‹ Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-mêmeChapitre 32 sur 46 · VIII

VIII

10 novembre 1910.

Dans notre orphelinat de Betafo (Madagascar) était élevée, depuis cinq ans, Justine Raivo, jeune fille d'une très robuste constitution. En octobre 1907, elle tomba malade, et depuis, sa santé alla de jour en jour en déclinant. Deux ans après, les crises étaient si violentes qu'elle devint bientôt méconnaissable. Plus d'appétit, de forces, de sommeil. Après quelques instants de repos au dortoir, la pauvre enfant commençait à gémir, se plaignant de douleurs vers le cœur, puis criait, délirait, se promenait dans la maison, dans la cour, ne sachant que faire pour obtenir quelque soulagement. Elle était alors, tantôt transie de froid, tantôt brûlante de fièvre.

Deux docteurs prodiguèrent les soins les plus intelligents et les plus assidus à la jeune fille, sans obtenir aucun résultat. La malade était devenue maigre, son teint était terne, ses yeux tantôt hagards, tantôt brillants démesurément.

Elle se plaignait de souffrances violentes dans la tête, les reins, les genoux, etc... Les deux docteurs finirent par nous avouer qu'on pouvait la prolonger de quelques mois; «mais une guérison était impossible», disaient-ils.

Dix mois s'étaient ainsi écoulés quand la jeune fille, qui, depuis longtemps, nous avait témoigne le désir de se faire religieuse, m'écrivit pour me supplier de vouloir bien l'accepter au noviciat indigène. Sa demande aie m'étonna pas; mais comment penser à recevoir une postulante dans un pareil état de santé? Nous commençâmes alors immédiatement une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je donnai une réponse affirmative à la jeune fille. Le lendemain de son arrivée (31 juillet), commencement d'une seconde neuvaine à la petite sainte. La nuit suivante fut extrêmement douloureuse; jamais peut être la pauvre enfant n'avait autant gémi, déliré, souffert. On eût dit que Thérèse voulait nous prouver à toutes que la terrible maladie existait bien toujours. Puis ce fut fini; depuis ce moment, les journées et les nuits de la jeune fille ont été parfaitement calmes.

Chaque jour de la neuvaine on la voyait redevenir plus fraîche, plus forte, et, à partir du dernier jour, elle reprit son appétit d'autrefois, toutes ses forces lui revinrent.

Elle n'a cessé depuis d'étudier, de même que ses compagnes, d'aller faire des catéchismes dans les chrétientés environnantes assez éloignées, et jamais elle n'a ressenti la moindre lassitude.

Aidez-nous, ma Rde Mère, à remercier notre chère petite Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et demandez-lui de multiplier ses visites; alors, malgré notre petit nombre, nous pourrons donner à Nôtre-Seigneur les âmes de tous les païens qui nous entourent.

Sr St-JEAN BERCHMANS.

· · ·

Je soussigné, évêque titulaire de Soruze, vicaire apostolique de Madagascar central, déclare que Sr St-Jean Berchmans est tout à fait digne de foi.

Tananarive (Madagascar), le 22 novembre 1910.

† J.-B. CAZET,

_Vic. apost. de Madagascar central_.

41.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 7 juin 1909.

MA TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE,

Vous serez heureuse d'apprendre que votre petite Sœur, qui aimait tant les Carmels des missions, a bien voulu nous favoriser d'une de ses visites.

Nous avions une de nos chères Sœurs très mal d'une pneumonie compliquée d'une maladie de foie et d'une affection des reins; le docteur avait peu d'espoir et d'autant moins que notre bien-aimée malade ne voulait pas guérir, étant si heureuse d'entrevoir le ciel, objet de tous les désirs de son cœur.

Elle venait de recevoir avec une piété touchante le saint Viatique et l'Extrême-Onction, lorsque nous arriva la circulaire relatant les faits merveilleux opérés par l'intervention toute-puissante, auprès de Dieu, de votre aimable petite sainte.

Nous commençâmes une neuvaine en communauté, pour obtenir la guérison de notre chère malade qui voulut s'unir à nos supplications, dans le but de glorifier le bon Dieu et de contribuer aussi, autant que possible, à la glorification de la Servante de Dieu, par sa guérison.

Elle vous dit elle-même comment elle a été guérie.

Cette grâce obtenue au Carmel a fait grand bruit dans la ville, et on nous demande des neuvaines. Nous vous serions bien reconnaissantes, si vous vouliez nous envoyer quelques reliques et images.

SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS.

_prieure_.

_Relation de la Sœur._

Sans me rendre exactement compte des maladies graves dont j'étais atteinte, souffrant beaucoup sous l'influence d'une forte fièvre, crachant le sang et comme des morceaux de poumon, j'interrogeai le docteur afin de savoir si ma vie était en danger, pour recevoir les derniers sacrements. Il me répondu que, depuis trois jours, je me trouvais dans ce cas.

J'exprimai alors mon désir à notre Révérende Mère de ne point différer à me procurer cette grâce et, dans l'après-midi de ce même jour, 16 mars 1909, je reçus la sainte communion en viatique ainsi que l'Extrême-Onction, et me disposai de mon mieux au grand passage du temps à l'éternité.

Voyant que le docteur réitérait ses visites trois et même quatre fois par jour, et qu'il s'était adjoint un autre médecin en consultation, je fus affligée de sa sollicitude à vouloir m'arracher à la mort, moi qui me sentais si heureuse de quitter cette terre d'exil, et je lui en exprimai ma peine, lui reprochant d'agir contrairement aux desseins de Dieu qui m'appelait.

Il était attristé de mes dispositions, contraires, disait-il, aux efforts de la science pour me guérir.

Sa piété avait cependant plus d'espoir dans la puissance de la prière que dans les secours humains. Ce jour même, la communauté commençait une neuvaine pour solliciter un miracle par l'intercession de la Servante de Dieu, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Bien après le départ du docteur, j'éprouvai quelque chose qui ne saurait s'exprimer; j'étais seule et ne dormais point; il me semblait que j'étais comme suspendue dans l'espace. Je ne vis rien, mais je m'entendis interroger ainsi: «Pourquoi voulez-vous mourir?» Croyant parler à Dieu, je répondis: «Pour vous voir.» Mais la voix reprit qu'il serait plus glorieux à Dieu de m'abandonner à lui, soit pour vivre, soit pour mourir, et de m'unir à la neuvaine que faisait la communauté.

J'entendis encore ces paroles: «Quelle plus grande gloire pour Dieu, pour la sainte Eglise, pour votre saint Ordre et votre communauté, si le miracle de votre guérison doit hâter la glorification de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!»

Aussitôt mes dispositions furent complètement changées, je répondis: «Non, je ne veux plus désirer mourir, je veux prier et commencer une neuvaine.»

Lorsque le docteur revint dans l'après-midi, je lui fis réparation des reproches que je lui avais adressés; le même jour, sur ma demande, on me donna une image représentant Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que je plaçai près de mon chevet. Je la priais sans cesse, avec une grande confiance, à proportion de mes souffrances qui s'accentuaient davantage, à mesure que la neuvaine approchait de son terme.

La veille du dernier jour, 23 mars, vers 5 h. de l'après-midi, alors que toute la communauté se trouvait réunie au chœur pour l'oraison, étant seule avec la Sœur infirmière, je fus subitement prise de violentes suffocations. A la quatrième crise, qui fut la dernière, j'endurai toutes les angoisses de l'asphyxie. M'étant soulevée du lit par l'excès de la souffrance, j'étreignais la Sœur qui me soutenait dans ses bras, croyant, comme moi, que j'allais expirer. L'air me manquait absolument pour respirer. Lorsque je fus remise de cette terrible lutte, aussitôt que je pus parler, j'invitai la pauvre Sœur bien émotionnée à remercier Dieu. «Puisque je n'en suis pas morte, lui dis-je, c'est une preuve que nos prières seront exaucées.»

J'avais l'espoir que je serais guérie le lendemain à la sainte communion. La nuit fut très mauvaise. A 3 h. du matin, j'endurai une véritable agonie, j'étais inondée d'une sueur froide, grelottant malgré les fortes chaleurs de l'été et la couverture de laine dont j'étais enveloppée; j'en demandai même une autre plus chaude. A 3 h. 1/2 j'éprouvai soudainement un indéfinissable bien-être, je dis aux Sœurs qui me prodiguaient leurs soins: «Retirez-vous dans vos cellules, allez vous reposer, je n'ai plus besoin que personne me veille, je suis guérie! Aussitôt que notre Mère sera levée, veuillez le lui annoncer.»

En effet, je dormis d'un bon sommeil jusqu'à l'Angélus.

La veille encore, je recevais la sainte communion dans mon lit en viatique et ne pouvais avaler qu'une parcelle de la sainte Hostie avec difficulté. Ce dernier jour de la neuvaine je me levais, m'habillais, recevais la sainte communion et demeurais à genoux, sans appui, environ une demi-heure.

A la fin de mon action de grâces, je chantais un des cantiques composés par notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!

Quelques instants après, le docteur vint m'ausculter et déclarait qu'il n'y avait plus aucune trace de la pneumonie qui m'avait conduite aux portes du tombeau, et qui était compliquée d'une affection au foie et d'une maladie non moins sérieuse des reins. Ma santé, si éprouvée depuis plusieurs années, m'a été rendue bien meilleure. En peu de jours j'ai pu reprendre et exercer sans interruption mon office de portière avec d'autres occupations fatigantes. La nuit du Jeudi Saint, 7 avril, j'ai pu veiller avec la communauté devant le Saint Sacrement. Je prends la nourriture commune de nos Sœurs au réfectoire et ne ressens nullement aucune des indispositions des maladies précédentes. J'ai su depuis, par une religieuse du Tiers-Ordre, qu'ayant interrogé le docteur sur mon état le soir, veille de ma guérison, celui-ci avait répondu: «Elle expirera peut-être cette nuit.» Gloire soit rendue à Dieu et à la chère âme qui a daigné intercéder pour son indigne petite sœur! Qu'elle achève maintenant son œuvre en m'obtenant l'inappréciable grâce de marcher fidèlement sur ses traces dans la pratique des vertus religieuses.

SR MARIE DU CALVAIRE.

Suit le certificat du docteur.

42.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 31 juillet 1909.

La santé de notre chère miraculée est bonne, très bonne. Elle, qui depuis de bien longues années endurait de cruelles douleurs, privée des exercices de communauté, vient maintenant partout. La joie est répandue dans tout son être, on sent qu'une divine transformation s'est opérée en elle. Jamais nous ne pourrons oublier l'expression du visage de notre bien-aimée Sœur le jour de sa guérison; elle était transfigurée, comme en extase, et encore, quand elle parle de sa céleste bienfaitrice, elle est toute rayonnante de reconnaissance et d'amour.

Une de nos Sœurs eut la pensée d'obtenir, elle aussi, la guérison d'un écoulement d'oreille qui la faisait bien souffrir et la privait de sa voix au chœur, soit pour la psalmodie, soit pour le chant; elle avait encore des ulcères extérieurs. Eh bien! pendant la neuvaine, tout a disparu! Et maintenant elle donne sa voix librement, et il n'y a aucune trace des ulcères d'où sortait un pus verdâtre qui nous inquiétait.

Nous faisons quelques économies afin d'offrir notre obole pour la glorification de notre douce sainte.

Nous vous prions de faire faire une visite pour nous à sa glorieuse tombe et de lui recommander plusieurs intentions.

SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS,

_Prieure_.

43.

Communauté de X. (Finistère), 15 juin 1909.

Thérèse, la gracieuse «petite Reine», vient de jeter sur notre monastère un de ses pétales de rose.

Depuis le 1er décembre 1908, une de nos Sœurs, âgée de 31 ans, était atteinte d'une maladie infectieuse du cerveau et de la moelle épinière, le tout augmenté d'une phlébite aux deux jambes.

Le 16 mars, le docteur, ayant constaté que les phlébites avaient disparu, mais que la jambe droite était ankylosée, plia lui-même les deux jambes afin de permettre à la Sœur de marcher: ce fut une souffrance ajoutée à tant d'autres, car quand il fallut faire circuler la patiente, les jambes fléchissaient et étaient incapables de la porter. Dès l'abord, on crut à de la faiblesse et l'on espérait que le temps en aurait raison. Hélas! la malade restait impotente, et le docteur disait que, probablement, elle serait paralysée toute sa vie et que, seule, Notre-Dame de Lourdes, pourrait la guérir. C'était le jeudi 3 juin.

Le vendredi, 11 juin, la malade, dès son réveil, se sentit plus fatiguée encore qu'à l'ordinaire et souffrit cruellement pendant la sainte Messe. Au moment de la communion, quand l'infirmière la prit pour la conduire à la sainte Table, elle faillit tomber, tant ses jambes étaient rebelles.

De retour à l'infirmerie, la Sœur dit à la malade: «Quand vous êtes seule, il faudrait essayer de vous lever du fauteuil.» Elle répondit tristement: «Je ne le puis j'essaie souvent, mais il m'est impossible de remuer les reins.» L'infirmière n'insista pas, persuadée, en effet, de son impuissance; elle la prit par le bras et la fit marcher dans l'appartement. La Sœur coadjutrice,--aide pour les malades--arrivant à ce moment, dit à l'infirmière: «Pourquoi vous fatiguer ainsi? On n'est pas plus avancé de faire marcher la Sœur aujourd'hui qu'au premier jour.»

L'infirmière remit la malade dans son fauteuil, puis alla prendre une image sur laquelle est imprimée la poésie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus: «Les Anges à la crèche», avec le portrait de Sr Thérèse. Elle fit baiser ce portrait à la malade et lui dit en s'éloignant de quelques pas: «Maintenant, venez chercher l'image.» Aussitôt la Sœur fit quelques efforts des reins, s'appuya sur le bras du fauteuil, se leva et suivit l'infirmière qui, tenant l'image à la main, faisait le tour de la chambre. Vivement impressionnée, elle dit à la malade: «Retournez au fauteuil et levez-vous sans vous appuyer.» Ce qu'elle fit.

Depuis ce jour, elle marche et suit en tout la communauté. Elle a repris son emploi et se porte très bien. On ne dirait jamais qu'elle est restée six mois sans bouger.

Le docteur, appelé à constater le fait, s'est écrié: «C'est merveilleux! car cette Sœur avait des symptômes de méningite cérébro-spinale avec paralysie des quatre membres.»

Suit le certificat de ce docteur.

44.

Monastère de la Trappe.

Tarrega, Espagne, 27 juin 1909.

_Relation de la guérison du Frère Marie-Paul._

Dans le courant du mois de septembre de l'année dernière, notre bon frère Marie-Paul (dans le siècle Philippe Tobzanc, né à Narbonne, diocèse de Carcassonne, département de l'Aude, le 12 juin 1877, entré en religion le 9 mai 1905), convers de notre monastère, sentit dans la région du cœur les premières atteintes d'un mal auquel, tout d'abord, il ne prit pas garde. Mais ce qui, au début, n'était qu'une simple oppression, se changea peu à peu en douleur si intense que tout travail prolongé ou trop pénible lui devint impossible. Le docteur, consulté, déclara que le mal venait de l'estomac et soumit le malade à un régime exclusivement lacté. Après six mois de ce traitement, un mieux s'étant produit, notre bon frère crut pouvoir reprendre la vie de communauté.

Mais deux mois ne s'étaient pas écoulés que les douleurs se réveillèrent plus vives et plus intenses que la première fois, et nous dûmes recourir aux mêmes remèdes. Cette fois-ci, nulle fut leur efficacité; le mal empirait tous les jours et les souffrances devenaient parfois si cruelles que, pour soulager le patient, nous dûmes employer des injections de morphine.

Notre bon frère dut cesser alors tout travail, car il était d'une faiblesse extrême; manger était pour lui un véritable supplice; son estomac ne pouvait rien conserver, pas même quelques cuillerées de bouillon qui ne servaient qu'à lui faire éprouver de violentes douleurs.

Parfois aussi le malade crachait comme de la chair hachée; et, de plus, son haleine était si fétide que la charité seule nous pouvait faire rester auprès de lui.

Après un nouvel examen, le médecin conclut à une ulcération de l'estomac qui, facilement, pouvait dégénérer en cancer et me prévint de l'opportunité d'une opération dans le cas de complications graves. Pour pouvoir sustenter de quelque manière le malade, le docteur prescrivit des lavements aux œufs et au lait, mais ce mode d'alimentation ne pouvait durer longtemps, car notre frère s'affaiblissait et dépérissait à vue d'œil.

Pour se conformer aux prescriptions du docteur, notre cher malade faisait chaque jour une petite promenade. Le lundi 3 mai, il en revint plus fatigué que de coutume; et, cependant, elle n'avait pas duré un quart d'heure. Rencontrant alors le Père sous-Prieur, il lui dit: «Priez pour moi, mon Père, car je sens que c'est bien fini...»

Tout espoir n'était cependant pas perdu, et le Seigneur allait, dès le lendemain de ce jour, faire éclater le pouvoir qu'a sur son Cœur miséricordieux l'intercession de sa petite Thérèse.

«--Puisque les moyens humains sont impuissants à vous soulager, dit notre Père infirmier au malade, faites une neuvaine de prières à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, religieuse du Carmel de Lisieux, morte, il y a quelques années, en odeur de sainteté.»

La proposition est acceptée avec d'autant plus de joie que le bon frère avait grande confiance en la «Petite Fleur blanche» dont il avait lu un résumé de la vie dans la petite brochure intitulée: «Appel aux petites âmes.» Depuis ce jour, en effet, il portait sur lui une photographie de Sr Thérèse, disant qu'elle lui porterait bonheur.--Elle ne trompa pas sa confiance.

Le lendemain, mardi 4 mai, notre malade ne put conserver les lavements, les douleurs se portèrent sur les reins avec tant d'acuité qu'il fallut cette fois encore avoir recours à la morphine: le pauvre frère n'en pouvait plus.--«Cela ne peut pas durer, dit-il alors au Père infirmier. Si vous voulez bien demander pour moi à mon Père X... une relique de Sr Thérèse, je l'appliquerai sur mon mal, et j'ai confiance qu'elle me guérira.»

Le soir, le Père infirmier lui remit la relique et lui conseilla, en même temps, de prendre un autre lavement.

Mais notre malade avait son idée; plein de confiance, il avait résolu de boire le liquide. Il pria la «Petite Fleur» de lui rendre la santé pour aider ses frères déjà si accablés de travail; puis il détache quelques parcelles de la relique et les met dans son breuvage. Après en avoir avalé quelques gorgées, il craint de commettre une imprudence en voulant absorber une si grande quantité de liquide (3/4 de litre). Mais, toujours plein de confiance qu'il va guérir, il ajoute quelques nouvelles parcelles de la relique et boit le tout. Il attend... Plus de souffrances! plus de cruels maux d'estomac! Le mal est complètement disparu, notre bon frère est guéri!

Il sort alors, fait une longue promenade, gravit sans éprouver ni malaise, ni fatigue, le plateau qui domine notre propriété. Il rentre ensuite tout ragaillardi, se sentant fort, vigoureux, et aussitôt demande à manger.--«Prenez des œufs», lui dit le Père infirmier. Et notre bon frère, dont l'estomac ne pouvait supporter la plus légère nourriture, prend non seulement des œufs, mais encore des pommes de terre frites, des raisins secs, des noix, des figues sèches, et achève son repas par un bon verre de vin, boisson dont il était obligé de s'abstenir depuis huit mois... Pas la moindre souffrance!

Notre heureux frère me fait part de sa guérison qui me réjouit souverainement et, dès le lendemain, il reprend la vie de communauté, en suit le régime austère et se remet à son pénible travail. Il continue sa neuvaine, la transformant en action de grâces. A la fin de la neuvaine, la guérison s'étant maintenue, j'ai cru de mon devoir, ma Rde Mère, de vous envoyer ma première relation.

Aujourd'hui, près de deux mois se sont écoulés depuis la faveur insigne dont notre cher frère a été l'objet, et nous pouvons tous certifier ici qu'il ne se ressent nullement de son mal, a repris de bonnes couleurs et continue avec générosité et joie le travail que l'obéissance lui a imposé.

En notre Abbaye de Notre-Dame du Suffrage, ce 27 juin 1909.

R. P. MARI HAVUR, _abbé de N.-D. de Fontfroide_.

(Réfugié avec sa Communauté à N.-D. du Suffrage.)

Suit le certificat du docteur, du curé de Tarrega et du maire.

· · ·

Le frère Marie-Paul a été, en 1910, miraculeusement protégé par Sr Thérèse dans une explosion où il aurait dû trouver la mort ou être grièvement blessé.

La lampe d'acétylène qui a éclaté, faisant projectile, l'a frappé en pleine poitrine à l'endroit même où se trouvait une image de la servante de Dieu. Le frère a été renversé à terre par la violence du choc, mais s'est relevé sans aucun mal.

45.

Monastère de X., Belgique, 2 juillet 1909.

Un vieillard de 80 ans qui, depuis près de 50 ans, ne s'approchait plus des sacrements et pour lequel nous avons fait une neuvaine au Sacré-Cœur par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, est transformé; sa conversion va faire un bien immense dans la localité qu'il habite, car il est ires connu.

Il fallait un miracle de grâce, nous disait-on, pour amener le retour de cet octogénaire qui, dans son testament, on le savait, donnait 6.000 fr. pour son enterrement civil. Or, à la première visite qu'on lui fait après avoir invoqué la petite Sr Thérèse, il accepte volontiers une médaille du Sacré-Cœur et un scapulaire du Carmel; à la deuxième visite, le septième jour de la neuvaine, on peut lui administrer les sacrements, qu'il reçoit avec des sentiments admirables de piété. Il a vécu onze jours après sa conversion, faisant l'édification des personnes qui l'approchaient et se prêtant volontiers à ce qu'on demandait de lui pour ses funérailles.

L'enterrement fut donc religieux et très édifiant; on eût dit un triomphe, et c'en était un! Remerciements et actions de grâces au Sacré-Cœur et à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

46.

Paris, 8 juillet 1909.

Ainsi que je vous l'écrivais il y a huit jours, mon frère avait formellement refusé les sacrements. Le Révérend Père X., qui s'était présenté, avait complètement échoué dans sa tentative. «Il n'y a plus qu'à prier, nous dit-il: c'est une barre de fer, il n'y a rien à tenter.»

C'est alors que j'eus la pensée de m'adresser au Carmel de Lisieux, comptant sur l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Voyant mon frère au plus mal vendredi, on lui envoya encore le prêtre, qui revint près de nous tout ému, nous disant que le malade, en pleine lucidité, avait reçu avec reconnaissance l'absolution après un entretien assez long. Sa femme, ses enfants, étaient dans le plus grand étonnement... Moi, je pensais que les prières faites au Carmel avaient été exaucées.

Cependant, je désirais beaucoup avoir une preuve comme quoi ce retour à Dieu avait été obtenu par l'intercession de Sr Thérèse, et je demandai pour signe à cette chère petite sainte que mon frère m'adressât une parole de reconnaissance que je désignai--chose en dehors de ses habitudes et de son caractère.--Je me rendis chez lui, et quelle ne fut pas mon émotion d'entendre sortir de sa bouche cette même parole que j'avais demandée... Il ne dit pas un mot de plus.