‹ Sophie, ou le mariage cachéChapitre 8 sur 32 · Ariette.

Ariette.

SAns la liberté,
Point de bonheur dans la vie :
Suivre ſa volonté,
Céder à ſa fantaiſie,
C’eſt la ſeule félicité
Digne d’envie.
Sans la liberté &c.
Du plaiſir, de la gaîté,
La contrainte eſt l’ennemie.
Céder à ſa fantaiſie,
C’eſt la ſeule félicité.
Sans la liberté &c.

Sophie.

En vérité ma chere Henriette, ſi vous mettez un ſi grand prix à la liberté, je dois vous plaindre, en voyant approcher l’inſtant où vous allez perdre la vôtre.

HENRIETTE vivement.

La perdre ? dites-vous, je vais l’acquerir au contraire ; une fille en connoit-elle jamais les douceurs ? tant de bienſéances à obſerver, de ſentimens à diſſimuler, de devoirs à remplir… eſt-elle mariée ? plus d’auſtérité, plus de contrainte, ſes goûts, ſes volontés, ſes caprices même ſont des loix, une foule d’admirateurs la ſuit, s’empreſſe autour d’elle : d’un regard, d’un ſouris elle fait le deſtin de tout ce qui l’environne ; les plaiſirs naiſſent ſous ſes pas. Oh ! l’agréable, le charmant inſtant, & que j’ai d’impatience d’en jouir !

Nison.

Celà s’appelle voir en beau.

Sophie.

Oui, votre imagination vous ſert agréablement, mais parmi tous les biens qu’elle vous promet, le Mari, ce me ſemble, eſt compté pour rien.

Nison.

Bon, bon, Mademoiſelle a bien fait de l’oublier ; toutes les fois que ces Meſſieurs là ſe préſentent à notre ſouvenir, c’eſt toujours moins pour accroître nos plaiſirs que pour les troubler.

Henriette.

Que nous allons être heureuſes, ma chere Sophie ! j’engagerai Monſieur de St. Aubin à vous permettre de vivre avec moi, vous ferez ma Compagne, vous partagerez tous mes amuſemens.

Sophie.

Je vous rends grace, Henriette, mes idées de bonheur ne reſſemblent point aux vôtres, & nous différons trop dans nos principes pour nous accorder dans nos goûts.

Henriette

Vous dirai-je ma penſée ? vous êtes trop ſérieuſe, trop grave, ce n’eſt pas le moyen…

Nison

Mademoiſelle, j’apperçois Madame votre Mere, remettez vos remarques à une autre fois.

(elle ſort)

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