Scène VII.
St. AUBIN, DURVAL, SOPHIE.
Durval.
EH ! bien : viens-tu me faire un appel ? Mad. de St. Aubin eſt une terrible femme au moins.
St. Aubin.
Elle n’eſt pas douce, &, dans ſa colère, on a peine à la concevoir ; j’ai pourtant démêlé qu’elle ſe plaint de vous, mon Ami, de Celicour, & ſur-tout de Sophie : Quoi ! ſeroit-il poſſible que vous vous fûſſiez oubliée au point ?…
Durval.
Tais-toi, ne la gronde pas : Ce n’eſt pas ſa faute ; mon neveu eſt un étourdi, ta femme une pie griéche, ſa fille une impertinente ; mais tout celà s’arrangera.
St. Aubin.
J’en doute : elle s’obſtine à rompre abſolument, & vient de m’obliger à lui promettre, de conduire demain Sophie au Couvent.
Sophie.
Quoi ! Monſieur ?
Durval.
N’ayez pas peur, il n’en fera rien : Pauvre homme, tout s’arrangera, te dis-je… premièrement, je te débarraſſe de Sophie, je l’épouſe…
St. Aubin.
Vous l’épouſez ?
Durval.
Eh ! oui, je l’épouſe : n’y conſens-tu pas ?
St. Aubin.
Aſſurément ; mais elle n’a rien.
Durval.
Hé bien, elle m’aura, moi, ma fortune, mon cœur : Celà ne lui ſuffira-t-il pas ? Qu’en dites-vous, Sophie ? Morbleu, répondez donc ?
Sophie.
De grace, Monſieur, de précipitez rien.
St. Aubin.
Comment Mademoiſelle ? Laiſſeriez-vous échapper un bonheur, où vous ne pouviez prétendre ? Acceptez l’honneur que vous fait mon Ami ; ou j’exécute la volonté de ma femme : je veux être tranquille chez moi.