V.]
[19: «Dès qu'il y eut mis pied à terre, le temps devint orageux, si orageux que le brick ne put plus s'approcher de l'embarcadère et qu'il dut rester toute la nuit à la cape entre l'île de la Pianosa et l'île d'Elbe. Heureusement que l'Empereur avait eu la précaution de faire suivre sa tente de campagne et qu'il put, avec toute sa suite, s'abriter du vent qui était violent et de la pluie qui tombait en abondance. Toutefois il était mécontent; son mécontentement le rendait même un peu injuste: il murmurait contre la marine au lieu de murmurer contre la bourrasque. Le lendemain, l'on profita d'un moment de calme; le brick s'approcha de la Pianosa, la chaloupe, montée par l'enseigne Sarri, aborda le rivage dans un lieu favorable, et elle ramena l'Empereur à bord de l'_Inconstant_.»]
[20: «L'île d'Elbe au début du dix-neuvième siècle», dans le _Bulletin de la Société languedocienne de géographie_, 1896 et 1897; et «L'île d'Elbe pendant la Révolution et l'Empire», dans la _Miscellanea Napoleonica_, t. III, 1897.]
[21: Outre l'introduction, Pons a donné aussi dans un des fragments supprimés une sorte de plan général de son ouvrage, qui montre bien son dessein, et qu'il me paraît, à ce titre, utile de donner ici; le morceau est, du reste, fort court: «L'histoire générale de l'île d'Elbe n'entre pas et ne peut pas entrer dans le cadre spécial de mon ouvrage. Aussi je n'écrirai pas l'histoire générale de l'île d'Elbe; ce qui ne doit pas m'empêcher de faire connaître l'île d'Elbe.
«Voici donc le plan que je me suis tracé:
«Je dirai d'abord l'île d'Elbe telle qu'elle était à l'arrivée de l'empereur Napoléon. Je chercherai à expliquer avec vérité les hommes et les choses du moment. J'ai longtemps habité l'île d'Elbe; je puis en parler avec connaissance de cause. J'écrirai avec ma mémoire et avec mes notes. Ma mémoire embrassera les généralités de l'île; elle ne me fera pas défaut, parce que je la débarrasserai de toutes les incertitudes et que je ne lui demanderai que ce qu'elle pourra facilement me garantir. Mes notes sont l'enregistrement abrégé des faits que je puis certifier, elles ne sont susceptibles d'aucune variation, et je n'ai qu'à leur donner une étendue égale à leur importance. Cette partie de mon ouvrage contiendra un travail circonstancié sur les mines de fer qui sont ce que l'île d'Elbe a de plus important.
«Cela fait, je remonterai vers les siècles de l'antiquité; je me placerai au début connu de l'histoire politique de ce rocher célèbre, je franchirai rapidement les époques reculées, je sauterai presque à pieds joints le chaos du moyen âge, et, sans m'appesantir sur les temps plus modernes, j'arriverai au moment où, par suite de la Révolution française, l'île d'Elbe s'est trouvée en contact direct avec la France.
«Alors, sûr d'intéresser mon pays, de lui donner des renseignements utiles, je suivrai pas à pas tous les événements qui ont eu lieu dans l'île d'Elbe, jusqu'au grand événement elbois qui résulte du débarquement de l'empereur Napoléon à Porto-Ferrajo.
«Là, avec toute la gravité de l'histoire, j'avancerai lentement, je méditerai, je discuterai, et, la main sur la conscience, je dirai tout ce qui sera venu à ma connaissance.
«J'ai le désir prononcé de bien faire, mais la bonne volonté ne suffit pas toujours pour remplir avec distinction une belle tache, alors même qu'on se l'est volontairement imposée, et je ne promets que ce qui est (_sic_) en mon pouvoir de tenir.
«Je ne prends pas non plus l'engagement radical d'écrire positivement l'histoire de l'empereur Napoléon à l'île d'Elbe, car il peut y avoir des choses que je n'aie pas connues, et je ne veux pas m'exposer au reproche mérité d'avoir laissé des lacunes. Ce sont des faits remarquables que je raconte, que je transmets à l'histoire universelle du monde social, et dont je lui lègue la propriété. D'ailleurs, un style purement historique m'exposerait à des embarras dans le récit des événements auxquels j'ai pris part; et comme j'ai pris part à presque tous les événements, ces embarras deviendraient incessants, peut-être même insurmontables.
«Un mémoire historique écarte tous les inconvénients. C'est donc à un mémoire historique que je vais consacrer mes veilles. L'empereur Napoléon n'y perdra aucun des hommages de vérité que l'histoire aurait pu lui rendre. Je commence.»]
[22: Quelques titres et l'arrangement matériel de ces petits cahiers de notes sont dus à M. Cornet-Peyrusse.]
[23: J'en ai publié quelques-uns il y a plusieurs années dans la _Revue rétrospective_ de M. Cottin.]
[24: Il doit y avoir là un rapprochement forcé; il est probable que ce n'est qu'après 1815 que Drouot a pu corriger quelques pages des écrits de Pons.]
[25: Les fragments ci-dessous, par exemple, donneront une idée de ces invectives dont j'ai coupé la plus grande partie: «Sans doute l'Empereur faisait unanimement planer sa prépotence sur tous ceux qui l'entouraient, mais cela ne dit pas que cette prépotence brisait les caractères qu'elle ne parvenait pas à faire plier sous sa volonté, et, à cet égard, je dois à l'honneur de me citer comme preuve du contraire. Si j'avais lutté avec un des personnages du gouvernement anglais de la Restauration, ou avec un des personnages du gouvernement prostitué qui représente la monarchie de 1830, comme j'ai lutté avec l'Empereur, j'aurais été lié et garrotté, puisque, pour avoir fait de justes représentations la loi à la main, j'ai perdu ma carrière.» Ailleurs, à propos du général Boinod qui vint retrouver Napoléon à l'île, il dit: «Boinod, que la révolution de 1830 ou ceux qui l'ont accaparée ont mis hors de service en lui rognant encore quelques écus de retraite... La révolution de 1830 a, d'ailleurs, fait plusieurs choses semblables.»]
[26: Voir _Revue rétrospective, Documents sur le séjour de Napoléon Ier à l'île d'Elbe_.]
[27: Qu'entendait-il par trois gros volumes? Son manuscrit est sur feuilles séparées; leur masse pouvait à ses yeux représenter la valeur de trois volumes. Et il y a aussi à Carcassonne une copie en quatre gros registres de son manuscrit, mais je la crois postérieure à Pons, et elle est incomplète; il est possible cependant qu'elle ait été faite sous ses yeux, par une de ses filles peut-être, et que ce soit d'elle que Pons parle ici.]
[28: Il raconte avec attendrissement, dans son _Voyage en Italie_, comment il retrouva à Sienne, en 1841, Mlle Enrichetta Vantini, devenue Mme Patriachi et mère de famille. Il est étonnant qu'il n'ait jamais eu occasion de parler de ce fils aîné du chambellan de l'Empereur, qui fut enlevé enfant par les Barbaresques et qui devint par la suite le général Yusuf.]
[29: Voir ci-dessous, deuxième partie, chapitre premier, sous-chapitre