‹ Souvenirs de prisonChapitre 9 sur 21 · Chapitre 6 Menu

Chapitre 6 Menu

Hors-d’œuvre : skelley.
Potages : skelley.
Entrées : skelley.
Rôtis : skelley.

Viandes froides : skelley.

Légumes : skelley.

Dessert : skelley.

Breuvages : le soir : thé léger ; le matin : eau claire.

Sel à discrétion. 1

Seul des prisonniers du 17, je devais bon gré mal gré me contenter de ce régime. Les deux autres avaient permission de faire venir leurs aliments de l’extérieur, en tout ou en partie. Le pauvre Italien, à vrai dire, depuis un an qu’il vivait sous la tutelle de M. Morin, n’avait usé que rarement de ce privilège. Soit que ses revenus fussent insuffisants, soit que le skelley n’eût rien de très contraire à ses goûts, il faisait fort bien son affaire de cette alimentation spéciale. Quant à l’autre camarade, ayant épuisé, hélas depuis longtemps, le plus clair de ses ressources, il se contentait de commander en supplément du lait deux fois par jour, et quelquefois des œufs.

Mais cela même m’était interdit. Il fallait que la magistrature fût vengée. Et, pour ce motif, je devais, deux fois par jour, manger du skelley avec du sel.

(Vous entendez bien, n’est-ce pas, Dansereau mon confrère ? Du skelley avec du sel… Ça ne vous fait pas peur ? ? ?)

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Je revois encore, comme si cela était d’aujourd’hui, ce premier repas auquel ma Province me conviait. À quatre heures et demie précises, j’avais pris place, avec les camarades, autour des plats énumérés plus haut.

Tout de suite, je remarquai l’absence de nappe et de serviettes… À quoi pensait donc M. Morin ? Si l’Italien allait répandre les sauces ! – On avait aussi laissé de côté l’argenterie. Sans doute par crainte des voleurs…

Et voici comment nous étions placés à table : à ma droite, l’homme du 15 ; en face de celui-ci, le prétendu voleur ; enfin, me faisant vis-à-vis, l’Italien, également occupé à se gratter son bobo et à prendre du sel à pleines mains dans le récipient commun.

J’étais à jeun depuis longtemps, ayant pris mon dernier repas la veille au soir, à Montréal. J’avais donc bon appétit. Et, ce soir-là, j’avalai sans trop d’efforts une grande cuillerée de skelley. Ce fut mon premier repas de prisonnier.

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