‹ Sophie, ou le mariage cachéChapitre 11 sur 32 · Ariette.

Ariette.

L’amour exerce ſes droits
Avec violence,
Et la raiſon à ſa voix
Garde le ſilence.
Dès qu’il ſe rend maître d’un Cœur,
Fortune, éclat, grandeur,

Tout eſt chimere.
Un amant ne voit le bonheur
Qu’avec l’objet qui ſait lui plaire ;
L’amour &c.

Celicour vivement.

Vous exprimez mes ſentimens, vous peignez ma ſituation.

Clairville.

Achevez de me la faire connoître ; je vois déja que peu ſenſible aux charmes d’Henriette, une autre a touché votre cœur ; mais pourquoi vous taire ? pourquoi laiſſer avancer une affaire qu’à préſent il fera difficile de rompre ?

Celicour.

Libre encore, lorſque mon oncle me propoſa le mariage, rien ne m’engageoit à le refuſer ; je vis Henriette, elle n’eſt pas faite pour inſpirer de la repugnance, je l’aurois aimée ſans doute ; mais une autre vint s’offrir à mes yeux, & m’apprit à connoître un ſentiment dont juſqu’alors je n’avois eu qu’une foible idée ; ah ! comment ſe défendre quand on aime Sophie ?

Clairville ſurpris & troublé.

Sophie !… Comment ?… Quoi ?… De quelle Sophie parlez-vous ?

Celicour, avec feu.

De celle qui a habite cette maiſon, de l’aimable pupile de votre pere ; vous êtes ſurpris ?

Clairville.

Confondu… l’instant… la circonſtance…

Celicour.

Eſt malheureuſe, ſinguliere…

Clairville.

Oh, plus que vous ne pouvez l’imaginer, … eſt-elle inſtruite de vos ſentimens ?

Celicour.

Mes regards ſeuls ont pu les lui faire connoître ; timide pour la premiere fois, mon embarras eſt extrême ; j’ai beſoin de votre amitié, de vos conſeils, & ſurtout de votre ſecours, pour me procurer un entretien avec elle.

Clairville.

Moi ! ne l’eſpérez pas.

Celicour.

Comment ?

Clairville.

Non, vous dis-je. Votre folie eſt inconcevable ; quoi ? ſur le point de conclure un mariage avantageux…

Celicour, piqué.

N’achevez pas, j’ai tout conſidéré, tout prévu, & ſi Sophie daigne accepter ma main, il n’eſt point d’obſtacle qui puiſſe m’arrêter… mais je l’apperçois, le hazard la conduit vers nous, ah ! de grace, laiſſez-moi profiter de cette heureuſe occaſion.

(Celicour a dit ces derniers mots en appercevant Sophie, qui a paru au bout d’une allée d’arbres au fond du Théâtre.)

Clairville avec humeur.

Quoi ! vous prétendez ?

Celicour.

Oui, mon Ami, votre préſence l’embarraſſeroit peut-être ; éloignez-vous, je vous en conjure.

Clairville.

Ecoutez-moi…

Celicour.

Le tems preſſe, vous connoiſſez ma ſituation…

Clairville.

Et vous ignorez la mienne… apprenez donc…

Celicour.

Vous m’inſtruirez une autre fois.

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