‹ Sophie, ou le mariage cachéChapitre 16 sur 32 · Scène VI.

Scène VI.

DURVAL, SOPHIE.

Durval.

OUf… eſt-elle partie ?… quelle furie ! … m’apprendrez-vous ce que ſignifie tout celà ? les unes crient, l’autre pleure ; expliquez-moi cette énigme.

Sophie.

Rien de plus facile, Monſieur ; Henriette & Madame de St. Aubin ont ſurpris Celicour à mes genoux.

Durval.

Avos genoux ! Eh ! que Diable faiſoit-il là ?

Sophie.

Il me juroit de m’aimer toujours.

Durval.

L’étourdi ! le ſot ! il prend bien ſon tems… vous aimer toujours ? à propos de quoi ?… & vous l’écoutiez ?… que prétend-il ? qu’eſpérez-vous ?… les femmes n’ont pas tant de tort ; celà n’eſt pas bien à vous, Sophie.

Sophie.

Mais, Monſieur…

Durval brusquement.

Non, vous dis-je, cela eſt mal, très mal, elles ont raiſon ; c’eſt un fort vilain procédé que celà.

Sophie.

Allez-vous m’affliger auſſi, vous fâcher ?…

Durval élevant la voix.

Me fâcher, me fâcher ?… je ne me fâche point : je vous parle doucement ; vous affliger ? ce n’eſt pas mon deſſein… mais un homme à vos genoux… ces femmes qui arrivent, s’en prennent à moi… me diſent mille injures… comment diable puis je vous excuſer ?

Sophie.

S’il m’étoit permis de parler…

Durval.

Que me diriez-vous ?

Sophie.

Que loin d’encourager les eſpérances de Celicour, je lui faiſois ſentir combien elles étoient chimériques, & combien j’en étois offenſée

Durval ſe radouciſſant.

Oui !… lui diſiez-vous celà ?… à la bonne heure, celà eſt différent.

Sophie.

Je n’ai pu l’empêcher de ſe mettre à genoux.

Durval.

Non,… Non,… j’entends bien… ce n’eſt pas votre faute…

Sophie.

Si mon caractere vous étoit connu, ſi vous étiez inſtruit de ma ſituation…

Durval.

Vraiment, je vois bien que vous n’êtes point heureuſe dans cette maiſon… & ſi mon neveu ſe fût déclaré plutôt, je ne me ſerois peut-être pas oppoſé…

Sophie.

Ah ! Monſieur, je ne ſonge point à Celicour !

Durval.

Vous avez raiſon ; c’eſt une mauvaiſe tête ; d’ailleurs il n’eſt pas aſſez riche… (il lui prend la main) mais ne vous chagrinez pas, votre Pere étoit mon Ami… vous m’avez toujours vivement intéreſſé… &, ma foi, puiſque les choſes vont ainſi… je veux travailler à votre bonheur.

Sophie.

Vous n’imaginez pas combien je ſuis à plaindre.

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