‹ Sophie, ou le mariage cachéChapitre 10 sur 32 · Scène PREMIERE.

Scène PREMIERE.

Clairville, Celicour.

Ils ſe promenent quelque tems ſans parler, & ſe regardent d’un air embaraſſé.

Celicour.

QU’avez-vous, Clairville, vous paroiſſez inquiet ?

Clairville.

Je ne ſuis pas tranquille, mais vous-même n’êtes pas dans votre état naturel ; je vous ai vu tout le jour triſte, rêveur, embarraſſé.

Celicour.

J’ai du trouble, des deſirs, des projets ; je voudrois vous les confier, mais je héſite à vous ouvrir mon cœur.

Clairville.

Celicour.

Non, mais je crains votre raiſon.

Clairville.

Ma raiſon ! ah, mon ami ne vous y trompez pas, j’ai beſoin moi-même d’indulgence ; ſi vous avez une confidence à me faire, j’ai un ſecret à vous apprendre, d’où dépend mon repos, ma joie ; mais parlez, parlez, mon Ami, votre exemple eſt néceſſaire pour m’encourager.

Celicour avec feu.

Clairville, connoiſſez vous l’amour ? ce ſentiment vif, impétueux, auquel nos plus grands efforts ne peuvent rien oppoſer ?

Clairville vivement.

Eh ! qui jamais éprouve mieux que mot l’impoſſibilité de lui réſiſter ?

Celicour.

Vous ne penſez donc pas que de froides conſidérations, de vaines bienſéances, doivent nous faire renoncer à nous-mêmes, au bonheur de toute notre vie ?

Clairville.

Ah ! mon Ami, je ſuis bien loin de le croire.

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