QUATUOR. · QUATUOR. · Scène V.
DURVAL, SOPHIE, Mad. de St. AUBIN, HENRIETTE.
(Il eſt important auſſi que cette 5me. Scène ſoit jouée très vivement, & qu’un mot n’attende pas l’autre.)
Durval.
QUel bruit, quel tapage, à qui en avez-vous Mesdames ?
Mad. de St. Aubin en colere.
Vous arrivez à propos, Monſieur, pour nous faire juſtice.
Durval.
Et de qui donc ?
Mad. de St. Aubin.
De Celicour, de votre Neveu ; pour cette impertinente, je me reſerve le ſoin de la punir.
Durval.
De quoi eſt-il queſtion ?
Sophie.
Madame, ſi vous vouliez m’entendre !
Mad. de St. Aubin.
Vous entendre ! & qu’avez-vous à oppoſer à des faits ?
Durval.
Des faits ! Comment diable, celà eſt ſérieux.
Henriette.
Oh ! très ſérieux, je vous aſſure.
Sophie.
Henriette, écoutez-moi, je vous en conjure.
Henriette.
Me jouer un pareil tour !
Mad. de St. Aubin.
Nous expoſer à cet affront !
Durval.
Mais écoutez-la !
Sophie.
Je proteſte, je jure…
Henriette, pleurant.
Nous mettre dans la néceſſité de rompre un Mariage prêt à conclure.
Durval ſe fâchant.
Eh ! à propos de quoi le rompre, s’il vous plaît ?
Mad. de St. Aubin.
Ne vous affligez pas, ma fille, déſormais un Couvent nous répondra d’elle.
Durval ſe fâchant plus fort.
Doucement, Madame, je vous ai déja dit, que je ne le ſouffrirois pas.
Henriette avec aigreur.
Quoi ! Monſieur, vous prenez ſon parti ?
Mad. de St. Aubin.
Vous oſez la ſoutenir contre moi ?
Henriette.
L’Oncle & le Neveu ſont d’intelligence.
Mad. de St. Aubin.
Il n’en faut point douter.
Durval.
Au Diable ſoient les folles.
Mad. de St. Aubin.
Comment ! vous joignez l’inſulte à la perfidie ? ce dernier trait m’apprend à vous connoître : je romps toute alliance avec vous.
Durval.
L’enfer puiſſe confondre…
Mad. de St. Aubin.
Vous êtes un homme emporté…
Durval très en colere.
Madame !…
Henriette.
Sans politeſſe.
Durval.
Mademoiſelle !…
Mad. de St. Aubin.
Sans éducation.
Durval criant très fort.
Courage !… mais enfin parviendrai-je à ſavoir ?…
Mad. de St. Aubin avec volubilité.
Déraiſonnable, inſociable, à qui l’on ne peut parler, qui ne voit rien, n’entend rien ! Pour votre neveu, c’eſt un impertinent, un fat ; je vous le repète, ne comptez plus ſur nous ; tout eſt fini, tout eſt rompu. Sophie, préparez-vous à partir demain. Oui Monſieur, demain, demain, en dépit de votre protection ! Suivez-moi, ma fille, allons trouver mon mari, & lui apprendre l’honête procedé de ſon digne Ami.