III
ABBAS.
Il est jour, Jennyn. Liève toy Et nous euvre celle fenestre. J’ay le cueur en si grant esmoy Que plus ycy je ne vuyl estre. Pas ne seroit en ma puyssance De dormir ne de reposer: Onc de tel fait n’eu congnoissance. Je n’y saroye que supposer.
JENNYN.
La fenestre si est ouverte, Il est jour, dont je suys bien aise, Oncques pour gaigne ne pour perte Mon cueur ne fut si mal à l’aise, Comme il a esté ceste nuit. Je ne sçay don ce m’est venu. Je ne vouldroye pas ennuyt Pour rien estre si court tenu.
PRIMUS CUSTOS.
Depuys que m’alay recoucher, Après la tourmente passée, Laisir n’eusse eu de me moucher, Tant ay esté en grant pencée. Il est jour, dont je remercie Dieu d’estre hors de ceste paine; Mais touttefois bien me soucie D’où vient ceste chose soudaine.
SECUNDUS CUSTOS.
Je n’ay pas trop grande savance; Mais je vous diray comme indigne, Qu’en cet hostel, à ma cuydance, A quelque chose qui est digne; Aultrement ne se pourroit faire, Selon que puys apercevoir. Monseigneur, alez ceste affaire A nos frères faire assavoir.
ABBAS (intrando in ecclesiam).
Alon à eulx. Ils sont levez. Ils sont icy dedens l’eglise Vous, gardes, estre y devez; A la garder que nul n’y nuysse. Quer c’est vostre commission De garder l’autel et reliques. De ce faire avez pension: Gardez les myeulx que gens iniques.
Dicit fratribus suis.
Frères, entendez tous à moy. Une chose sur mon cueur tire Qui le tient en si grant esmoy Qu’à paine je vous saroye dire. Sachez que, quant nous en alasmes. Er soir, pour nous devoir coucher. Nos huys et fenestres fermames, Si bien que nully aproucher N’en povait en nulle manière, Tant estoient fermées bien à point. Puys me couchè, et chacun frere En noz liz très bien et à point. Pas ne dormismes longuement, Qu’il vint une tel fraction Qu’onc ouy ne fut tel tourment, De quoy soit faicte mencion. De ce fusmez tous esvillez: De dormir nous n’avions garde, Et, tous ainsi esmerveillez, Nous levasmes, sans point de tarde, Cuydans qu’aucuns larrons y fussent. L’ostel fut serchié promptement: Et nulz pour serchier que ilz peussent Rien n’y trouverent nullement. Si chercha l’en par les corniers, Et par cotières, et par boutz Sur les trefs, et sur les sabliers, Tant par dehors que par desoubz. Puys que tout ainsi serché fut, Sans y trouver aucune chose, Et qu’on eut fait le mieulx qu’on peult. Chacun après si se repose, En son lit, comme auparavant, Sans point dormir une estincelle, Plus amalvisés que devant Nous avon esté de plus belle. Nous ne savon que ce peult estre, A vous venon conseil querir, En priant le doulz Roi celestre, Qu’il luy plaise nous secourir. Dictez m’en vos oppinions, Et qu’un poy ycy me repose.
PRIMUS MONACHUS.
Assez sages ne serions A respondre de si grant chose: C’est ung cas ycy mervilleux; Je croy que ce soit ung miracle. Dieu nous en face tous joieux, Et luy plaise que par signacle, Ou par aucune demonstrance, Nous en vuylle faire certains, Pour plus confermer sa creance, Et sans de luy estre lointains. Je lui supli que, de sa grace, S’il lui plaist, ainsi soit parfait.
SECUNDUS MONACHUS.
Je lui pri que certains nous face Qu’il est à faire de cest fait. Monseigneur, vous estes bien sage, Et avez en vous grant science, Pour pourvoir de vostre courage A cest fait cy, come je pence. Tout ce que vous adviserez, Pour ce cas cy, nous le feron.
ABBAS.
Mes amis estes et serez: S’or me croiez, nous juneron, Troys jours continuelment, Prians Dieu qu’il luy vieulle plaire A nous donner entendement De ce cas cy qu’il est à faire. Et, si la chose vient de luy, La luy plaise reiterer; Aussi, s’el ne vient de par luy Lui plaise le fait moderer. Et, si le fait est fantaisie, Ne nous souffre plus tourmenter. Chacun de nous ne vouldroit mye
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