Scène IX et DERNIERE.
Au moment où Durval donne un coup dans la porte, Clairville ſort de l’appartement de Sophie & Celicour entre par le fond du Théâtre, ils doivent obſerver de paroitre tous deux en même tems.
DURVAL, St AUBIN, CELICOUR, CLAIRVILLE, Mad. de St. AUBIN, HENRIETTE.
Mad. De St. Aubin & Henriette, voyant entrer Celicour.
CElicour ! ô Ciel !
St. Aubin voyant ſortir ſon fils de chez Sophie.
Mon fils !
Durval, ils doivent dire celà tous quatre en même tems.
En voici bien d’une autre !
Clairville à Durval.
Doucement, Monſieur, point de violence, vous ne pouvez entrer dans cet appartement.
St. Aubin.
Comment ! malheureux, tu oſes encore ?…
Celicour.
Que ſignifie tout ceci ?
Durval.
Aqui ſe fier deſormais ?… quoi ! le petit ſerpent de Sophie, que je croyois l’innocence même ?…
Clairville avec feu.
Gardez-vous de la ſoupçonner, Monſieur, elle eſt ma femme.
Tous les Acteurs s’écrient. Sa femme !
Celicour.
O Ciel ! il eſt ſon mari, je m’adreſſois bien.
St. Aubin.
Ta femme ! Comment ! ſans mon conſentement ?
Clairville.
Ah mon Pere ! Pardonnez une faute…
St. Aubin.
Ne t’en flatte pas ; ſe marier à mon inſçû à une fille, qui n’a rien encore.
Clairville.
Elle a des vertus, Monſieur, vous l’aimez, ne réſiſteż point à ſes larmes, … venez, ma chere Sophie, venez obtenir votre grace & la mienne.
(Il va chercher Sophie.)
St. Aubin.
Non, non, point de grace, tu l’eſpéres en vain.
Sophie, à St. Aubin.
Ah Monſieur ! j’oſe à peine ſoutenir vos regards ; montrez-vous indulgent : Daignez…
St. Aubin.
Laiſſez-moi, je ne veux rien entendre.
Mad. de St. Aubin à ſon mari
Courage ! ſoutenez votre autorité.
Sophie à Durval
Vous qui m’avez promis de me rendre heureuſe, devenez mon appui !
Durval un peu attendri, à St. Aubin
Mais, mais écoute donc, au bout du compte, s’ils ſont mariés…
St. Aubin.
Diſcours inutiles, ce mariage ne peut ſubſiſter ſans mon aveu, dès demain, je vais travailler à le rompre, & dès ce jour, je les bannis de ma maiſon.
Mad. de St. Aubin.
Voilà la premiere fois que je vous ai vu raiſonnable.