Chapitre 8 SEJOUR A PARIS.
Tandis que ces souvenirs paraissaient dans la Revue des deux mondes, j’ai retrouvé un des cahiers qui en contiennent la première version, écrite sur les lieux mêmes, au cours de la campagne de 1805. Je l’ai retrouvé, avec une masse de lettres, dans un tiroir assez difficile du secrétaire sur lequel, sans doute, J.-B. Barrès écrivait.
Nous sommes arrivés à Paris le 18 juillet, heureux de nous reposer d’une longue route, faite très précipitamment dans les plus grosses chaleurs. Un séjour dans la capitale, avec tous les désirs possibles de la connaître ! J’en profitai avec délire.
Les monuments, les cabinets de curiosités, les bibliothèques, le Muséum, quelquefois le spectacle, étaient mes courses favorites. Je fréquentais quelques cours publics ; malgré que ce ne fussent que des notions superficielles que j’acquérais, mon esprit ne se rassasiait pas d’entendre ces immortels professeurs. J’aurais désiré pouvoir disposer de tout mon temps pour tout voir, tout entendre et prendre une idée de tout. Le service était pénible ; les appels fréquents et rigoureux ne me permettaient guère de courir où mes désirs me portaient ; j’étais cependant satisfait de mon sort. J’en souhaitais la continuation, lorsque le son du clairon vint rompre cet échafaudage de projets.
Nous reçûmes l’ordre de partir pour le camp de Boulogne, pour y faire partie de l’armée destinée à être jetée sur les côtes d’Angleterre.
Après avoir reçu les effets nécessaires pour un embarquement, passé et repassé plusieurs revues, plus fatigantes que des journées de marche par leur longueur et leur minutie, nous étions enfin sac au dos, et déjà hors de l’enceinte de l’Ecole militaire ; on n’attendait plus que le général Soulès, pour faire par le flanc droit, marcher en avant et crier : « Vive la gloire ! » Mais ce fut tout le contraire. Un courrier extraordinaire arriva de Boulogne, porteur d’un ordre de l’Empereur. Nous fîmes par le flanc gauche, et rentrâmes dans nos chambres, avec injonction de ne pas s’absenter et de se tenir prêts pour une nouvelle destination.
Alors ce ne fut, pendant une quinzaine, qu’inspections, revues, manœuvres. On aurait dit que nos chefs avaient pris à tâche de nous harasser, pour nous faire désirer d’entrer en campagne ! Aussi était-ce le cri de tout le monde.
Enfin les bruits de guerre avec l’Autriche s’accrurent, et au lieu d’aller sur cette côte de fer, où une armée intrépide se réjouissait de passer le détroit, pour attaquer corps à corps cette perfide Albion, comme disaient les journaux, nous fûmes dirigés sur le Rhin, où tant de glorieux souvenirs appelaient l’armée française. Nous étions restés à Paris quarante-quatre jours.
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