LIVRE II - L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE - CHAPITRE I
LES TEMPS PRIMAIRES
Sur le passé de l’Algérie les géologues ont recueilli un grand nombre de données précises. On se propose de les résumer en les rapprochant les unes des autres, en les massant.
A vrai dire on glissera très rapidement sur les temps primaires. Sur le sol Algérien proprement dit, les confins Algéro-Marocains mis à part, on n’a jamais trouvé un seul fossile primaire.
Les affleurements de cet âge ne sont pas tout à fait inexistants, mais ils sont de trop faible étendue et trop épars, pour qu’il y ait un intérêt géographique à essayer d’en reconstituer l’histoire. L’étude géologique, encore assez peu avancée pourtant, des régions voisines, le Sahara et le Maroc, fait bien entrevoir quelques traits généraux de cette histoire. Il est certain que cette portion de l’écorce terrestre, à l’époque primaire, a été plissée en une grande chaîne très importante, d’âge hercynien. Cette chaîne hercynienne avait en gros une direction subméridienne.
On a déjà dit au livre précédent combien cette direction hercynienne, qui réapparaît de façon posthume en croisée orthogonale avec les plis Alpins, est une chose importante pour la dissection et l’intelligence de l’Algérie. On n’a rien de général à ajouter sur le sujet.
On a déjà dit aussi, dans ce même livre I, que, dans la même Algérie proprement dite, les vieilles roches primaires et archéennes étaient concentrées, avec les roches éruptives, dans la zone littorale des Kabylies, où ils représentent le culot resté adhérent de la Tyrrhénide effondrée (fig. 1).
Là-dessus non plus on ne croit pas avoir à ajouter grand’chose. Sur les roches anciennes des Kabylies il y a bien eu un petit conflit d’opinions entre MM. Termier, directeur du Service de la carte géologique et Ficheur, directeur de la Subdivision algérienne du même service[26].
On ne croit pas que cette divergence d’opinion présente un intérêt au point de vue qui nous occupe.
M. Termier estime qu’en certains points on a classé dans les schistes anciens des dépôts éocènes métamorphisés. Nierait-il donc l’existence d’une Tyrrhénide constituée de schistes anciens ? Mais lui-même, d’autre part, dans une étude sur la Sardaigne, et à une époque aussi récente que 1914, insiste sur « ce massif Corso-Sarde, qui a résisté d’une façon générale au mouvement Alpin » ; aujourd’hui en grande partie ruiné et effondré sous les flots de la Méditerranée ; « entouré de tous côtés par des éléments de la chaîne tertiaire, ébranlé lui-même au crétacé, puis au tertiaire, mais n’ayant subi en somme, depuis les temps Permiens, que des contre-coups, des soubresauts, des ébranlements sans nouveaux plissements »[27].
Sur l’existence d’une Tyrrhénide effondrée, tout le monde est donc d’accord sans exception et sans restriction. C’est le seul point qui nous importe. Dans quelle mesure les vieux schistes kabyles appartiennent-ils tous au culot de cette Tyrrhénide, il est vrai que là- dessus les techniciens de la géologie ne sont pas d’accord. Mais leurs discussions ne sont pas à l’échelle du présent travail géographique.
Aux réserves près qui viennent d’être formulées, la paléogéographie de l’Algérie ne commence à nous intéresser qu’à partir de l’ère secondaire. A ce moment elle prend pour la première fois une forme qui a un rapport vraiment direct avec l’actuelle.
[Note 26 : No 117, p. 130 et no 37, p. 407.]
[Note 27 : No 119, p. 43 et 56.]