Scène PREMIERE.
Clairville, Celicour.
Ils ſe promenent quelque tems ſans parler, & ſe regardent d’un air embaraſſé.
Celicour.
QU’avez-vous, Clairville, vous paroiſſez inquiet ?
Clairville.
Je ne ſuis pas tranquille, mais vous-même n’êtes pas dans votre état naturel ; je vous ai vu tout le jour triſte, rêveur, embarraſſé.
Celicour.
J’ai du trouble, des deſirs, des projets ; je voudrois vous les confier, mais je héſite à vous ouvrir mon cœur.
Clairville.
Celicour.
Non, mais je crains votre raiſon.
Clairville.
Ma raiſon ! ah, mon ami ne vous y trompez pas, j’ai beſoin moi-même d’indulgence ; ſi vous avez une confidence à me faire, j’ai un ſecret à vous apprendre, d’où dépend mon repos, ma joie ; mais parlez, parlez, mon Ami, votre exemple eſt néceſſaire pour m’encourager.
Celicour avec feu.
Clairville, connoiſſez vous l’amour ? ce ſentiment vif, impétueux, auquel nos plus grands efforts ne peuvent rien oppoſer ?
Clairville vivement.
Eh ! qui jamais éprouve mieux que mot l’impoſſibilité de lui réſiſter ?
Celicour.
Vous ne penſez donc pas que de froides conſidérations, de vaines bienſéances, doivent nous faire renoncer à nous-mêmes, au bonheur de toute notre vie ?
Clairville.
Ah ! mon Ami, je ſuis bien loin de le croire.