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PREMIERS MONUMENTS DU THÉATRE FRANÇAIS (XVᵉ SIÈCLE)
LE MISTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS QUI FUT REPRÉSENTÉ DU VIVANT DE JEANNE D’ARC (I)
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DIEU.
Michel ange, entend à moy: Je veuil par toy faire messaige, Pour subvenir au desarroy De France, le noble heritaige. En Barois yras en voyaige, Et feras ce que je te dy. Au plus près d’un petit village Lequel est nommé Dompremy, Qui est situé en la terre Et seigneurie de Vaucouleur, Là trouveras, sans plus enquerre, Une pucelle par honneur. En elle est toute doulceur, Bonne, juste et innocente, Qui m’ayme du parfont du cueur, Honneste, sage et bien prudente. Tu luy diras que je luy mande Qu’en elle sera ma vertu, Et que par elle on entende L’orgueil des François abatu; Et que je me suis consentu Recouvrer le royaulme de France, Et par elle sera debatu Contre les Anglois par oultrance. Premièrement, tu luy diras Que par elle vueil qu’i soit fait, Et de par moy luy commanderas Qu’i soit acomply et parfait. Sy est qu’elle voise de fait Pour lever le siege d’Orleans,[48] Chasser les Anglois à destroit, S’y ne s’en vont incontinant. Puis après, elle le menra Le roy Charles sacrer à Rains. De par moy elle acomplira Et en parviendra à ces fins; Que de ce ne se doubte point: Ma vertu sera avec elle, Pour acomplir de point en point Par icelle jeune pucelle. Dy luy aussi pareillement Qu’elle se veste en habit d’omme; Je luy donray le hardiment, Pour mieulx que le cas se consomme. Puis elle s’en yra en somme Devers Robert de Baudricourt, Pour l’amener en ceste forme Devers le Roy et en sa court.
MICHEL ANGE.
Mon chier seigneur, en grant coraige Acompliray vostre ordonnance Vers la pucelle bonne et saige; Le cas luy diray en presence, Je y vois, sans nulle difference, Faire vostre commandement.
DIEU.
Que elle aye bonne fiance, Sans soy esbayr nullement.
Pose d’orgues.--Et vient devers la Pucelle gardant les brebiz de son pere et queusant[49] en linge.
MICHEL.
Jeune pucelle bien eureuse, Le Dieu du ciel vers vous m’envoye, Et ne soyez de rien peureuse: Prenez en vous parfaicte joye Dieu vous mande, c’est chose vraye, Que y vieult estre avecque vous, Où vous soyez en quelque voye; Si n’ayez point doncques de poux[50], Sa voulenté et son plaisir Est que vous aillez à Orleans, Pour en faire Anglois saillir Et lever le siège devant. Se de vous sont contredisant, En armes vous les convaincrez, Ne contre vous ne seront puissans; Mès de tout point les subjugrez. Puis après, y vous conviendra A Rains mener sacrer le Roy, Que ainsi Dieu vous conduira, Et Charles oster hors d’esmoy. Combien qu’il ait beaucoup desroy[51] Et pour le present fort à faire, Dieu le fera paisible en soy, Que il a ouy sa prière. Et au seigneur de Baudricourt, Vous luy direz que y vous maine Incontinent, le chemin court, Que il est vostre cappitaine, Ainsi que c’est chose certaine. Devers le Roy vous menera En abit d’omme, toute seine, Que Dieu toujours vous conduira.
LA PUCELLE.
Mon bon seigneur, que dictes vous? Vous me faictes trop esbaye: Cecy ne vient point à propoux, En ce je ne sçay que je die. Moy, povre pucelle ravye Des nouvelles que vous me dictes, Sachez, je ne les entend mie, Que y me sont trop auctentiques. Je ne vous pourroye respondre Ainsi, moi, povre bergerete, Vous qui cy me venez semondre. Comme une simple pucelette, Gardant es champs dessus l’erbete Les povres bestes de mon pere, Une jeune simple fillete, Vous dis sont à mon bien contraire.
MICHEL ANGE.
Jehanne, ne vous en esmayez; Que Dieu l’a ainsi ordonné, Et veut que l’onneur vous ayez Du royaulme, present fortuné, Qui a esté habandonné Par pechié commis des François; Par vous sera roy couronné Et remis en ses nobles drois.
PUCELLE.
En armes je ne me congnois, Ne m’appartient la congnoissance, Ainsi que vous le povez vois; Et en moy n’est pas la puissance, Ne ne treuve nulle apparence D’aller devers le cappitaine Lui raconter vostre ordonnance: C’est que devers le Roy me maine.
MICHEL.
Amye, y le fault ainsi Le faire, que Dieu le commande. N’ayez de riens peur ne soucy, Quand de par moy y le vous mande.
PUCELLE.
La chose, sachez, est si grande Qu’i n’est nul qui le peust pencer, Ne en moy n’est sens qui se tende A savoir cecy propencer.
MICHEL.
Fille, acomplissez la chose Et Dieu sera avecques vous, Qui vous gardera, comme une rose, De polucion contre tous. Ayez en luy ferme propoux Et le faictes de bon coraige. Y vous aidera, et n’ayez poux De tout dangier et tout dommaige.
PUCELLE.
A Dieu je vouldroye obeyr Comme je doy et est raison, Et très humblement le servir, A mon povoir sans mesprison; Et tousjours, en toute saison, Vueil estre sa povre servante, Actendant sa vraye maison Lassus ou ciel, où est m’entente.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle, Qui est d’icelui bien aymée; Ayez tousjours ferme pensée. De Dieu estre sa pastorelle.
PUCELLE.
En nom Dieu, je vueil estre celle De le servir, s’i luy agrée.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle, Qui est d’icelui bien aymée.
PUCELLE.
Mon bon seigneur, vostre nouvelle De par moy sera réclamée Au seigneur de ceste contrée, Par la voye que dictes telle.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne vraye pucelle, Qui est d’icelui bien aymée; Ayez toujours ferme pensée De Dieu estre sa pastorelle.
Puis s’en part, et y a pose.
MICHEL.
Pere, j’ay du tout acomply Le vostre messaige humblement, Sans riens avoir mis en oubly, A la pucelle, vrayement; Laquelle, debonnairement De tout son cueur, vous veult servir, Et tout vostre commandement Le vouldra faire et acomplir.
DIEU.
Le royaulme je remetray sus, Et les anemis confonduz, Par la pucelle ruez jus Et par elle tout convaincuz; Que, dès si qu’elle les aura veuz, En elle sera telle vaillance Que il en seront esperduz. Ou royaulme n’auront plus puissance.
Pose. Puis dit:
LA PUCELLE.
O mon Dieu et mon créateur, Plaise vous moy toujours conduire. Vous estes mon père et seigneur Auquel je ne veuil contredire.