ROMANCE.
Eſt-ce donc la richeſſe,
Qui donne des plaiſirs ?
Elle trompe ſans ceſſe
Notre eſpoir, nos déſirs.
Le bonheur que j’envie
Eſt plus doux, plus conſtant ;
Point de bien dans la vie
Si le cœur n’eſt content.
Eſt-ce donc la richeſſe &c.
Une ſimple demeure,
Loin du monde & du bruit,
Qui nous offre à toute heure,
L’objet qui nous ſéduit :
Pour notre ame ravie,
C’eſt un bien ſuffiſant ;
Point de maux dans la vie,
Si le cœur eſt content.
Eſt-ce donc la richeſſe &c.
Nison.
Tout cela pourroit bien n’avoir de prix que dans l’éloignement.
Sophie.
Ah ! Niſon, vous n’avez jamais aimé.
Nison.
Oh ! que ſi, j’ai été folle tout comme une autre ; ne fis-je pas autrefois la ſottiſe de me marier ? j’avois le cœur tendre, l’imagination vive ; elle diminuoit les maux, exageroit les biens, celà étoit charmant ; qu’arriva-t-il ? Au bout d’un mois le preſtige ceſſa ; mais à quoi vous déterminez-vous ?
Sophie.
Avoir Clairville cette nuit, à prendre avec lui des meſures promptes & ſûres, pour nous tirer de l’embarras où nous ſommes.
Nison.
Rentrez donc dans votre appartement ; je vais guêter l’inſtant de lui parler ; & dès que tout le monde ſera retiré, nous viendrons enſemble vous retrouver. Voici Mad. de St. Aubin & Henriette, rentrez vite avant qu’elles vous apperçoivent.
Sophie.
Conduiſez-vous avec prudence.
Nison.
Fiez-vous à moi, je ſçaurai bien me débaraſſer d’elles.