‹ Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-mêmeChapitre 18 sur 46 · TROISIÈME PARTIE

TROISIÈME PARTIE

La Bergère de Domremy écoutant ses Voix.

Fragments.

RÉCRÉATION PIEUSE

Moi, Jeanne la bergère, Je chéris mon troupeau; Ma houlette est légère Et j'aime mon fuseau.

J'aime la solitude De ce joli bosquet; J'ai la douce habitude D'y venir en secret.

J'y tresse une couronne De belles fleurs des champs; Je l'offre à la Madone Avec mes plus doux chants.

J'admire la nature, Les fleurs et les oiseaux; Du ruisseau qui murmure Je contemple les eaux.

Les vallons, les campagnes Réjouissent mes yeux; Le sommet des montagnes Me rapproche des cieux.

J'entends des voix étranges Qui viennent m'appeler... Je crois bien que les anges Doivent ainsi parler.

J'interroge l'espace, Je contemple les cieux; Je ne vois nulle trace D'êtres mystérieux.

Franchissant le nuage Qui doit me les voiler, Au céleste rivage Que ne puis-je voler!

· · ·

_Sainte Catherine et Sainte Marguerite._

Air: _L'Ange et l'âme_.

Aimable enfant, notre douce compagne, Ta voix si pure a pénétré le ciel, L'Ange gardien qui toujours t'accompagne A présenté tes vœux à l'Eternel.

Nous descendons de son céleste empire, Où nous régnons pour une éternité; C'est par nos voix que Dieu daigne te dire Sa volonté.

Il faut partir pour sauver la patrie, Garder sa foi, lui conserver l'honneur; Le Roi des cieux et la Vierge Marie Sauront toujours rendre ton bras vainqueur.

(_Jeanne pleure._)

Console-toi, Jeanne, sèche tes larmes, Prête l'oreille et regarde les cieux: Là, tu verras que souffrir a des charmes, Tu jouiras de chants harmonieux.

Ces doux refrains fortifieront ton âme Pour le combat qui doit bientôt venir; Jeanne, il te faut un amour tout de flamme, Tu dois souffrir!

Pour l'âme pure, en la nuit de la terre, L'unique gloire est de porter la croix; Un jour au ciel, ce sceptre tout austère Sera plus beau que le sceptre des rois.

_Saint Michel._

Air: _Partez, hérauts_.

Je suis Michel, le gardien de la France, Grand Général au royaume des cieux; Jusqu'aux enfers j'exerce ma puissance, Et le démon en est tout envieux. Jadis aussi, très brillant de lumière, Satan voulut régner dans le saint lieu; Mais je lançai comme un bruit de tonnerre Ces mots: «_Qui peut égaler Dieu?_»

Au même instant la divine vengeance, Creusant l'abîme, y plongea Lucifer; Car pour l'ange orgueilleux il n'est point de clémence, Il mérite l'enfer.

Oui, c'est l'orgueil qui, renversant cet ange, De Lucifer a fait un réprouvé: Plus tard aussi, l'homme chercha la fange, Mais de secours il ne fut pas privé. C'est l'Eternel, le Verbe égal au Père, Qui, revêtant la pauvre humanité, Régénéra son œuvre tout entière Par sa profonde humilité.

Ce même Dieu daigne sauver la France; Mais ce n'est pas par un grand conquérant. Il rejette l'orgueil et prend de préférence Un faible bras d'enfant.

Jeanne, c'est toi que le ciel a choisie, Il faut partir pour répondre à sa voix; Il faut quitter tes agneaux, ta prairie, Ce frais vallon, la campagne et les bois. Arme ton bras! vole et sauve la France! Va... ne crains rien, méprise le danger; Va! je saurai couronner ta vaillance, Et tu chasseras l'étranger.

Prends cette épée et la porte à la guerre; Depuis longtemps Dieu la gardait pour toi: Prends pour ton étendard une blanche bannière, Et va trouver le roi...

_Jeanne seule._

Air: _La plainte du Mousse_.

Pour vous seul, ô mon Dieu, je quitterai mon père, Tous mes parents chéris et mon clocher si beau. Pour vous je vais partir et combattre à la guerre, Pour vous je vais laisser mon vallon, mon troupeau. Au lieu de mes agneaux je conduirai l'armée... Je vous donne ma joie et mes dix-huit printemps! Pour vous plaire, Seigneur, je manierai l'épée, Au lieu de me jouer avec les fleurs des champs. Ma voix, qui se mêlait au souffle de la brise, Doit bientôt retentir jusqu'au sein du combat; Au lieu du son rêveur d'une cloche indécise, J'entendrai le grand bruit d'un peuple qui se bat! Je désire la croix, j'aime le sacrifice: Ah! daignez m'appeler, je suis prête à souffrir. Souffrir pour votre amour, ô Maître, c'est délice! Jésus, mon Bien-Aimé, pour vous je veux mourir...

_Saint Michel._

Air: _Les Rameaux_ (de FAURE).

Il en est temps, Jeanne, tu dois partir. C'est le Seigneur qui t'arme pour la guerre; Fille de Dieu, ne crains pas de mourir, Bientôt viendra l'éternelle lumière!

_Sainte Marguerite._

O douce enfant, tu régneras.

_Sainte Catherine._

Tu suivras de l'Agneau la trace virginale...

_Les deux Saintes ensemble._

Comme nous tu chanteras Du Dieu Très-Haut, la puissance royale.

_Saint Michel._

Jeanne, ton nom est écrit dans les cieux, Avec les noms des sauveurs de la France; Tu brilleras d'un éclat merveilleux, Comme une reine en sa magnificence.

_Les saintes offrant à Jeanne la palme et la couronne._

Avec bonheur nous contemplons Ce reflet qui déjà sur ta tête rayonne, Et du ciel nous t'apportons.

_Sainte Catherine._

La palme du martyre.

_Sainte Marguerite._

Et la couronne.

_Saint Michel, présentant l'épée._

Il faut combattre avant d'être vainqueur; Non, pas encor la palme et la couronne! Mérite-les dans les champs de l'honneur; Jeanne, entends-tu le canon qui résonne?

_Les Saintes ensemble._

Dans les combats nous te suivrons, Nous te ferons toujours remporter la victoire, Et bientôt nous poserons Sur ton front pur l'auréole de gloire.

_Jeanne seule._

Avec vous, saintes bien-aimées, Je ne craindrai pas le danger; Je prierai le Dieu des armées, Et je chasserai l'étranger. J'aime la France, ma patrie; Je veux lui conserver la foi, Je lui sacrifierai ma vie Et je combattrai pour mon roi. Non, je ne crains pas de mourir, C'est l'éternité que j'espère. Maintenant qu'il me faut partir, O mon Dieu, consolez ma mère... Saint Michel, daignez me bénir!

_Saint Michel._

J'entends déjà tous les élus du ciel Chanter joyeux en écoutant la lyre Du Pape-Roi, du Pontife immortel Appelant Jeanne _une sainte Martyre_.

J'entends l'univers proclamer Les vertus de l'enfant qui fut humble et pieuse; Et je vois Dieu confirmer Le beau nom de Jeanne _la Bienheureuse!_

En ces grands jours la France souffrira, L'impiété souillera son enceinte; De Jeanne, alors, la gloire brillera; Toute âme pure invoquera la Sainte.

Des voix monteront vers les cieux, S'harmonisant en chœur, vibrantes d'espérance: Jeanne d'Arc, entends nos vœux; Une seconde fois, sauve la France!

1894.

[Illustration]

Hymne de Jeanne d'Arc après ses victoires.

Air: _Les regrets de Mignon._

A vous tout l'honneur et la gloire, O mon Dieu, Seigneur tout-puissant! Vous m'avez donné la victoire A moi, faible et timide enfant. Et vous, ô ma divine Mère, Bel astre toujours radieux, Vous avez été ma lumière, Me protégeant du haut des cieux! De votre éclatante blancheur, O douce et lumineuse étoile, Quand donc verrai-je la splendeur? Quand serai-je sous votre voile, Me reposant sur votre cœur?...

Mon âme en l'exil de la terre Aspire au bonheur éternel; Rien ne saurait la satisfaire... Il lui faut son Dieu dans le ciel! Mais, avant de le voir sans ombre, Je veux combattre pour Jésus, Lui gagner des âmes sans nombre, Je veux l'aimer de plus en plus. L'exil passera comme un jour; Bientôt au céleste rivage Je m'envolerai sans retour; Bientôt, sans ombre, sans nuage, Je verrai Jésus, mon amour!

[Illustration]

Prière de Jeanne d'Arc dans sa prison.

Air: _La plainte du Mousse_.

Mes voix me l'ont prédit: me voici prisonnière; Je n'attends de secours que de vous, ô mon Dieu! Pour votre seul amour j'ai quitté mon vieux père, Ma campagne fleurie et mon ciel toujours bleu; J'ai quitté mon vallon, ma mère bien-aimée, Et montrant aux guerriers l'étendard de la croix, Seigneur, en votre nom j'ai commandé l'armée: Les plus grands généraux ont entendu ma voix.

Une sombre prison, voilà ma récompense, Le prix de mes travaux, de mon sang, de mes pleurs!... Je ne reverrai plus les lieux de mon enfance, Ma riante prairie avec ses mille fleurs... Je ne reverrai plus la montagne lointaine Dont le sommet neigeux se plonge dans l'azur, Et je n'entendrai plus, de la cloche incertaine, Le son doux et rêveur onduler dans l'air pur...

Dans mon cachot obscur, je cherche en vain l'étoile Qui scintille le soir au firmament si beau! La feuillée, au printemps, qui me servait de voile, Lorsque je m'endormais en gardant mon troupeau. Ici, quand je sommeille au milieu de mes larmes, Je rêve les parfums, la fraîcheur du matin; Je rêve mon vallon, les bois remplis de charmes, Mais le bruit de mes fers me réveille soudain...

· · ·

Seigneur, pour votre amour j'accepte le martyre, Je ne redoute plus ni la mort, ni le feu. C'est vers vous, ô Jésus, que mon âme soupire; Je n'ai plus qu'un désir, et c'est vous, ô mon Dieu! Je veux prendre ma croix, doux Sauveur, et vous suivre, Mourir pour votre amour, je ne veux rien de plus. Je désire mourir pour commencer à vivre, Je désire mourir pour m'unir à Jésus.

1894.

Les Voix de Jeanne pendant son martyre.

Air: _Au sein de l'heureuse patrie._

Nous descendons de la rive éternelle Pour te sourire et t'emporter aux cieux; Vois en nos mains la couronne immortelle Qui brillera sur ton front glorieux.

Viens avec nous, vierge chérie, Oh! viens en notre beau ciel bleu; Quitte l'exil pour la patrie, Viens jouir de la vie, Fille de Dieu!

De ce bûcher la flamme est embrasée, Mais plus ardent est l'amour de ton Dieu; Bientôt pour toi l'éternelle rosée Va remplacer le supplice du feu.

Enfin voici la délivrance, Regarde, ange libérateur... Déjà la palme se balance, Vers toi Jésus s'avance, Fille au grand cœur!

Vierge martyre, un instant de souffrance Va te conduire au repos éternel. Ne pleure pas, ta mort sauve la France; A ses enfants tu dois ouvrir le ciel!

_Jeanne, expirant._

J'entre dans l'éternelle vie, Je vois les anges, les élus... Je meurs pour sauver ma patrie! Venez, Vierge Marie; «_Jésus... Jésus!..._»

Le jugement divin.

Air: _Mignon regrettant sa patrie._

Je te réponds d'en haut, puisque ta voix m'appelle; Je brise le lien qui t'enchaîne en ces lieux. Oh I vole jusqu'à moi, colombe toute belle, Viens... l'hiver est passé; viens régner dans les cieux! Jeanne, ton Ange te réclame, Et moi, le Juge de ton âme, En toi, toujours, je le proclame, J'ai vu briller la flamme de l'amour.

Oh! viens, tu seras couronnée, Tes pleurs, je veux les essuyer. De l'exil l'ombre est déclinée, Je veux te donner mon baiser!

Avec tes compagnes, Viens sur les montagnes; Et dans les campagnes, Tu suivras l'Agneau.

O ma bien-aimée, Je t'ai réclamée; Chante, transformée, Le refrain nouveau.

De tous les saints Anges, Les blanches phalanges Chantent tes louanges Près de l'Eternel.

Timide bergère, Vaillante guerrière, Ton nom sur la terre Doit être immortel. Timide bergère, Vaillante guerrière, Je te donne le ciel!...

Le cantique du triomphe.

Air: _Oui, je le crois, elle est immaculée_.

_Les Saints_.

Elle est à toi l'immortelle couronne; Martyre du Seigneur, cette palme est à toi. Nous t'avons préparé cet admirable trône, Tout près du Roi.

Ah! reste dans les cieux, Jeanne, colombe pure Echappée à jamais du filet des chasseurs. Tu trouveras ici le ruisseau qui murmure, L'espace avec des champs en fleurs.

Prends ton essor, ouvre tes blanches ailes, Et tu pourras voler en chaque étoile d'or; Tu pourras visiter les voûtes éternelles. Prends ton essor!

Jeanne, plus d'ennemis, plus de prison obscure, Le brillant Séraphin va te nommer sa sœur; Epouse de Jésus, ton Bien-Aimé t'assure L'éternel repos sur son Cœur!

_Jeanne._

Il est à moi... quelle douceur extrême! Tout le ciel est à moi!

_Les Saints._

Tout le ciel est à toi!

_Jeanne._

Les anges et les saints, Marie et Dieu lui-même, Ils sont à moi!

· · ·

_Les Saints._

Des siècles ont passé sur la terre lointaine Depuis l'instant heureux où tu volas au ciel. Mille ans sont comme un jour en la céleste plaine; Mais ce jour doit être éternel!

_Jeanne._

Jour éternel, sans ombre, sans nuage, Nul ne me ravira ton éclat immortel. Du monde elle a passé la fugitive image... A moi le ciel!

_Les Saints._

A toi le ciel!

Prière de la France à la Vénérable Jeanne d'Arc.

Air: _Rappelle-toi_.

Oh! souviens-toi, Jeanne, de ta patrie, De tes vallons tout émaillés de fleurs. Rappelle-toi la riante prairie Que tu quittas pour essuyer mes pleurs. O Jeanne, souviens-toi que tu sauvas la France. Comme un ange des cieux tu guéris ma souffrance, Ecoute dans la nuit La France qui gémit: Rappelle-toi!

Rappelle-toi tes brillantes victoires, Les jours bénis de Reims et d'Orléans; Rappelle-toi que tu couvris de gloire, Au nom de Dieu, le royaume des Francs. Maintenant, loin de toi, je souffre et je soupire. Viens encor me sauver, Jeanne, douce martyre! Daigne briser mes fers... Des maux que j'ai soufferts, Oh! souviens-toi!

Je viens à toi, les bras chargés de chaînes, Le front voilé, les yeux baignés de pleurs; Je ne suis plus grande parmi les reines, Et mes enfants m'abreuvent de douleurs! Dieu n'est plus rien pour eux! Ils délaissent leur Mère O Jeanne, prends pitié de ma tristesse amère! Reviens, «fille au grand cœur». Ange libérateur, J'espère en toi!

1894

[Illustration]

Cantique pour obtenir la canonisation de la Vénérable Jeanne d'Arc.

Air: _Pitié, mon Dieu._

O Dieu vainqueur! l'Eglise tout entière Voudrait bientôt honorer sur l'autel Une martyre, une vierge guerrière Dont le doux nom retentit dans le ciel.

Par ta puissance, O Roi du ciel! Donne à Jeanne de France L'auréole et l'autel.

Un conquérant pour la France coupable, Non, ce n'est pas l'objet de son désir; De la sauver Jeanne seule est capable: Tous les héros pèsent moins qu'un martyr!

Jeanne, Seigneur, est ton œuvre splendide. Un cœur de feu, une âme de guerrier, Tu les donnas à la vierge timide, La couronnant de lis et de laurier.

Elle entendit, dans son humble prairie, Des voix du ciel l'appeler aux combats; Partant alors pour sauver la patrie, Son seul aspect ébranla les soldats.

Des fiers guerriers, Jeanne gagna les âmes: L'éclat divin de cet ange des cieux, Son pur regard, ses paroles de flammes, Surent courber les fronts audacieux.

Par un prodige unique dans l'histoire, On vit alors un monarque tremblant Reconquérir sa couronne et sa gloire Par le moyen d'un faible bras d'enfant.

Ce ne sont pas de Jeanne les victoires Que nous voulons célébrer en ce jour; Nous appelons ses véritables gloires: La pureté, le martyre et l'amour.

En combattant elle sauva la France, Mais il fallait à ses grandes vertus Le sceau divin d'une amère souffrance, Cachet béni de son Epoux, Jésus.

Sur le bûcher, sacrifiant sa vie, Jeanne entendit la voix des bienheureux, Elle quitta l'exil pour la patrie. L'ange sauveur remonta vers les cieux!...

Enfant, c'est toi notre douce espérance; Nous t'en prions, daigne entendre nos voix; Descends vers nous! Viens convertir la France, Viens la sauver une seconde fois!

Par la puissance Du Dieu vainqueur, Sauve, sauve la France, Ange libérateur!

Chassant l'Anglais hors du pays de France, Fille de Dieu, que tes pas étaient beaux! Mais souviens-toi qu'aux jours de ton enfance, Tu ne gardais que de faibles agneaux.

Prends la défense Des impuissants, Conserve l'innocence Dans le cœur des enfants.

Douce martyre, à toi nos monastères! Tu le sais bien, les vierges sont tes sœurs: Et, comme toi, l'objet de leurs prières C'est de voir Dieu régner dans tous les cœurs.

Sauver les âmes Est leur désir, Ah! donne-leur tes flammes D'apôtre et de martyr!

Bien loin de nous s'enfuira toute crainte, Quand nous verrons l'Eglise couronner Le front si pur de Jeanne notre sainte; Et c'est alors que nous pourrons chanter:

Notre espérance Repose en vous, _Sainte Jeanne de France_, Priez, priez pour nous!

8 mai 1894.

[Illustration]

Histoire d'une Bergère devenue Reine.

A une jeune Sœur converse du nom de Mélanie Marie-Madeleine pour le jour de sa profession.

En ce beau jour, ô Madeleine, Nous venons chanter près de vous La merveilleuse et douce chaîne Qui vous unit à votre Epoux. Ecoutez la charmante histoire D'une bergère qu'un grand Roi Voulut un jour combler de gloire, Et qui répondit à sa voix:

_Refrain_:

Chantons la bergère, Pauvre sur la terre, Que le Roi du ciel Epouse en ce jour au Carmel.

Une petite bergerette, En filant, gardait ses agneaux. Elle admirait chaque fleurette, Ecoutait le chant des oiseaux; Comprenant bien le doux langage Des grands bois et du beau ciel bleu, Tout pour elle était une image Qui lui révélait le bon Dieu.

Elle aimait Jésus et Marie Avec une bien grande ardeur. Ils aimaient aussi _Mélanie_, Et vinrent lui parler au cœur. «Veux-tu, disait la douce Reine, Près de moi, sur le Mont Carmel, Veux-tu devenir Madeleine, Et ne plus gagner que le ciel? «Enfant, quitte cette campagne, Ne regrette pas ton troupeau; Là-bas, sur ma sainte Montagne, Jésus sera ton seul Agneau.» --«Oh! viens, ton âme m'a charmée», Redisait Jésus à son tour; «Je te prends pour ma fiancée, Tu seras à moi sans retour.»

Avec bonheur l'humble bergère Répondit à ce doux appel, Et, suivant la Vierge, sa Mère, Parvint au sommet du Carmel.

· · ·

C'est vous, petite Madeleine, Que nous fêtons en ce grand jour. La bergère est maintenant reine Près du Roi Jésus, son Amour!

Vous le savez, ô sœur chérie, Servir notre Dieu, c'est régner. Le doux Sauveur, pendant sa vie, Ne cessait de nous l'enseigner: _«Si, dans la céleste patrie, Vous voulez être le premier, Il faudra, toute votre vie, Vous cacher, être le dernier.»_

Heureuse êtes-vous, Madeleine, De votre place, en ce Carmel! Serait-il pour vous quelque peine, Etant si proche du beau ciel? Vous imitez Marthe et Marie: Prier, servir le doux Sauveur, Voilà le but de votre vie; Il vous donne le vrai bonheur.

Si parfois l'amère souffrance Venait visiter votre cœur, Faites-en votre jouissance; Souffrir pour Dieu, quelle douceur! Alors les tendresses divines Vous feront bien vite oublier Que vous marchez sur les épines, Et vous croirez plutôt voler...

Aujourd'hui l'Ange vous envie, Il voudrait goûter le bonheur Que vous possédez, ô Marie, Etant l'épouse du Seigneur! Bientôt, dans les saintes phalanges, Parmi les Trônes, les Vertus, Vous direz bien haut les louanges De votre Epoux, le Roi Jésus.

Bientôt la bergère, Pauvre sur la terre, S'envolant au ciel, Régnera près de l'Eternel!

20 novembre 1894.

[Illustration]

Le divin petit Mendiant de Noël.

Récréation pieuse.

Un ange apparaît portant l'Enfant-Jésus dans ses bras et chante ce qui suit:

Air: SANCTA MARIA--_J'ai vu les séraphins en songe._ (FAURE.)

Au nom de Celui que j'adore, Mes sœurs, je viens tendre la main, Et chanter pour l'Enfant divin, Car il ne peut parler encore! Pour Jésus, l'Exilé du ciel, Je n'ai rencontré dans le monde Qu'une indifférence profonde; C'est pourquoi je viens au Carmel.

Toujours, toujours, que vos caresses, Votre louange et vos tendresses, Soient pour l'Enfant! Brûlez d'amour, âme ravie; Un Dieu pour vous s'est fait mortel. O mystère touchant! Celui qui vous mendie C'est le Verbe éternel!

O mes sœurs, approchez sans crainte: Venez, chacune à votre tour, Offrir à Jésus votre amour; Vous saurez sa volonté sainte. Je vous apprendrai le désir De l'Enfant couché dans les langes, A vous, pures comme des anges Et qui, de plus, pouvez souffrir!

Toujours, toujours, que vos souffrances, Et de même vos jouissances Soient pour l'Enfant

[Illustration: L'Enfant Jésus du cloître.

(Cette statue est ici à la place même ou Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus l'ornait de fleurs.)]

Brûlez d'amour, âme ravie; Un Dieu pour vous s'est fait mortel. O mystère touchant! Celui qui vous mendie C'est le Verbe éternel!

· · ·

L'Ange ayant déposé l'Enfant-Jésus dans la crèche, présente à la Mère Prieure, puis à toutes les carmélites, une corbeille remplie de billets; chacune en prend un au hasard, et, sans l'ouvrir, le donne à l'Ange qui chante l'aumône demandée par le divin Enfant.

Les strophes suivantes se chantent sur l'air du _Noël_ (d'HOLMÈS).

_Un trône d'or_.

De Jésus, votre seul trésor, Ecoutez le désir aimable: Il vous demande un _trône d'or_, N'en trouvant aucun dans l'étable. L'étable est comme le pécheur Où Jésus ne voit nulle chose Qui puisse réjouir son Cœur, Où jamais il ne se repose... Sauvez, ma sœur, L'âme du pécheur! Vers ce _trône_, Jésus soupire. Mais, plus encor, Pour son _trône d'or_, C'est votre cœur pur qu'il désire.

_Du lait._

Celui qui nourrit les élus De sa sainte et divine essence, S'est fait pour vous l'Enfant-Jésus; Il réclame votre assistance! Au ciel son bonheur est parfait; Mais il est pauvre sur la terre... Donnez, ma sœur, _un peu de lait_ A Jésus votre petit Frère! Il vous sourit, Tout bas vous redit: C'est la simplicité que j'aime. Noël! Noël! Je descends du ciel; Mon doux _lait d'amour_, c'est toi-même.

_Des petits oiseaux._

Ma sœur, vous brûlez de savoir Ce que l'Enfant-Jésus désire; Eh bien! je vous dirai ce soir Comment vous le ferez sourire: Attrapez des _oiseaux charmants_; Faites-les voler dans l'étable. Ils sont l'image des enfants Que chérit le Verbe adorable. A leurs doux chants, Leurs gazouillements, Son visage enfantin rayonne. Priez pour eux; Un jour dans les cieux, Ils formeront votre couronne.

_Une étoile._

Parfois, lorsque le ciel est noir Et couvert d'un nuage sombre, Jésus est bien triste le soir, Etant sans lumière, dans l'ombre. Pour réjouir l'Enfant-Jésus, Comme une _étoile scintillante_, Brillez par toutes vos vertus... Soyez une lumière ardente! Ah! que vos feux, Les guidant aux cieux, Des pécheurs déchirent le voile. L'Enfant divin, L'Astre du matin, Vous choisit pour _sa douce étoile_.

_Une lyre._

Ecoutez, ma petite sœur, Ce que l'Enfant-Jésus désire: Il vous demande _votre cœur_ Pour sa _mélodieuse lyre_! Il avait bien, dans son beau ciel, L'harmonie et l'encens des Anges; Mais il veut que, sur le Carmel, Comme eux, vous chantiez ses louanges. Aimable sœur, C'est de votre cœur Que Jésus veut la mélodie... La nuit, le jour, En des chants d'amour, Se consumera votre vie.

_Des roses._

Votre âme est un lis embaumé Qui charme Jésus et sa mère; Ecoutez votre Bien-Aimé Dire tout bas avec mystère: Ah! si je chéris la blancheur Des lis, symboles d'innocence, J'aime aussi la riche couleur _Des roses de la pénitence_. Lorsque tes pleurs Arrosent les cœurs, Quel charmant plaisir tu me causes! Car je pourrai, Tant que je voudrai, A pleines mains, cueillir _des roses_!

_Une vallée._

Comme, par l'éclat du soleil, La nature est tout embellie; Qu'il dore de son feu vermeil Et la vallée, et la prairie: Ainsi Jésus, Soleil divin, N'approche rien qu'il ne le dore. Il resplendit à son matin, Bien plus qu'une brillante aurore. A son réveil, Le divin Soleil Répand sur votre âme exilée, Avec ses dons, Ses plus chauds rayons: Soyez _sa riante vallée_!...

_Des moissonneurs._

Là-bas, sous d'autres horizons, Malgré les frimas et la neige, Déjà se dorent les moissons Que le divin Enfant protège. Mais, hélas! pour les recueillir Il faudrait de brûlantes âmes: Des _Moissonneurs_ voulant souffrir, Se jouant du fer et des flammes; Noël! Noël! Je viens au Carmel, Sachant que mes vœux sont les vôtres. Au doux Sauveur Enfantez, ma sœur, Un grand nombre _d'âmes d'apôtres_...

_Une grappe de raisin[265]._

Je voudrais un fruit savoureux, Une _grappe_ toute dorée, Pour rafraîchir du Roi des cieux La petite bouche altérée. Ma sœur, qu'il est doux votre sort! _C'est vous cette grappe choisie; Jésus vous pressera bien fort Dans sa main mignonne et chérie._ En cette nuit, Il est trop petit Pour manger le raisin lui-même; Le jus sucré, Par lui tout doré, Voilà simplement ce qu'il aime!

_Une petite hostie._

Jésus, le bel Enfant divin, Pour vous communiquer sa vie, Transforme en lui, chaque matin, Une petite et blanche hostie; Avec bien plus d'amour encor, Il veut vous changer en lui-même. Votre cœur est son cher trésor, Son bonheur, son plaisir suprême. Noël! Noël! Je descends du ciel, Pour dire à votre âme ravie: L'Agneau si doux S'abaisse vers vous; Soyez _sa blanche et pure hostie_!

Les strophes suivantes se chantent sur l'air: _Au Rossignol._ (GOUNOD.)

_Un sourire._

Le monde méconnaît les charmes De Jésus votre aimable Epoux, Et je vois de petites larmes Scintiller en ses yeux si doux. Consolez, ô ma sœur chérie, Cet Enfant qui vous tend les bras. Pour le charmer, je vous en prie, Souriez toujours ici-bas! Voyez... son regard semble dire: Lorsque tu souris à tes sœurs, O mon épouse, _ton sourire_ Suffit pour essuyer mes pleurs!

_Un jouet._

Voulez-vous être sur la terre Le _jouet_ de l'Enfant divin? Ma sœur, désirez-vous lui plaire? Restez en sa petite main. Si l'aimable Enfant vous caresse, S'il vous approche de son Cœur, Ou si, parfois, il vous délaisse, De tout, faites votre bonheur! Recherchez toujours ses caprices, Vous charmerez ses yeux divins. Désormais, toutes vos délices Seront ses désirs enfantins.

_Un oreiller._

Dans la crèche où Jésus repose, Souvent je le vois s'éveiller. Voulez-vous en savoir la cause? Il n'y trouve pas d'oreiller... Je le sais, votre âme n'aspire Qu'à le consoler nuit et jour; Eh bien! _l'oreiller_ qu'il désire, C'est _votre cœur_ brûlant d'amour. Ah! soyez toujours humble et douce, Et le plus chéri des Trésors Pourra vous dire: Mon épouse, En toi doucement je m'endors!...

_Une fleur._

La terre est couverte de neige, Partout règnent les durs frimas. L'hiver et son triste cortège Ont flétri les fleurs d'ici-bas. Mais pour vous s'est épanouie La ravissante _Fleur des champs_ Qui vient de la sainte patrie, Où règne un éternel printemps. Ma sœur, cachez-vous dans l'herbette, Près de la Rose de Noël; Et soyez aussi _la fleurette_ De votre Epoux, le Roi du ciel.

_Du pain._

Chaque jour, en votre prière, Parlant à l'Auteur de tout bien, Vous répétez: O notre Père! Donnez-nous le pain quotidien. Ce Dieu, qui s'est fait votre Frère, Comme vous souffre de la faim. Ecoutez son humble prière: Il vous demande _un peu de pain_!... O ma sœur, soyez-en bien sûre, Jésus ne veut que votre amour. Il se nourrit de l'âme pure; Voilà _son pain de chaque jour_.

_Un miroir._

Tout enfant aime qu'on le place Devant un fidèle miroir, Alors il sourit avec grâce A l'autre petit qu'il croit voir. Ah! venez dans la pauvre étable: Votre âme est un cristal brillant; Reflétez le Verbe adorable, Les charmes du Dieu fait enfant... Oui, soyez la vivante image, Le _pur miroir_ de votre Epoux; L'éclat divin de son Visage, Il veut le contempler en vous!

_Un palais._

Les grands, les nobles de la terre Ont tous des palais somptueux; Des masures sont, au contraire, Les asiles des malheureux. Ainsi, voyez dans une étable Le petit Pauvre de Noël: Il voile sa gloire ineffable En quittant son palais du ciel. La pauvreté, votre cœur l'aime, En elle vous trouvez la paix; Aussi, c'est votre cœur lui-même Que Jésus veut pour _son palais_!

_Une couronne de lis._

Les pécheurs couronnent d'épines La tête aimable de Jésus. Admirez les grâces divines Que la terre ne connaît plus... Oh! que votre âme virginale Lui fasse oublier ses douleurs; Et, pour _sa couronne royale_, Offrez-lui les vierges, vos sœurs. Approchez tout près de son trône... Pour charmer ses yeux ravissants, Devant lui, tressez _sa couronne_: Formez-la _de beaux lis brillants_!

Les strophes suivantes se chantent sur l'air _du Passant_. (MASSENET.)

_Des bonbons._

Ma sœur, les petits poupons Aiment beaucoup _les bonbons_; Remplissez-en donc bien vite, De Jésus la blanche main. A ce don, l'Enfant divin Par son regard vous invite.

_Les pralines_ du Carmel Qui charment le Roi du ciel, Ce sont tous vos sacrifices. Ma sœur, votre austérité, Votre grande pauvreté, De Jésus font les délices!

_Une caresse._

A vous le petit Jésus Ne demande rien de plus Qu'une très douce _caresse_. Donnez-lui tout votre amour; Et vous saurez en retour La charité qui le presse.

Si quelqu'une de vos sœurs Venait à verser des pleurs, Aussitôt, avec tendresse, Suppliez l'Enfant divin, Que, de sa petite main, Doucement _il la caresse_.

_Un berceau._

Sur terre il est peu de cœurs Qui n'aspirent aux faveurs De Jésus, le Roi de gloire; Mais, s'il vient à s'endormir, Ils cessent de le servir, En lui ne voulant plus croire.

Si vous saviez le plaisir Que l'Enfant trouve à dormir Sans craindre qu'on le réveille, Vous serviriez de _berceau_ A Jésus, le doux Agneau, Souriant lorsqu'il sommeille!

_Des langes._

Voyez que l'aimable Enfant, De son petit doigt charmant, Vous montre la paille sèche. Ah! comprenez son amour, Et garnissez en ce jour, _De langes_, la pauvre crèche.

Excusant toujours vos sœurs, Vous gagnerez les faveurs De Jésus, le Roi des Anges; C'est l'ardente charité, L'aimable simplicité Qu'il réclame pour _ses langes_.

_Du feu._

Ma sœur, le petit Jésus, Le doux foyer des élus, Tremble de froid dans l'étable... Cependant, au beau ciel bleu, Des Anges, flammes de feu, Servent le Verbe adorable! Mais, sur la terre, c'est vous _Le foyer_ de votre Epoux... Il vous demande _vos flammes_. C'est vous qui devez, ma sœur, Pour réchauffer le Sauveur, Embraser toutes les âmes!

_Un gâteau._

Vous savez que tout enfant Préfère un gâteau brillant A la gloire d'un empire. Offrez donc au Roi des cieux _Un gâteau délicieux_, Et vous le verrez sourire.

Savez-vous, du Roi des rois, Quel est _le gâteau de choix_? C'est la prompte obéissance! Votre Epoux vous ravissez, Lorsque vous obéissez Comme lui, dans son enfance.

_Du miel._

Aux premiers feux du matin, Formant son riche butin, On voit la petite abeille Voltiger de fleur en fleur, Visitant avec bonheur Les corolles qu'elle éveille.

Ainsi, butinez l'amour: Et revenez chaque jour, Près de la crèche sacrée, Offrir au divin Sauveur _Le miel_ de votre ferveur, Petite abeille dorée!

_Un agneau._

Pour charmer le doux Agneau, Ne gardez plus de troupeau; Et, délaissant toute chose, Ne songez qu'à le ravir; Désirez le bien servir, Tout le temps qu'il se repose.

O ma sœur, dès aujourd'hui, Abandonnez-vous à lui, Et vous dormirez ensemble... Marie, allant au berceau, Verra près de son Agneau _Un agneau_ qui lui ressemble!

· · ·

L'Ange, ayant pris de nouveau l'Enfant-Jésus dans ses bras, chante ce qui suit:

Air: «AINSI SOIT-IL.» _Chaque matin dans sa prière..._ (RUPÉS.)

L'Enfant divin vous remercie; Il est charmé de tous vos dons. Aussi, dans son Livre de vie, Il les écrit avec vos noms.

Jésus a trouvé ses délices En ce Carmel; Et pour payer vos sacrifices, Il a son beau ciel!

Si vous êtes toujours fidèles A contenter ce doux Trésor, L'amour vous donnera des ailes Pour voler d'un sublime essor!

Un jour, dans la sainte patrie, Après l'exil, Vous verrez Jésus et Marie: _Ainsi soit-il!_

Noël 1895.

Les Anges à la Crèche.

RÉCRÉATION PIEUSE

L'Ange de l'Enfant-Jésus.

(Rôle rempli par Sr Thérèse.)

Air: _Tombé du nid._

O Verbe-Dieu! gloire du Père! Je te contemplais dans le ciel; Maintenant je vois sur la terre Le Très-Haut devenu mortel! Enfant, dont la lumière inonde Les Anges du brillant séjour, Jésus, tu viens sauver le monde, Qui donc comprendra ton amour?

O Dieu dans les langes, Tu ravis les Anges! Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Qui donc comprendra ce mystère: Un Dieu se fait petit enfant? Il vient s'exiler sur la terre, Lui, l'Eternel, le Tout-Puissant! Divin Jésus, beauté suprême, Je veux répondre à ton amour: Pour témoigner combien je t'aime, Je te veillerai nuit et jour.

L'éclat de tes langes Attire les Anges; Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Depuis que ce séjour de larmes Possède le Roi des élus, Pour moi, les cieux n'ont plus de charmes, Et j'ai volé vers toi, Jésus! Je veux te couvrir de mes ailes, Te suivre partout ici-bas; Et toutes les fleurs les plus belles, Je les sèmerai sous tes pas.

Je veux d'une étoile brillante, Enfant, te former un berceau; Et, de la neige éblouissante, Te faire un gracieux rideau. Je veux, des lointaines montagnes, Abaisser pour toi les hauteurs; Je veux que pour toi les campagnes Produisent de célestes fleurs.

De Dieu, la fleur est le sourire; Elle est l'écho lointain du ciel, Le son fugitif de la lyre Que tient en sa main l'Eternel. Cette note mélodieuse De la bonté du Créateur Veut, de sa voix mystérieuse, Glorifier le Dieu Sauveur.

Douce mélodie, Suave harmonie, Silence des fleurs, D'un Dieu vous chantez les grandeurs!

Je sais que tes chères amies, Jésus, sont les _vivantes fleurs_... Tu viens des célestes prairies Pour chercher les âmes, tes sœurs. Une âme est la fleur embaumée, Enfant, que tu voudrais cueillir; Ta petite main l'a semée Et pour elle tu veux mourir!

Mystère ineffable! Le Verbe adorable Versera des pleurs En cueillant sa moisson de fleurs!

_L'Ange de la sainte Face._

Air: _L'encens divin._

Divin Jésus, au matin de ta vie, Ton beau Visage est tout baigné de pleurs! Larmes d'amour, sur la Face bénie, Vous coulerez jusqu'au soir des douleurs...

Divine Face, Oui, ta beauté, Pour l'Ange efface La céleste clarté!

Je reconnais, de ton divin Visage Tous les attraits, sur ce voile sanglant; Je reconnais, Jésus, en cette image, L'éclat si pur de ta Face d'enfant.

Divin Jésus, la souffrance t'est chère, Ton doux regard pénètre l'avenir: Tu veux déjà boire la coupe amère; Dans ton amour, tu rêves de mourir!

Rêve ineffable! Enfant d'un jour, Face adorable, Vous m'embrasez d'amour!

_L'Ange de la Résurrection._

Air: _Noël! Noël! læta voce Noël!_

Ne pleurez plus, Anges du Dieu Sauveur, Je viens du ciel consoler votre cœur. Ce faible Enfant Un jour sera puissant; Il ressuscitera, Et toujours régnera.

O Dieu caché sous les traits d'un enfant, Je te vois rayonnant, Et déjà triomphant!

Je lèverai la pierre du tombeau, Et, contemplant ton Visage si beau, Je chanterai Et me réjouirai, Te voyant de mes yeux T'élever glorieux!

Je vois briller des divines splendeurs Tes yeux d'enfant, ce soir mouillés de pleurs. Verbe de Dieu, Ta parole de feu Doit retentir un jour Consumante d'amour!

_L'Ange de l'Eucharistie._

Air: _Par les chants les plus magnifiques_.

Contemplez, bel Ange, mon frère, Notre Roi montant vers le ciel; Moi, je descends sur cette terre Pour l'adorer au saint autel. Voilé dans son Eucharistie, Je reconnais le Tout-Puissant, Je vois le Maître de la vie Bien plus petit qu'un humble enfant.

Ah! désormais, au sanctuaire Je veux établir mon séjour, Offrant au Très-Haut ma prière, L'hymne de mon ardent amour. Sur ma lyre mélodieuse, Je chanterai le Dieu Sauveur, Et la Manne délicieuse Qui nourrit l'âme du pécheur!

Que ne puis-je, par un miracle, Me nourrir aussi de ce Pain! Ah! que ne puis-je au Tabernacle, Prendre ma part du Sang divin! Du moins, à l'âme aimante et sainte, Je communiquerai mes feux, Afin que, sans la moindre crainte, Elle approche du Roi des cieux.

_L'Ange du jugement dernier._

Air: _Noël_ (d'ADAM).

Bientôt viendra le jour de la vengeance, Ce monde impur passera par le feu. Tous les mortels entendront la sentence Qui sortira de la bouche de Dieu. Nous le verrons dans l'éclat de sa gloire, Non plus caché sous les traits d'un enfant, Nous serons là pour chanter sa victoire, Et proclamer qu'il est le Tout-Puissant!

Ils brilleront d'un éclat ineffable, Ces yeux voilés de larmes et de sang. Nous la verrons cette Face adorable, Dans la splendeur de son rayonnement! Sur le nuage, en voyant apparaître Jésus, portant le sceptre de sa croix: L'impie, alors, pourra le reconnaître Ce Roi, ce Juge, aux éclats de sa voix!

[Illustration: SI VOUS CONNAISSIEZ LE DON DE DIEU!

Fresque composée et peinte par Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus

_autour du Tabernacle de l'Oratoire intérieur du Carmel._]

Vous tremblerez, habitants de la terre; Vous tremblerez à votre dernier jour! Ne pouvant plus soutenir la colère De cet Enfant, aujourd'hui Dieu d'amour. Pour vous, mortels, il choisit la souffrance, Ne réclamant que votre faible cœur; Au jugement vous verrez sa puissance, Vous tremblerez devant le Dieu vengeur.

Tous les Anges, à l'exception de l'Ange du jugement dernier.

Air: _O Cœur de notre aimable Mère._

Oh! daigne écouter la prière De tes Anges, divin Jésus! Toi qui viens racheter la terre, Prends la défense des élus.

De ta main, ah! brise ce glaive, Apaise cet Ange en courroux! Bel Enfant, que ta voix s'élève Pour sauver le cœur humble et doux.

L'Enfant-Jésus.

Air: _Petit oiseau, dis, où vas-tu?_

Consolez-vous, Anges fidèles; Vous seuls, pour la première fois, Loin des collines éternelles, Du Verbe, écouterez la voix:

Je vous chéris, ô pures flammes! Anges du céleste séjour! Mais, comme vous, j'aime les âmes, Je les aime d'un grand amour.

Je les ai faites pour moi-même, J'ai fait leurs désirs infinis; La plus petite âme qui m'aime Devient pour moi le paradis.

L'Ange de l'Enfant-Jésus lui demande de cueillir sur la terre une abondante moisson d'âmes innocentes, avant qu'elles soient ternies par le souffle impur du péché.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

O bel Ange de mon enfance! J'exaucerai tes vœux ardents: Je saurai garder l'innocence En l'âme des petits enfants.

Je les cueillerai dès l'aurore, Charmants boutons, pleins de fraîcheur; Au ciel tu les verras éclore Sous les purs rayons de mon Cœur.

Leur belle corolle argentée, Plus brillante que mille feux, Formera la route lactée De l'azur étoilé des cieux.

Je veux des lis pour ma couronne, Moi, Jésus, le beau Lis des champs, Et je veux, pour former mon trône, Une gerbe de lis brillants.

L'Ange de la Sainte Face demande le pardon des pécheurs.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

Toi qui contemples mon Visage Dans un ravissement d'amour, Et qui, pour garder mon image, Quittas le céleste séjour,

Je veux exaucer ta prière: Toute âme obtiendra son pardon, Je la remplirai de lumière, Dès qu'elle invoquera mon Nom.

O toi qui voulus sur la terre Honorer ma croix, ma douleur; Bel Ange, écoute ce mystère: Toute âme qui souffre est ta sœur.

Au ciel, l'éclat de sa souffrance Sur ton front viendra rejaillir; Et le rayon de ton essence Illuminera le martyr.

L'Ange de l'Eucharistie demande ce qu'il pourra faire pour le consoler de l'ingratitude des hommes.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

Ange de mon Eucharistie, C'est toi qui charmeras mon Cœur; Oui, c'est ta douce mélodie Qui consolera ma douleur.

J'ai soif de me donner aux âmes; Mais bien des cœurs sont languissants: Séraphin, donne-leur tes flammes, Attire-les par tes doux chants.

Je voudrais que l'âme du prêtre Ressemblât à l'Ange du ciel! Ah! je voudrais qu'il pût renaître Avant de monter à l'autel.

Afin d'opérer ce miracle, Il faut que, brûlantes d'amour, Des âmes, près du Tabernacle, S'immolent la nuit et le jour.

L'Ange de la Résurrection demande ce que deviendront les pauvres exilés de la terre, quand le Sauveur sera monté aux cieux.

_Réponse de l'Enfant-Jésus._

Je remonterai vers mon Père, Afin d'attirer mes élus; Après l'exil de cette terre, Dans mon Cœur ils seront reçus.

Quand sonnera la dernière heure, Je rassemblerai mon troupeau; Et, dans la céleste demeure, Je lui servirai de flambeau.

_L'Ange du jugement dernier._

Oublieras-tu, Jésus, bonté suprême, Que le pécheur doit être enfin puni? Oublieras-tu, dans ton amour extrême, Que, des ingrats, le nombre est infini? Au jugement je châtierai le crime, Et ma fureur saura se décharger. Mon glaive est prêt!... Jésus, douce Victime, Mon glaive est prêt; je viendrai te venger!

_L'Enfant-Jésus._

O bel Ange, abaisse ton glaive, Ce n'est pas à toi de juger La nature que je relève: De la paix, je suis Messager.

Celui qui jugera le monde: C'est moi... que l'on nomme _Jésus_! De mon sang, la source féconde Purifiera tous mes élus.

Sais-tu que les âmes fidèles Me consoleront chaque jour Des blasphèmes des infidèles, Par un simple regard d'amour?

Aussi, dans la sainte patrie, Mes élus seront glorieux; Et, leur communiquant ma vie, J'en ferai comme autant de dieux.

_L'Ange du jugement dernier_.

Air: _Dieu de paix et d'amour._

Devant toi, doux Enfant, le Chérubin s'incline: Il admire, éperdu, ton ineffable amour, Il voudrait, comme toi, sur la sombre colline Pouvoir mourir un jour!

REFRAIN

_Chanté par tous les Anges._

Qu'il est grand le bonheur de l'humble créature! Le Séraphin voudrait, dans son ravissement, Délaisser, ô Jésus, l'angélique nature, _Et devenir enfant..._

Noël 1894.

La fuite en Egypte.

Récréation pieuse (Fragment).

L'Ange _avertit saint Joseph_.

Air: _La folle de la plage._

Vers l'Egypte, bien vite, Il faut prendre la fuite!... Joseph, dès cette nuit, Eloigne-toi sans bruit.

Hérode, en sa furie, Cherche le Roi nouveau: A ce divin Agneau Il veut ôter la vie. Prends la Mère et l'Enfant, Fuyez rapidement!

_Chant des Anges accompagnant la sainte Famille._

Air: _Les gondolières vénitiennes._

Ineffable mystère! Jésus, le Roi du ciel, Exilé sur la terre, Fuit devant un mortel! A ce Dieu dans les langes, Offrons tout notre amour; Que nos blanches phalanges Viennent former sa cour.

Couvrons-le de nos ailes Et des fleurs les plus belles; Far nos concerts joyeux, Berçons le Roi des cieux. Pour consoler sa Mère, Chantons avec mystère Les charmes du Sauveur, Sa grâce et sa douceur!

Ah! quittons ce rivage, Bien loin de l'orage, Fuyons cette nuit, Loin de tout bruit.

La Vierge sous son voile Cache notre étoile: L'astre des élus, L'Enfant-Jésus.

Le Roi du ciel Fuit devant un mortel!...

_L'Ange du désert._

Air: du Credo d'_Herculanum._

Je viens chanter, de la sainte Famille, L'éclat divin qui m'attire en ces lieux; Dans le désert, cette étoile qui brille Me charme plus que la gloire des cieux. Ah! qui pourra comprendre ce mystère: Parmi les siens, Jésus est rejeté! Il est errant, voyageur sur la terre, Et nul ne sait découvrir sa beauté.

Mais, si les grands redoutent votre empire, O Roi du ciel, Astre mystérieux! Depuis longtemps plus d'un cœur vous désire, C'est vous l'espoir de tous les malheureux. Verbe éternel, ô Sagesse profonde! Vous répandez vos ineffables dons Sur les petits, les faibles de ce monde: Et dans le ciel vous écrivez leurs noms.

Si vous donnez la sagesse en partage A l'ignorant, s'il est humble de cœur, C'est que toute âme est faite à votre image. Vous appelez, vous sauvez le pécheur! Un jour viendra qu'en la même prairie, L'agneau paîtra doucement près du lion; Et le désert, votre unique patrie, Plus d'une fois entendra votre Nom.

O Dieu caché! des âmes virginales, Brûlant de zèle au foyer de l'amour, S'élanceront sur vos traces royales, Et les déserts se peupleront un jour. Ces cœurs ardents, ces âmes séraphiques Réjouiront tous les Anges des cieux, Et l'humble accent de leurs divins cantiques Fera trembler l'abîme ténébreux.

Dans sa fureur, sa basse jalousie, Satan voudra dépeupler les déserts; Il ne sait pas la puissance infinie Du faible Enfant qu'ignore l'univers. Il ne sait pas que la vierge fervente Trouve toujours le repos en son cœur; Il ne sait pas combien elle est puissante Cette âme unie à son divin Sauveur!

Peut-être un jour vos épouses chéries Partageront votre exil, ô mon Dieu! Mais les pécheurs qui les auront bannies, De leur amour n'éteindront pas le feu. Du monde impur la haine sacrilège N'atteindra pas les vierges du Seigneur Jusqu'à souiller leur vêtement de neige, Jusqu'à ternir leur céleste blancheur.

O monde ingrat, déjà ton règne expire; Ne vois-tu pas que ce petit Enfant Cueille joyeux la palme du martyre, La rose d'or, le lis éblouissant? Ne vois-tu pas que ses vierges fidèles Tiennent en main la lampe de l'amour? Ne vois-tu pas les portes éternelles, Qui, pour les saints, doivent s'ouvrir un jour?

Heureux instant! ô bonheur sans mélange, Quand les élus, paraissant glorieux, De leur amour recevront en échange L'éternité pour aimer dans les cieux! Après l'exil, plus jamais de souffrance, Mais le repos du céleste séjour; Après l'exil, plus de foi, d'espérance, Rien que la paix, l'extase de l'amour!

21 janvier 1896.

Jésus à Béthanie.

Récréation pieuse.

Air: _L'Ange et l'aveugle._

_Marie-Madeleine._

O Dieu, mon divin Maître, Jésus, mon seul amour! A vos pieds je veux être, J'y fixe mon séjour. En vain sur cette terre J'ai cherché le bonheur. Une tristesse amère Seule a rempli mon cœur...

_Jésus._

Marie, ô Madeleine! Je suis ton doux Sauveur! Oubliant toute peine, Jouis de ton bonheur. Tes regrets sont extrêmes, Et mon Cœur te redit: Je sais bien que tu m'aimes. Ton amour me suffit!

_Marie-Madeleine._

C'en est trop, mon bon Maître, Je me sens défaillir... Que ne puis-je renaître En ce jour, ou mourir! Comprenez mes alarmes, O Jésus, mon Sauveur! J'ai fait couler vos larmes: Quelle immense douleur!

_Jésus._

Il est vrai, sur ton âme J'ai répandu des pleurs; Mais d'un seul trait de flamme, Te puis changer les cœurs. Ton âme, rajeunie Par mon regard divin, Dans l'éternelle vie Me bénira sans fin!

_Marie-Madeleine._

Jésus, votre amour même Vient déchirer mon cœur, Votre bonté suprême Augmente ma douleur; J'ai méconnu vos charmes Et, dans mon repentir, Je n'ai plus que des larmes, Seigneur, à vous offrir!

_Jésus._

Ces larmes précieuses Brillent plus à mes yeux Que les perles nombreuses Qui scintillent aux Cieux. A l'étoile charmante Rayonnant dans l'azur, Je préfère l'amante Au cœur devenu pur.

_Marie-Madeleine._

Quel étonnant mystère! O mon divin Sauveur, N'est-il rien sur la terre Qui charme votre Cœur? Les lointaines montagnes, Le blanc et doux agneau, Les fleurs de nos campagnes, Est-il rien de plus beau?

_Jésus._

Tu vois la fleur éclose Et son éclat charmant; Pour moi, je vois la rose De ton amour ardent. Cette rose empourprée A su ravir mon cœur; Elle est ma préférée Entre toute autre fleur.

_Marie-Madeleine._

L'oiseau, de sa voix pure, Chante votre grandeur; Le ruisseau qui murmure Vous donne sa fraîcheur; Le lis de la vallée Vous offre son trésor: Sa blancheur étoilée De fines perles d'or.

_Jésus._

Salomon, dans sa gloire, Était moins bien paré Sur son trône d'ivoire Que ce beau lis nacré; Les simples pâquerettes Surpassent le grand roi, Et toutes ces fleurettes N'éclosent que pour toi.

_Marie-Madeleine._

Du virginal cortège Vous offrant son amour, Le blanc manteau de neige Brillera sans retour... Moi, d'une triste vie, Je vous offre la fin; Hélas! je l'ai flétrie Encore à son matin!...

_Jésus._

Si j'aime, de l'aurore, Les purs et brillants feux: Marie... ah! j'aime encore Un beau soir radieux. Ma bonté sans égale Placera le pécheur Et l'âme virginale Ensemble sur mon Cœur!

_Marie-Madeleine._

N'avez-vous pas vos Anges, Aux sublimes ardeurs? Sur leurs blanches phalanges Répandez vos faveurs! Moi, pauvre pécheresse, Je n'ai pas mérité L'ineffable tendresse De votre intimité.

_Jésus._

Bien plus haut que les Anges Tu monteras un jour; Ils diront tes louanges, Enviant ton amour! Mais il faut sur la terre, Pour tes frères pécheurs, Que, vivant solitaire, Tu m'attires leurs cœurs.

_Marie-Madeleine._

Seigneur, d'un zèle extrême Je sens brûler mon cœur; Et votre voix que j'aime En redouble l'ardeur. Mais, pour être un apôtre, Bien trop faible est ce cœur; Ah! prêtez-moi le vôtre, Jésus, mon doux Sauveur!

_Marthe._

Considérez ma sœur, bon Maître, elle s'oublie: Voyez: tout mon travail ne l'inquiète pas. Dites-lui donc, Seigneur, ah! je vous en supplie, Dites-lui de m'aider à servir le repas.

_Jésus._

Marthe! ma charitable hôtesse, Pourquoi voudriez-vous blâmer Votre sœur qui toujours s'empresse Vers Celui qui sait la charmer?

_Marthe._

Mais, ô divin Sauveur, voilà ce qui m'étonne: Ne devrait-elle pas détourner un instant Ses regards de Celui qui chaque jour lui donne, Et songer à donner aussi quelque présent?

_Jésus._

O Marthe, je vous le confie: Si votre amour est généreux, Celui de votre sœur Marie M'est infiniment précieux!

_Marthe._

Vos paroles, Seigneur, sont pour moi des mystères, Et je ne puis encor m'empêcher de penser Qu'il vaut mieux travailler que dire des prières; Moi, je sens mon amour qui veut se dépenser.

_Jésus._

Le travail est bien nécessaire, Je viens moi-même l'honorer; Mais, au moyen de la prière, Vous devez le transfigurer.

_Marthe._

Je savais bien, Seigneur, que, restant inactive, Je ne pouvais avoir de charmes à vos yeux; C'est pourquoi je m'empresse, adorable Convive, A préparer pour vous des mets délicieux.

_Jésus._

Votre âme est généreuse et pure, Votre travail peut le prouver; Mais savez-vous la nourriture Que je désirerais trouver?

Un seul ouvrage est nécessaire: Si votre sœur reste à l'écart Dans une amoureuse prière, _Elle a choisi la bonne part!_

Oui, cette part est la meilleure, Je le proclame dès ce jour; O Marthe! venez à cette heure Partager ce repos d'amour...

_Marthe._

Je le comprends enfin, Jésus, bonté suprême! Votre divin regard a pénétré mon cœur. Tous mes dons sont trop peu: c'est mon âme elle-même Que je dois vous offrir, ô très aimant Sauveur!

_Jésus._

Oui, c'est votre cœur que j'envie. Jusqu'à lui, je viens m'abaisser: Les cieux et leur gloire infinie, Pour lui, j'ai voulu délaisser.

_Marthe._

Pourquoi, divin Sauveur, avez-vous, de Marie, Fait un si grand éloge à Simon le lépreux? Il me semble pourtant, que, dans toute sa vie, Vous auriez dû compter plus d'un jour orageux...

_Jésus._

J'ai su comprendre le langage, D'un cœur par l'amour entraîné; _Celui-là chérit davantage_ _A qui l'on a plus pardonné..._

_Marthe._

Oh! qu'il en soit ainsi, je m'en étonne encore: Car vous m'avez, Seigneur, épargné le danger; Je vous dois mon amour, puisque dès mon aurore Vous avez bien voulu me suivre et protéger.

_Jésus._

Il est bien vrai qu'une âme pure, Le chef-d'œuvre de mon amour, Devrait, sans aucune mesure, M'aimer, me bénir sans retour.

Vous m'avez charmé dès l'enfance Par votre grande pureté; Mais, si vous avez l'innocence, Madeleine a l'humilité.

_Marthe._

Jésus, pour vous ravir, je veux toute ma vie Mépriser les honneurs, la gloire des humains; En travaillant pour vous, j'imiterai Marie, Ne recherchant jamais que vos regards divins.

_Jésus._

Ainsi vous sauverez les âmes, Et les attirerez vers moi; Bien loin, vous porterez mes flammes Avec le flambeau de la foi.

_Marthe et Marie-Madeleine._

Votre voix, doux Jésus, est une mélodie Qui nous ravit d'amour, enflammant notre cœur. Restez donc avec nous pour charmer notre vie; Restez ici toujours, aimable Rédempteur!

_Jésus._

Je suis heureux à Béthanie, Je m'y reposerai souvent; Et votre Dieu, dans la patrie, Se montrera reconnaissant...

Vous avez compris le mystère Qui m'a fait descendre en ces lieux: L'âme intérieure m'est chère, Bien plus que la gloire des cieux.

Cette gloire, un jour, sera vôtre, Et tous mes biens seront à vous: Honneur comparable à nul autre: Vous m'appellerez votre Epoux!

Ici-bas, fidèles amies, Vous vous chargez de me nourrir; Au festin des noces bénies, Je me ceindrai pour vous servir.

29 juillet 1895.

[Illustration]

Prière de l'enfant d'un Saint.

A son bon Père, rappelé à Dieu le 29 juillet 1894.

Rappelle-toi qu'autrefois sur la terre Ton seul bonheur était de nous chérir: De tes enfants exauce la prière, Protège-nous, daigne encor nous bénir! Tu retrouves là-haut notre mère chérie, Depuis longtemps déjà dans la sainte patrie; Maintenant, dans les cieux, Vous régnez tous les deux... Veillez sur nous!

Rappelle-toi ton ardente Marie, Celle qui fut la plus chère à ton cœur; Rappelle-toi qu'elle remplit ta vie, Par son amour, de charme et de bonheur. Pour Dieu, tu renonças à sa douce présence, Et tu bénis la main qui t'offrait la souffrance. De ton beau «_diamant_[266]» Toujours plus scintillant, Oh! souviens-toi!

Rappelle-toi ta belle «_perle fine_», Que tu connus faible et timide agneau; Vois-la, comptant sur la force divine, Et du Carmel conduisant le troupeau. De tes autres enfants elle est aujourd'hui mère, Viens guider ici-bas celle qui t'est si chère; Et sans quitter le ciel, De ton petit Carmel, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi cette ardente prière Que tu formas pour ta troisième enfant. Dieu l'entendit!... elle estime la terre Un lieu d'exil et de bannissement. La Visitation la cache aux yeux du monde, Elle aime le Seigneur, sa douce paix l'inonde; De ses brûlants soupirs, De ses ardents désirs, Oh! souviens-toi...

Rappelle-toi ta fidèle Céline Qui fut pour toi comme un ange des cieux, Lorsqu'un regard de la Face divine Vint t'éprouver par un choix glorieux. Tu règnes dans le ciel... sa tâche est accomplie; Maintenant à Jésus elle donne sa vie... Protège ton enfant Qui redit bien souvent: Rappelle-toi!...

Oh! souviens-toi de ta «_petite reine_», Du tendre amour dont son cœur déborda... Rappelle-toi que sa marche incertaine Ce fut toujours ta main qui la guida. Papa, rappelle-toi qu'aux jours de son enfance Tu voulus pour Dieu seul garder son innocence. Ses boucles de cheveux Qui ravissaient tes yeux, Rappelle-toi!

Rappelle-toi que dans le belvédère, Tu l'asseyais souvent sur tes genoux, Et, murmurant alors une prière, Tu la berçais par ton refrain si doux! Elle voyait du ciel un reflet sur ta face, Quand ton regard profond se plongeait dans l'espace... Et de l'éternité Tu chantais la beauté, Rappelle-toi!

Rappelle-toi ce radieux dimanche Où, la pressant sur ton cœur paternel, Tu lui donnas une _fleurette blanche_, Et lui permis de voler au Carmel. O père, souviens-toi qu'en ses grandes épreuves, Du plus sincère amour tu lui donnas des preuves; A Rome après Bayeux Tu lui montras les cieux; Rappelle-toi!

Rappelle-toi que la main du Saint-Père, Au Vatican, sur ton front se posa; Mais tu ne pus comprendre le mystère Du sceau divin qui sur toi s'imprima. Maintenant tes enfants t'adressent leur prière; Ils bénissent ta croix et ta douleur amère! Sur ton front glorieux Rayonnent dans les cieux _Neuf lis_ en fleurs!

Août 1894.

Ce que j'aimais...

Composé à la demande de sa sœur Céline pendant son noviciat.

Air: _Combien j'ai douce souvenance._

J'ai en mon Bien-Aimé les montagnes. Les vallées solitaires et boisées, Les îles étrangères, Les fleuves retentissants, Le murmure des zéphyrs amoureux.

· · ·

La nuit paisible, Pareille au lever de l'aurore; La musique silencieuse, La solitude harmonieuse, Le souper qui charme et qui accroît l'amour.

(SAINT JEAN DE LA CROIX.)

Oh! que j'aime la souvenance Des jours bénis de mon enfance! Pour garder la fleur de mon innocence, Le Seigneur m'entoura toujours D'amour.

Aussi, malgré ma petitesse, A Dieu je donnai ma tendresse; Et de mon cœur s'échappa la promesse D'épouser le Roi des élus, Jésus.

J'aimais, au printemps de ma vie, Saint Joseph, la Vierge Marie; Déjà mon âme se plongeait ravie Quand se reflétaient dans mes yeux Les cieux!

J'aimais les champs de blé, la plaine, J'aimais la colline lointaine; Dans mon bonheur, je respirais à peine. En moissonnant avec mes sœurs, Les fleurs.

J'aimais à cueillir les herbettes, Les bluets, toutes les fleurettes; Je trouvais le parfum des violettes Et surtout celui des coucous Bien doux.

J'aimais la pâquerette blanche, Les promenades du dimanche, L'oiseau léger gazouillant sur la branche, Et l'azur toujours radieux Des cieux.

J'aimais à poser chaque année Mon soulier dans la cheminée; Accourant dès que j'étais éveillée, Je chantais la fête du ciel: Noël!

De maman, j'aimais le sourire, Son regard profond semblait dire: «L'éternité me ravit et m'attire, «Je vais aller dans le ciel bleu «Voir Dieu!

«Je vais trouver dans la patrie «_Mes anges_, la Vierge Marie. «De mes enfants que je laisse en la vie, «A Jésus j'offrirai les pleurs, «Les cœurs!»

Oh! que j'aimais Jésus-Hostie Qui vint, au matin de ma vie, Se fiancer à mon âme ravie! Oh! que j'ouvris avec bonheur Mon cœur!

J'aimais encore, au belvédère Inondé de vive lumière, A recevoir les doux baisers d'un père, A caresser ses blancs cheveux Neigeux.

Sur ses genoux, étant placée Avec Thérèse, à la veillée, Je m'en souviens, j'étais longtemps bercée. J'entends encor, de son doux chant, L'accent.

O souvenir! tu me reposes. Tu me rappelles bien des choses... Les repas du soir, le parfum des roses, Les Buissonnets pleins de gaîté L'été.

A l'heure où tout vain bruit s'apaise, J'aimais à confondre à mon aise Mon âme avec celle de ma Thérèse; Je ne formais avec ma sœur Qu'un cœur!

Alors nos voix étaient mêlées, Nos mains, l'une à l'autre enchaînées; Ensemble, chantant les noces sacrées, Déjà nous rêvions le Carmel, Le ciel!

De la Suisse et de l'Italie, Ciel bleu, fruits d'or m'avaient ravie. J'aimai surtout le regard plein de vie Du saint Vieillard, Pontife-Roi, Sur moi.

Avec amour je t'ai baisée, Terre sainte du Colysée! Des Catacombes la voûte sacrée A répété bien doucement Mon chant.

Mon bonheur fut suivi de larmes; Bien grandes furent mes alarmes! De mon Epoux je revêtis les armes, Et sa croix devint mon soutien, Mon bien.

Alors j'aimais, fuyant le monde, Que l'Echo lointain me réponde; En la vallée ombragée et féconde Je cueillais, à travers mes pleurs, Les fleurs.

J'aimais, de la lointaine église, Entendre la cloche indécise. Pour écouter les soupirs de la brise, Dans les champs j'aimais à m'asseoir Le soir.

J'aimais le vol des hirondelles, Le chant plaintif des tourterelles; Avec plaisir j'entendais le bruit d'ailes De l'insecte au bourdonnement Bruyant.

J'aimais la perle matinale Ornant la rose de Bengale; J'aimais à voir l'abeille virginale Préparer sous les feux du ciel Le miel.

J'aimais à cueillir la bruyère; Courant sur la mousse légère, Je prenais, voltigeant sur la fougère, Les papillons au reflet pur D'azur.

J'aimais le ver luisant dans l'ombre, J'aimais les étoiles sans nombre... Surtout j'aimais l'éclat, en la nuit sombre, De la lune au disque d'argent Brillant.

A mon père, dans sa vieillesse, J'offrais l'appui de ma jeunesse... Il m'était tout: bonheur, enfant, richesse. Ah! je l'embrassais tendrement Souvent.

Nous aimions le doux bruit de l'onde, L'éclat de l'orage qui gronde; Le soir, en la solitude profonde, Du rossignol au fond du bois La voix.

Mais un matin son beau visage Du Crucifix chercha l'image..... De son amour il me laissa le gage, Me donnant son dernier regard: Ma part!...

Et de Jésus la main divine Prit le seul trésor de Céline, Et, l'emportant bien loin de la colline, Le plaça près de l'Eternel, Au ciel!

· · ·

Maintenant je suis prisonnière, J'ai fui les bosquets de la terre, J'ai vu que tout en elle est éphémère, J'ai vu tout mon bonheur finir, Mourir!

Sous mes pas l'herbe s'est meurtrie, La fleur en mes mains s'est flétrie... Jésus, je veux courir en ta prairie, Sur elle ne marqueront pas Mes pas.

Comme un cerf, en sa soif ardente, Soupire après l'eau jaillissante, O Jésus, vers toi j'accours défaillante: Il faut, pour calmer mes ardeurs, Tes pleurs...

C'est ton seul amour qui m'entraîne; «Mon troupeau je laisse en la plaine, «De le garder je ne prends pas la peine»; Je veux plaire à mon seul Agneau Nouveau.

Jésus, c'est toi l'Agneau que j'aime; Tu me suffis, ô Bien suprême! En toi j'ai tout: la terre et le ciel même: La fleur que je cueille, ô mon Roi, C'est toi!

Jésus, beau lis de la vallée, Ton doux parfum m'a captivée. Bouquet de myrrhe, ô corolle embaumée, Sur mon cœur je veux te garder, T'aimer!

Toujours ton amour m'accompagne; En toi j'ai les bois, la campagne, J'ai les roseaux, la lointaine montagne, La pluie et les flocons neigeux Des cieux.

En toi, Jésus, j'ai toutes choses, J'ai les blés, les fleurs demi-closes, Myosotis, boutons d'or, belles roses; Du blanc muguet, j'ai la fraîcheur, L'odeur.

J'ai la lyre mélodieuse, La solitude harmonieuse, Fleuves, rochers, cascade gracieuse, Le doux murmure du ruisseau, L'oiseau.

J'ai l'arc-en-ciel, j'ai l'aube pure, Le vaste horizon, la verdure; J'ai l'île étrangère et la moisson mûre, Les papillons, le gai printemps, Les champs.

En ton amour je trouve encore Les palmiers que le soleil dore, La nuit pareille au lever de l'aurore; En toi je trouve pour jamais La paix!

J'ai les grappes délicieuses, Les libellules gracieuses, La forêt vierge aux fleurs mystérieuses; J'ai tous les blonds petits enfants, Leurs chants.

En toi j'ai sources et collines, Lianes, pervenche, aubépines, Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantines, Le frisilis du peuplier Léger.

J'ai l'avoine folle et tremblante, Des vents la voix grave et puissante, Le fil de la Vierge et la flamme ardente, Le zéphir, les buissons fleuris, Les nids.

En toi j'ai la colombe pure; En toi, sous ma robe de bure, Je trouve joyaux et riche parure, Colliers, bagues et diamants Brillants.

J'ai le beau lac, j'ai la vallée Solitaire et toute boisée; De l'Océan j'ai la vague argentée, Perles, corail, trésors divers Des mers.

J'ai le vaisseau fuyant la plage, Le sillon d'or et le rivage; J'ai, du soleil festonnant le nuage Alors qu'il disparaît des cieux, Les feux.

En toi j'ai la brillante étoile; Souvent ton amour se dévoile, Et j'aperçois comme à travers un voile, Quand le jour est sur son déclin, Ta main!

O toi qui soutiens tous les mondes! Qui plantes les forêts profondes; D'un seul coup d'œil, toi qui les rends fécondes, Tu me suis d'un regard d'amour Toujours!

J'ai ton Cœur, ta Face adorée, _De ta flèche je suis blessée_... J'ai le baiser de ta bouche sacrée, Je t'aime et ne veux rien de plus, Jésus!

J'irai chanter avec les Anges De l'amour sacré les louanges... Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges. _O Jésus, que je meure un jour D'amour!_

Attiré par sa transparence, Vers le feu l'insecte s'élance; Ainsi ton amour est mon espérance, C'est en lui que je veux voler, Brûler...

Je l'entends déjà qui s'apprête, Mon Dieu, ton éternelle fête! Aux saules, prenant ma harpe muette, Sur tes genoux je vais m'asseoir, Te voir!

Près de toi, je vais voir Marie, Les Saints, ma famille chérie; Je vais, après l'exil de cette vie, Retrouver le toit paternel Au ciel...

28 avril 1895.

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.

Armoiries de Jésus et de Thérèse[267].

[Illustration: JHS FMT