‹ Saint Michel et le Mont-Saint-MichelChapitre 67 sur 75 · XI

XI

POÉSIE FRANÇAISE DU XVIᵉ SIÈCLE

CANTIQUE DE PÈLERINAGE

1.

Je chanteray du Seigneur La grandeur En presence de ses Anges. Son sainct Nom je beniray Et diray Tousjours ses sainctes louanges.

2.

Soit que le flambeau du jour De son tour Ait avancé la carrière, Soit qu’il s’en aille levant Ou couchant Il me verra en prière.

3.

Les petits chantres aislés Esveillés Seront de la compagnie; Parmi les champs et les bois De leurs voix Accompliront l’armonie.

4.

L’air noircy de tourbillons A nos sons Appaisera son orage; Le ciel qui nous entendra Monstrera Les rays de son beau visage.

5.

Leve donc mon cueur à toy, O grand Roy, Embrase moy de ta flamme, Afin que nul entretien Que le tien Ne puisse attirer mon ame.

6.

Ta majesté, ô grand Dieu, D’aucun lieu Ne sçauroit estre bornée, Et devant toy cent mille ans S’escoulant Ne sont pas une journée.

7.

Tu es au plus haut des cieux Glorieux, Tu es au plus bas du monde; Tu balances sur trois doigts Tout le poids De cette machine ronde.

8.

Ton esprit penetre tout Jusque au bout, Rien n’est hors de ta presence; Tu es cet œil qui tout voit Et connoit Le fond de la conscience.

9.

Le Ciel, qui d’astres reluit Toute nuict, Emprunte de toy sa grace, Et tout l’esclat non-pareil Du soleil N’est qu’un rayon de ta face.

10.

Sans efforts ce que tu veux Tu le peux, Et ton vouloir est ta peine; Tu peux effacer ce tout Tout d’un coup Au seul vent de ton haleine.

11.

Tu fais cheminer les Roys Sous tes loix Et les princes de la terre Desquels tu romps d’un clein-d’œil Tout l’orgueil Qui est fresle comme verre.

12.

Tu nous donnes les moissons Aux saisons Que toy seul fais et disposes; Tu fais largesse et soutiens De tes biens La vie de toutes choses.

13.

C’est toi qui d’un riche esmail Sans travail Dore nos belles preries; C’est toi qui donne à ces champs, Tous les ans Leurs gayes tapisseries.

14.

Dieu! qui ne voit les bienfaicts Que tu fais A toute humaine nature. Bien qu’il semble homme au dehors En son corps, Il n’en a que la figure.

15.

Si tu monstres ton courroux Contre nous, Tout se renverse et chancelle; La terre tremble d’effroy, Hors de soy Devant ta face immortelle.

16.

Quand tu lances par les airs Mille esclairs Et les esclats de ta fouldre, Si tu ne les reserrois, Tu mettrois Tout cet univers en poudre.

17.

Tu fais de flots escumer Cette mer, Tu la brouilles de nuages. Et puis tu retiens les vens Insolens Pour accoiser ces orages.

18.

Toy qui commandes à ces flux Et reflux, Fais qu’aucun mal ne me greve, Et deffend ton pelerin Au chemin Quand il passera la greve.

19.

Anges qui donnez les mains Aux humains, Au cours de nostre voyage, Soyez tousjours mon support Jusque au port De ce mien pelerinage.

20.

Et toy, reçoy ces accens Dont le sens Est tiré de tes ouvrages. Que tous courbez avec moy Devant toy Te font honneur et hommage.

Amen.

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