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CHAPITRE V

LE HORST ALGÉRIEN

Plateau steppien. — Si ennoyés d’alluvions que soient en général les Hauts-Plateaux, la région Tendrara-Tigri n’est cependant pas la seule où la structure des roches secondaires soit directement observable. Elle l’est par exemple, sous le méridien d’Alger, dans une zone étendue qu’Alexandre Joly a longuement étudiée sous le nom de plateau steppien d’Algérie[105].

Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du Hodna à l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées, dominées, et par conséquent ennoyées, le plateau steppien émerge de l’océan des alluvions, dessine un grand dôme elliptique, allongé sud-ouest-nord-est, très surbaissé, à surface bossuée (p. 162). Joly en nomme la partie centrale « le dos des steppes, axe et cime du plateau steppien (168) ».

Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit « de loin et de haut par exemple d’un des sommets de Teniet ou de Boghar », il présente « l’aspect d’une plaine immense, fuyant sans limite. L’image de la mer, telle qu’on la découvre du haut d’une falaise, s’offre immédiatement à l’esprit. Mais, quand on pénètre dans le plateau lui-même, les accidents du relief se révèlent... une série de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées, qui s’allongent sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas saharien » (p. 164).

Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit des « accotements de dômes ovoïdes » ; des « demi-dômes, au profil de faucilles ».

Le relief monotone du plateau steppien « est en intime connexion avec la simplicité de sa structure. Un grand bombement crétacé, très élargi, très surbaissé, en forme la masse. Il constitue tout le dos des steppes. Il couvre près des trois cinquièmes du plateau steppien » (p. 239).

Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de Tendrara au chapitre précédent.

Sud-ouest du Hodna. — La retombée du « plateau steppien » sur le Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la région hodnéenne, a été décrite par un géologue algérien, M. Savornin[106].

C’est le pays de Bou-Saada.

On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette plate-forme ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara qui est le point le plus haut.

Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible de 500 à 1500 mètres. Ici, à Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà marqué dans les cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer certainement a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable de son passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin. Aussi est-elle puissamment érodée ; l’érosion a préparé au géologue de belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie.

Il « met en lumière » ce qu’il appelle « le dimorphisme » de ce pays autour de Bou-Saada. Il y distingue deux régions.

« Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande variété de reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec la tectonique. Les plis courts prédominent. » C’est tout bonnement l’Atlas saharien.

Au nord de Bou-Saada, au contraire, « c’est une plate-forme aux très larges courbures, où les accidents superficiels ne sont dus qu’à l’érosion ». Cette région « quoique très montagneuse présente une structure extraordinairement simple. Tout la série des sédiments éo et mésocrétaciques s’y distribue en empilements formidables presque horizontaux ». Ce massif qu’on supposerait complexe à considérer son relief, « n’est qu’un large anticlinal de 20 kilomètres ».

Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre bout, dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie de l’arc de Fortassa.

M. Savornin note que « cette plate-forme s’étend au nord sous la plaine du Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements perçant la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au loin dans la plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait prévoir l’hypothèse de la continuité d’allure des couches. »

Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la piste d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne naturellement tabulaire, porte ce nom caractéristique « billard du colonel ». Il s’agit du colonel Pein, dont le nom reste attaché au bureau arabe de Bou-Saada.

Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation populaire, qui a fait fortune, « les Hauts Plateaux ». Elle aussi vient de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit la première impression de profanes en présence de pays vivement contrastés dans leurs aspects extérieurs, leurs lignes d’horizon.

Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict des techniciens.

La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est comportée « comme un môle résistant pour une cause profonde qui ne se révèle point ».

Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause profonde que dans un membre de phrase entre deux virgules ; il suppose « des horsts anciens en profondeur ».

Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup plus hardi et plus détaillé.

Le Horst algérien. — L’opinion de M. Gentil est concrétisée dans une figure qui suffirait[107] à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus nettement qu’aucun développement au moyen de mots (fig. 26).

Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant s’intercale, que M. Gentil appelle le Horst algérien : et on lui laissera ce nom. Entre les deux Atlas il joue le même rôle dirimant que le Horst marocain (la plate-forme subatlantique de Théobald Fisher) entre l’Atlas et le Riff. Ou bien encore que la Meseta ibérique entre la sierra Nevada et les Pyrénées.

De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et pour comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien fait figure de vieux corps étranger auprès des jeunes chaînes qui l’encastrent. Horst marocain et Horst algérien ont une relation d’interdépendance ; malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils se continuent comme deux grains du même chapelet, ils sont deux moitiés d’un même ensemble brisé. Le Horst algérien néanmoins mérite bien le nom que M. Gentil lui a donné. Il est renfermé dans les limites de l’Algérie.

[Illustration : Figure empruntée à Gentil : Le Maroc physique.

FIG. 26. — LE HORST ALGÉRIEN.

Entre la Moulouya et l’extrémité orientale du Hodna, sous la masse tout entière des hauts plateaux Oranais et Algérois, les géologues admettent qu’il existe un horst algérien, c’est-à-dire un massif primaire rigide. Ce horst algérien est (plus ou moins ? avec une interruption ?) la continuation du horst marocain, beaucoup mieux connu, et l’un nous aide à nous représenter l’autre. — Ces deux horsts sont demeurés rigides, mais non pas tout à fait immobiles, sous la poussée des forces orogéniques qui ont édifié l’Atlas. Dans la structure de l’Atlas saharien M. Gentil croit retrouver la marque d’une compression exercée par les horsts, dans leur mouvement global de translation vers le Sud- Est.

Toute la région algérienne intermédiaire entre les 2 Atlas, tellien et saharien, doit à la rigidité de ce substratum son caractère de plateau.]

D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement hodnéen, au delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et saharien se rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune sorte. Le Horst algérien est le soubassement et la raison d’être des Hauts Plateaux oranais et algérois.

Gentil dit de la façon la plus explicite : « l’ensemble des Hauts Plateaux est formé d’un socle primaire, provenant de l’arasement de la chaîne hercynienne, sur lequel repose une succession de couches secondaires.

« Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble une allure tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien[108]. »

Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre intelligible l’allure si particulière des plis dans l’Atlas saharien, l’allure en amygdales, en torons de corde, en faisceaux qui se relaient au lieu de se prolonger[109].

Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le Horst saharien au sud, « formant bouclier », et le Horst algérien au nord, « Horst profond », recouvert d’une couverture de couches secondaires.

Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il suffit d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le Horst algérien, en même temps qu’il transmettait la pression normale à la direction générale de la chaîne, s’est déplacé latéralement, « dans le sens du nord-est vers le sud-ouest ». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance de ce déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres[110] (fig. 26 où le sens du déplacement est indiqué par une flèche).

Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la couverture des sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des ondulations, des rides qui ont affecté cette couverture, en particulier des cratères d’érosion avec cheminée triasique, ou si l’on veut des pustules crevées avec trias giclant au centre.

« L’interposition de trias gypseux plastique, entre le socle primaire du Horst algérien et sa couverture plus rigide, a facilité le ridement des couches superficielles[111]. »

Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et vraisemblables. D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui toutes font intervenir l’influence d’un socle hercynien sous-jacent. Pour choisir entre ces explications techniques on ne s’imagine assurément pas qualifié.

D’autre part le ridement des couches superficielles dans une région d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication, est en tout cas un fait observé ailleurs ; dans le bassin parisien par exemple les rides qu’on a quelquefois appelées « posthumes » jouent un rôle souvent signalé, les boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et du Boulonnais.

On ne veut retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré, emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande chaîne plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il fût, il ait dû ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement immobile.

Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts Plateaux algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre part le Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée des Alpes occidentales, et les ondulations régulières du Jura[112].

[Note 105 : No 77.]

[Note 106 : No 106.]

[Note 107 : No 57, p. 127.]

[Note 108 : No 57, p. 145 et 146.]

[Note 109 : No 57, p. 153.]

[Note 110 : No 57, p. 157.]

[Note 111 : No 57, p. 158.]

[Note 112 : No 57, p. 161.]

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