vueillez estre amiable, Dieu du ciel, pére esperitable: Car se j’ay n’en parler n’en fait Riens, sire, contre vous meffait, Pour quoy vous me punissiez ci, De cuer vous en requier merci Que le me vueillez pardonner, Et me vueillez, sire, donner Par vostre infinie bonté, S’il vous plaist, parfaite santé Dessus mes membres.

GABRIEL.

Salomé dame, or te remembres, Que pour ce que tu n’as veu Vierge enfanter, ne l’as creu; Ains le vouloies esprouver; Pour ç’a volu Dieux estriver A toy qu’estrivoies à lui, Et t’a envoié cest annuy Qui te doit estre à grant contraire. Or t’avise que Dieu peut faire Plus que vierge faire enfanter, Et, se tu le croiz sanz doubter, Atouche l’enfant seulement, Et tes mains saines vraiement Recouvreras.

SALOMÉ.

Ha! sire, ne me moquez pas. Qui estes vous? Dites le moy, Si vous plaist, et je vous em proy: Ne vous voi mie.

GABRIEL.

Je sui un ange, belle amie; Sachez que je te compte voir. Si tes mains veulz saines ravoir, Fai ce qu’ay dit.

SALOMÉ.

Je le vois touchier sanz respit. Enfes doulz et beneurez, Si voirement com tu es nez De vierge, et ainsi je le croy, Et que mes mains en cette foy Mett sur toy, Dieu par son plaisir, Ains que de ci puisse partir, A sa merci me vueille prendre! Ha! Dieu, bien vous doy graces rendre, Puis que tant m’avez honnouré Que mes mains m’avez restoré, Sire, en santé.

ZEBEL.

Il est Diex parfaiz en bonté, Salomé, ce pouez savoir. Nous devons espérer pour voir Que cest enfant de par lui vient, Puis qu’après l’enfanter il tient Vierge la mère.

SALOMÉ.

Voire, et dire qu’il en est pére. Zebel, moult doiz grant joie avoir, Quant tel enfant poz recevoir. Et vous, dame, moult estes digne, Qui gisez de ceste gesine Esmerveillable.

NOSTE DAME.

A Dieu, le pére esperitable, En soit la gloire atribuée, Quant de sa grace m’est donnée Si grant partie.

SALOMÉ.

Ja ne quier estre departie De vous, dame, s’il vous agrée, Tant que vous soiez relevée Tout à vostre aise.

NOSTRE DAME.

Chiére amie, ne vous desplaise, Zebel seule bien me souffist. Alez à celui qui vous fist Qui vous gart l’âme!

SALOMÉ.

Je m’en vois donques. A Dieu, dame. Puissiez remaindre!

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SIMÉON.

Dieu de lassus, fai tes cieulx fraindre: Envoie nous ton filz en terre, Par quoy soit finée la guerre Que tu as à l’umain lignage, Si qu’avoir puissons l’eritage Pour quoy, sire, tu nous formas. Et, sire, longuement nous as Anoncié par tes sains prophètes, Et tant belles promesses faites Du rachat de lignie humaine Que li Sathans en enfer maine! Ysaïes a dit pour voir Qu’une vierge doit concepvoir Et enfanter un vierge fil Qui hors gettera du peril D’enfer le peuple d’Israel, Et ara nom Emanuel. Sire Dieu père, ceste grace Que faire nous doiz, quant sera ce? Ha! Dieux, cil enfes quant venra Ne quant sera ce qu’il naistra. Afin que je veoir le puisse? Je ne cuit pas que ci me truisse Cest enfant que je tant désir. Dieux, te venroit il à plaisir A moi de grâce pourveoir, Tant que cil œil ci de veoir Ycellui soient saoulé, Par qui de mon cuer reveillé Seront il œil?

MICHIEL.

Gabriel amis, aler vueil, Car il m’est de Dieu conmandé, A Simeon qui demandé Li a un don par grant desir. Ne vous vueilliez de ci partir; Si revenray.

GABRIEL.

Michiel, ci vous attenderay; Alez au Dieu plaisir, amis: Puisque vous y estes conmis, C’est bien raison.

MICHIEL.

Paix soit avec toy, Simeon! En ton cuer doiz avoir grant joie Sains Esperiz à toi m’envoie Et te mande, n’en doubte pas, Que ja la mort ne gousteras Si aras veu le Sauveur Du monde: ceste grant honneur Te veult il faire.

SIMÉON.

Ha! vrai Diex, pere debonnaire, Quant ert ce? Ja sui je si vieulx Qu’à peine puis lever les yeulx Et mon corps sur piez soustenir: Je ne cuiday onques venir A tel vieillesce.

MICHIEL.

Or aiez cuer plain de leesce. Pour ce que tant l’as désiré Et en ce désir demouré Est devant Dieu ta voix oie, Et ta clamour est essaucie, Si que venuz es à ce point Que le verras; n’en doubtes point. A Dieu te dy.

SIMÉON.

A! Dieu pére, je vous mercy, Quant en ce siècle tant vivray Qu’à mes deux yeux celui verray Qui sauveur du monde sera; Certes, mon cuer repos n’ara Tant que le voie.

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NOSTRE DAME.

Zebel, il est temps que je doye De ceste gesine lever, Et au temple de Dieu aler Pour ma purificacion, Et mon filz en oblacion Porter: c’est droiz.

ZEBEL.

C’est mon, dame; il a plus d’un mois Que vous acouchates, ce croy, Voire quarante jours, par foy: Bien m’en souvient.

NOSTRE DAME.

C’est voir, m’amie; il vous convient Que vous m’alliez deux turtres querre Ou deux jeunes coulons bonne erre, Qu’avec moy seront apportez: Mon enfant en ert rachatez Après s’offrande.

ZEBEL.

Dame, mon cuer se reconmande A faire tout vostre plaisir: Querre les vois de grant desir, Telz que je sçay qu’ils doivent estre. Je ne revenray en cest estre Si les aray.

NOSTRE DAME.

Or ne faites pas long delay, M’amie chiére.

ZEBEL.

Dame, revien je tost arriére? Vezci une paire d’oisiaux, Qui sont et gracieux et biaux, Je vous creant.

NOSTRE DAME.

M’amie, et nous fault mon enfant Couchier en nouviaux drapelez, Touz les plus biaux et les plus nez Que j’ay; et puis si en irons Moi et vous, et le porterons Au temple offrir.

ZEBEL.

Ainsi le fault pour acomplir De la loy le conmandement. Delivrons-nous, dame, briévement; Il en est heure.

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SIMÉON.

Pére des cieulx, moult me demeure Que je voie ton enfant chier, Que tu doiz en terre envoier Pour le sauvement des humains. Haste toy, doulx pére hautains; Romps tes cieulx, euvre paradis. Acomplis ce que m’as promis, Dieu de lassus!

GABRIEL.

Or tost, Symeon, liéve sus; Aorne toy sanz deporter. Vez ci c’on te vient apporter L’enfant, moult te doit estre bel, Qui sera du peuple Israel Sauveur et sire.

SIMÉON.

Ha! Dieux, onques mais n’oy dire Chose qui tant me feist joie. Certes tenir ne me pourroie Qu’à l’encontre de li ne voise: Car sa venue moult m’envoise Et rebaudist.

ZEBEL.

Dame, or veez s’il vous suffist. Vezci votre enfant; couchié l’ay Au miex que je couchier le say, Se m’aist Diex.

NOSTRE DAME.

Zebel, m’amie, on ne peut miex: Or en alons.

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GABRIEL.

Michiel, cy plus ne nous tenons: Alons nostre Dieu convoier, Et pensons de nous avoier D’un biau chant dire.

MICHIEL.

Je ne vous vueil mie desdire. Mon tresdoulx ami Gabriel; Je vous pri, disons ce rondel: Car de moy joie le cuer emble.

Rondel.

Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née, Par droit devez estre honnorée Plus que nulle autre, se me samble, Et miex amée, Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née: Car pour vous d’omme et Dieu ensamble Est hui donnée Offrande au temple desirée; Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née, Par droit devez estre honnorée.

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SIMÉON.

Bien puissiez estre relevée, Dame, qui au temple venez! Ce doulx enfant que vous tenez, Pour Dieu mettez le sur mes bras; Dessus l’autel, n’en doubtez pas, Le porteray.

NOSTRE DAME.

Voulentiers le vous bailleray. Tenez, sire, je le vous offre: Après vous feray j’une autre offre, Pour li ravoir.

ZEBEL.

Dame, vez la ci preste, voir, En ce panier.

SIMÉON.

Dieu, je te doy bien mercier, Qui le mien cuer en paix as mis; Car ainsi com tu m’as promis Par ta parole qui est voire, Je voy le salut et la gloire Qu’a ton peuple as appareillié; S’en ay, sire, le cuer si lié Qu’avis m’est que doie partir. Or fay de mon corps departir, Sire, l’ame quant te plaira, Puis que mon cuer son desir a, Dont tant ay joie.

NOSTRE DAME.

Zebel, il est temps que je doie Faire m’offrande, ce m’est vis. Bailliez ça ces oisellez vis Et ce cierge aussi alumé, Ainsi qu’il est acoustumé: Pour mon enfant ravoir, au prestre Voulray tout donner, et pour estre Purifiée

ZEBEL.

Je feray de voulenté lie, Dame, vostre conmandement. Tenez, offrez appertement Au nom de Dieu.

NOSTRE DAME.

Sire prestre, tenez en lieu De ma purificacion Ce cierge, et en oblacion De mon enfant ces oisiaux ci. Que Dieu par la seue merci Nous vueille aidier!

SIMEON.

Dame, je tien que nul mestier De purefiement n’avez: Car ce filz qui de vous est nez N’est pas venuz par euvre d’omme; Ainsi est filz de Dieu, c’est la somme, Qui pris a corps et nouvelle ame; Et pour ce je vous di bien, dame, Qu’à l’eure de sa passion, Pour la grant tribulacion, Dame, qu’endurer li verrez, Si tourmentée en cuer serez Que la douleur qu’il souffrera Parmi vostre ame passera, Et sa mort vous sera à mort. Li cuer si me dit et remort Qu’ainsi doit avenir sanz faille. Tenez, dame, je le vous baille. Alez vous ent.

NOSTRE DAME.

Diex en fera à son talent, Sire; c’est bien raisons et droiz. Par vostre congié je m’en vois; A Dieu vous di.

ZABEL.

Sire, je vous commant aussi A Dieu le pere.

GABRIEL.

Or fault que nostre voiz s’appere En chantant, Michiel, doulx amis, Tant que nostre rondel pardis Sera du tout.

MICHIEL.

Gabriel, mettez soing et coust, Que vostre chant au mien s’assemble.

Rondel.

Car par vous d’omme et Dieu ensamble Est hui donnée Offrande au temple desirée; Humble vierge, à qui ne ressamble Personne née, Par droit devez estre honnorée.

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JOSEPH.

Dame, je say qu’acoustumée Est que l’evesque et li provoire Font hui moult grant feste, en memoire Que Dieu noz peres tant ama Que d’Egipte les delivra Hors des mains au roy Pharaon, Par Moyse et par Aaron. En savez rien?

NOSTRE DAME.

Joseph, sire, il me membre bien Qu’en fait hui feste, en remembrance De ce que Dieux à delivrance Mist tout son peuple hors d’Egipte, Et que la mer où nulz n’abite Passèrent sanz estre moillez, Et l’ost d’Egipte y fut noiez Et tout perdu.

JOSEPH.

Marie, c’est voir; ainsi fu: Et pour ce de toute Judée A ceste solempnel journée En Jherusalem leur offrande Portent tuit. Ainsi le conmande Dame, la loys.

NOSTRE DAME.

Sire, c’est bien raison et droiz Que moy et vous donc y alons, Et Jhesu, nostre enfant, menons Avec nous: s’offerrons ensemble. C’est bon à faire, se me semble; Et vous qu’en dites?

JOSEPH.

Nous n’en pouons, dame, estre quittes Autrement; si que par amour Appareilliez vous sanz demour, Et vous, biau filz: si en irons. Au temple de Dieu vous menrons Hui, se Dieu plaist.

JHESUS.

Je sui tout prest, sire, s’ous plaist Ma mére et vous.

NOSTRE DAME.

Oil certes, mon enfant doulx. Alons men, sire.

JOSEPH.

Or alons, que Dieu nous gart d’ire. Il n’y a pas de ci granment; Nous y serons assez briement. Venez, biau filz.

JHESUS.

Pere, soiés certains et fiz Que g’y vois moult tres voulentiers. Avançons nous endementiers Que temps avons.

NOSTRE DAME.

Vezci le temple où nous alons. Biau filz, tout bellement venez; Pour Dieu, de moy près vous tenez. Je vous en pri.

JHESUS.

Mére, alez; si feray je si: Ne vous doubtez.

JOSEPH.

Marie dame, or m’escoutez. Ceens ara ja si grant presce, Que maint y seront à destresce: Car gens venront de toutes pars. Ne soions pas d’offrir eschars, Mais dessus cest autel mettons Nostre offrande, et nous en alons Ysnellement.

NOSTRE DAME.

Sire, je l’accors bonnement: Or, offrez donques sanz delay. J’ay tout prest ce que j’offerray Sur cest autel.

JOSEPH.

J’ay offert; or faites autel Que j’ay fait, dame.

NOSTRE DAME.

Joseph, moult voulentiers, par m’ame. Qu’il est raisons.

JOSEPH.

Par amour, or nous en alons, Puis que noz offrandes sont faites: On verra maishui moult de sectes De gens venir.

NOSTRE DAME.

Je ne me vueil ci plus tenir. Venez vous en, biau filz Jhesus. E! lasse! qu’est il devenuz? Pas ne le voy?

JOSEPH.

Avoy, ma doulce amie, avoy! Comment! Jhésus est-il perduz? Haro! je sui touz esperduz! Que n’en voy point.

NOSTRE DAME.

E! lasse! grant douleur m’espoint. Je ne scay où il est alez. Lasse! lasse! il s’est egarez! Lasse! biau filz, où te querray? Lasse! je croy de dueil morray, Se ne te truis.

JOSEPH.

Dame, alons tost de huis en huis Demander se nuz l’a veu. Lasse! comme il a deceu, S’il n’est chiez l’un de noz parens! Yssons de ci: parmy ces rens Si l’alons querre.

NOSTRE DAME.

Pour Dieu, Joseph, alons bonne erre; Sa perte moult me desconforte. Lasse! je sui honnie et morte, S’il n’est trouvez.

JOSEPH.

Dame, ne vous desconfortez: Car en tant de lieux le querrons, Se Dieu plaist, que le trouverons Encore ennuit.

· · ·

JHESUS.

Amis, mais qu’il ne vous ennuit, Je vous pri que vous me monstrez Ce livre: assez tost le rarez, Je vous creant.

LE LIBRAIRE.

Voulentiers; tenez, mon enfant. C’est un livre de prophecies, Et le fist le bon Ysaïes: N’en doubtés point.

JHESUS.

De par Dieu, en aussi bon point Que le bailliez, le vous rendray: Car de ci ne me mouveray Tant que le vous aie rendu: N’en aiez ja cuer esperdu.

Spiritus Domini super me; eo unxit me, evangelizare pauperibus misit me, sanare contritos corde et predicare captivis remissionem et cecis visum, dimittere confractos in remissionem, predicare annum Domini acceptum et diem retribucionis.

Vostre livre tenez, amis; Je vous le rens entier et sain. Biaux seigneurs, sachiez de certain, Combien que soiez li greigneur Maistre de la loy et docteur, Ne le tenez ja à merveilles, Qu’aujourd’hui est en voz oreilles Ceste prophecie acomplie, Et ceste escripture aemplie Par verité.

PREMIER MAISTRE.

Seigneurs, avez vous escouté Cest enfant, conme il a leu Et puis conment sur ce meu A sa raison?

DEUXIESME MAISTRE.

Hé! c’est parole d’enfançon; On la doit mettre en nonchaloir: Il lui semble bien qu’il dit voir; Laissons ester.

TROISIESME MAISTRE.

Qui le meut ore à repliquer Ainsi contre nous l’escripture? Que Dieux li doint male aventure! Qui peut il estre?

QUATRIESME MAISTRE.

Je sçay bien qu’il n’ot onques maistre Ne ne hanta onques l’escole; Mais ainsi de nous se rigole Conme un enfant sot et nicet. Ne savez vous pas qui il est? C’est Jhesus, c’on dit qui est filz De Joseph, qui est touz flouriz Ja par viel aage.

PREMIER MAISTRE.

Il a dit parole trop sage, Et bien l’a sceu appliquier. Enfes, ça vien: je te requier Que tu me dies verité. Dy moy: en quelle auctorité Diz tu de ceste prophecie Qu’elle est hui en nous acomplie? Qui t’a donné ceste science Qu’osé l’as, en plaine audience Devant nous dire?

JHESUS.

S’enquerre et savoir voulez, sire, Qui m’a donné ceste science. Respondez moy ci en presence De ce que vous demanderay. Se me respondez sanz delay, Mais que ne me mentez de nient Dont ceste science me vient Tantost sarez.

PREMIER MAISTRE.

Biau sire, et vous response arez: Demandez tost.

JHESUS.

Je vous demans sanz plus ce mot: Respondez en selon vostre esme. Vint du ciel le Jehan batesme Ou bien des hommes?

PREMIER MAISTRE.

Seigneurs, oez vous con nous sommes De cest enfant ci argué? Nous serons du peuple hué, Se nous ne li savons respondre. D’une autre part nous fault respondre, Pour prendre advis.

DEUXIESME MAISTRE.

Je vous diray que j’en devis. Se nous disons que du ciel est, Il est de respondre tout prest: Pourquoy donques ne le creons? Se des hommes est li disons, En verité il semblera, Et respondre aussi le pourra, Que nous cremons le peuple plus Que Dieu: ainsi sommes confus. Qu’en dites-vous?

TROISIESME MAISTRE.

Que dire n’en sçay, sire doulz, Par le grant Dieu.

QUATRIESME MAISTRE.

Onques mais je ne fui en lieu Ou l’en trouvast enfant si sage. Il nous fera avoir hontage A touz ensemble.

DEUXIESME MAISTRE.

Non fera, seigneurs, qu’il me semble Que j’ay responce contre lui Qui luy pourra estre à annui. Alons à li; je la feray. Biau sire, je vous respondray: Le baptesme dont vous parlez, Dont il vient, ce nous demandez; Nous ne savons.

JHESUS.

Ne je ne vous feray respons Nul aussi, en quelle science J’ay ci dit, en vostre audience, Ce que j’ay dit à touz ensemble. Mais dites moi voir que vous semble. D’un homme qui deux filz avoit: A l’un dit: va t’en bon exploit, Filz, en ma vigne labourer; Et cil li sçot bien refuser Et de son pere se parti; Mais assez tost se repenti Et en la vigne ouvrer ala. Le pere à l’autre filz dit a Aussi qu’au premier avait fait: Le filz respondit tout à fait Que son conmandement feroit Et qu’en sa vigne ouvrer yroit: Toutes voies point n’y ala. Dites moy liquelx des deux a Mieux fait le voloir de son pere: C’est ci une chose legière Pour y respondre.

DEUXIESME MAISTRE.

Sanz ceste chose plus espondre, Nous disons: celui le fist plus Qui premier ot fait le refus, Et puis ouvra.

JHESUS.

Aussi sachiez qu’il avenra Pour voir, ains le derrenier jour, Que li publique pecheour Ou regne Dieu seront avant Mis que vous, je le vous creant, Aussi seront les foles fames; Pour ce vous sera grant diffames, Pour ce qu’il ont creu Jehan Entre elles et li publiquan, Et vous ne l’avez pas creu, Ne n’avez repentance eu De vos durtez, c’est chose voire, Quant à lui veez telz gens croire Et vous n’i eustes creance; Pour ce vous sera à grevance; A honte et à confusion A la grant resurreccion De toutes gens.

TROISIESME MAISTRE.

Il pert bien conme es negligens Et fol, quant nous fais mencion Qu’il soit ja resurreccion N’autre siècle qu’il a icy. Or me respons donc a cecy: Conment ce que diz avenra? Moises dist et conmanda En la loy que s’ome moroit Sanz lignie, se femme avoit, Que son frere si l’espousast, A la fin que il recouvrast En lieu de son frere lignie. Or avons veu qu’il n’a mie Granment, qu’il estoient set frere, Dont li aisné, c’est chose clere, Qui femme avoit, morut sanz hoir. Avint que li secons avoir Convint la dame et l’espousa, Mais sanz lignie trespassa: Ainsi du tiers, du quart, du quint, Du sixiesme et setiesme advint. Touz set celle dame espouserent, Et sanz avoir hoirs trespasserent. La dame après est trespassée. Quant venra à celle journée, Que tu diz que tout ressourdront, A qui sera-el femme adonc? Tuit l’ont eue.

JHESUS.

Que vous estes gent malostrue Et plains d’erreur, quant à ce point L’Escripture ne savez point, Non faites vous la Dieu vertu! Savoir devez, fol malostru, Qu’à celle resurreccion On n’y espousera pas, non, Ne ne sera l’en espousé; Mais tuit li bon resuscité Seront comme ange en la Dieu gloire. Ne lisez vous, c’est chose voire, Du resuscitement des mors, Que Dieu qui est misericors Si vous a escript à vos yex? «Je suis d’Abraham, dit il, Diex, Dieu d’Isaac et de Jacob.» Estes vous soluz a ce cop? Or aiez en vous ce remors, Qu’il ne se dit pas Dieu des mors, Mais des vivans.

· · ·

NOSTRE DAME.

E! Diex, or est li mien dueilz granz, Et ce n’est mie sanz raison. Hé! biau filz, par quelle achoison De moy t’es ainsi departiz? Mon cuer à grant doleur partiz, Et me fais plaine de destresce. Lasse! lasse! filz, coment est ce Que de moy es si esloingniez? E! lasse! et que le m’enseigniez, Bonne gent, se le savez point. Il m’est avis que l’en me point Et fiert d’un glaive en chascun membre Quant de mon enfant me remembre, Que ne truis mie.

JOSEPH.

Par foy, c’est mau fait, doulce amie, De vous ainsi desconforter: Pour Dieu vueilliez vous deporter. Au temple arriére retournons; Espoir que nous l’i trouverons, Et qu’il est là.

NOSTRE DAME.

Sire, allons où il vous plaira, Pour Dieu et me laissiez en paiz. Pour li ne vueil user jamais Qu’en pleur mes ans.

QUATRIESME MAISTRE.

Biau maistre, encore te demans Qui est selon ton escient Tout le plus grant conmandement De nostre loy.

JHESUS.

Je t’en responderay par foy Ce qui n’est pas à getter pueur: «Aime Dieu de trestout ton cueur,» Non pas conme un homme aime famme; Aime l’ainçois de toute t’ame, Et aussi de tout ton pouoir. Li second conmandement voir Est à ce premier ci semblables: C’est que tu soies amiables; Car il dit: «Aime ton prouchain Com toy mesmes»; et de certain En ces deux conmandemens ci Pent toute la loys et aussi Tuit li prophete.

QUATRIESME MAISTRE.

Ceste response est si honneste, Maistre, qu’à dire sui tenuz Que tu es de par Dieu venuz: Car nul ne peut ce que tu diz Dire, de ce sui je touz fiz, Se premièrement ne venoit De par Dieu, et se Dieu n’estoit Avecques lui.

JHESUS.

Et pour tout certain je te dy: Qui ne renaist nouvellement Le royaume Dieu nullement Ne peut veoir.

QUATRIESME MAISTRE.

Conment, maistre, peut donc avoir Viel homme nouvelle naiscence? Je ne croy que nulz ait poissance Telle qu’il se puist mettre ou ventre De sa mère, ne qu’il y rentre Pour naistre enfant.

JHESUS.

Tu as engin mal entendant. Je te di que nulz n’enterra Ou regne Dieu, qui ne sera Aussi conme maintenant nez, Tout de nouvel regenerez En yave et ou saint esperit: Car savoir doiz sanz contredit Que ce qui de char naist char est, Et ce qui de l’esperit naist Est esperit par autel point. Ne te merveilles donques point S’en ma raison m’as oy mettre Que, pour estre sauf, il fault naistre Tout derrechief.

QUATRIESME MAISTRE.

Du savoir suis à grant meschief Conment peut c’estre.

JHESUS.

Conment? Tu tiens siége de maistre Et si es si plain d’ignorance Que tu n’en as pas congnoissance! Se je vous parle en general Des choses qui sont en aval, Qui sont les choses terriennes Et n’i creés, les celestiennes Conment croirez se les vous di? Je ne sçay. Dites moy ceci: Je vous demant à touz ensemble En verité: de qui vous semble Que Crist, qu’a avoir attendez, Par qui devez estre sauvez, Que il soit filz.

QUATRIESME MAISTRE.

Maistre, il sera filz de David; Se lisons nous.

JHESUS.

Or gardez bien: que dites vous? Comment seigneur en esperit L’appelle dont David qui dit:

Dixit Domimis Domino meo: Sede a dextris meis, donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum?

Se David par cette raison Son maistre et son seigneur l’appelle, Conment sera la chose telle Que son fil soit?

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NOSTRE DAME.

Ha biau filz, es tu ci endroit? E! lasse! que nous as tu fait? Trop nous as mis en grant dehait. Entre Joseph, ton pere, et moy, Nous t’avons quis trois jours par foy De lieu en lieu, chiez noz parens. Nous ne savions mais par quel sens Nouvelles de toy eussions. Je crois que touz deux mort feussions Se nous ne t’eussions trouvé. Nostre joie avons recouvré, Quant te veons.

JHESUS.

Pour quoy, mere? quelle achoisons Vous a fait gester si voz pas? Dites moi, ne savez vous pas Qu’es choses qui sont de mon pere Il esconvient que je m’apere Desoremais?

JOSEPH.

Certes, je ne fu onques mais Si troublez conme j’ay esté Pour toy, biau filz, qu’en verité Nous te cuidions avoir perdu: S’en estions si esperdu, Que nous ne savions que faire Ne ne savions quel part traire Pour toy trouver.

JHESUS.

Ore c’est fait; laissons ester; Il devoit ainsi avenir. Que pensez vous à devenir? Nous avons assez esté ci. Où irons nous, pour Dieu merci, De ci endroit!

NOSTRE DAME.

Biau filz, nous en irons tout droit Chiez un mien ami bien prouchain, Qui de vous veoir a grant fain Dessus son lieu.

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PREMIER MAISTRE.

Seigneur, je ne tiens pas à jeu Ce que ce garçon dit nous a: Le peuple nous en moquera, J’en sui certains.

DEUXIESME MAISTRE.

Il me poise que de mes mains Ne li ay batu le visage. Conment l’ont fait dyable si sage, Qu’il nous a touz quatre maté? Par le grant Dieu, j’en ai esté Et sui encore si plain d’ire Qu’il me semble c’om me martire. D’une grant masse.

TROISIESME MAISTRE.

Il convient que ce dueil se passe. Que dyable y soit! Laissons ester Ce larroncel: alons disner; Je miex n’i voi.

QUATRIESME MAISTRE.

Sire, de ma part je l’ottroy. Alons touz quatre en ma maison: Je vous donrray à grant foison Rost et pastez, poisson, blanc pain, Et de bon vin de Saint-Pourçain, Trestout pour nient.

NOSTRE DAME.

Biau filz, aler nous en convient En Nazareth, dont nous venismes: Car, si m’aist ly roy haultismes, Il me tarde moult que j’y soie. Joseph, mettons nous tost à voie, S’il vous agrée.

JOSEPH.

Dame, mes cuers à el ne bée. Par amours or nous en alons Par chiez noz parens, où avons Quis Jhesu, faire leur savoir Que nous l’avons trouvé pour voir, Et leur montrons.

NOSTRE DAME.

Joseph, il me plaist bien, alons; Aussi en seront il plus aise, Quant nous saront hors de malaise. Biau filz, par la main me tenez Et avec moi vous en venez En Nazareth.

JHESUS.

Mère, j’ay cuer et vouloir prest D’ensuir vous où vous irez, Et de faire quanque direz Benignement.

JOSEPH.

Biau filz, c’est bien dit; alons ment. Que Diex noz meffaiz pardonner Nous vueille, et en la fin donner Des cieulx la gloire!

AMEN.

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