Scène II.
NISON, SOPHIE.
Nison.
POurquoi quitter ſi-tôt le jardin, Madame ? mon Maître aurait pu vous y joindre & vous entretenir un moment.
Sophie.
Dans les diſpoſitions où ſont les eſprits, je dois veiller ſur mes démarches ; on m’examine, on m’obſerve, il faut pourtant que je parle à Clairville, le tems preſſe ; demain ſon Père veut décider de mon ſort. Eh ! quoi, n’avez-vous pu lui parler, l’avertir de ſe rendre cette nuit à mon appartement ?
Nison.
Il ne m’a pas été poſſible de l’approcher ; dès que je me ſuis préſentée, les yeux de Madame de St. Aubin, & ceux d’Henriette, ſe ſont fixés ſur moi ; je n’ai oſé riſquer le moindre ſigne ; mais, de l’humeur dont ils ſont tous, ils ne peuvent reſter long-tems à table ; Clairville rêve, Celicour bâille, Madame de St. Aubin gronde, ſon Mari dort, Henriette boude, & Durval boit. Celà fait un petit ſouper bien gai !
Sophie.
Que je ſuis inquiette ! ah Niſon ! comment finira tout ceci ? Je ne trouverai plus que des ennemis dans cette maiſon.
Nison.
Ma foi, Madame, je commence à trembler pour vous ; Celicour aura peu de crédit pour vous nuire ; mais cette méchante Mad. de St. Aubin, cette jalouſe Henriette, & Durval ce vieux fou, qui s’aviſe d’être amoureux, vous feront tout le mal qu’ils pourront.
Sophie.
Durval eſt un honête homme, & je ne puis penſer….
Nison.
Je ne m’y fierois pas.
Sophie.
Ils n’oſeront, je l’eſpere, me ſéparer de Clairville.
Nison.
Soit, mais il ſera deshérité.
Sophie.
Eh bien ! nous vivrons de peu.