‹ Système d’EpicureChapitre 39 sur 85 · XLI.

XLI.

Tant de philosophes ont soutenu l’opinion d’Epicure, que j’ai osé mêler ma foible voix à la leur ; comme eux au reste, je ne fais qu’un système ; ce qui nous montre dans quel abyme on s’engage, quand voulant percer la nuit des temps, on veut porter de présomptueux regards sur ce qui ne leur offre aucune prise : car admettez la création ou la rejettez, c’est par-tout le même mystere ; partout la même incompréhensibilité. Comment s’est formée cette terre que j’habite ? Est-elle la seule planete habitée ? D’ou viens-je ? Où suis-je ? Quelle est la nature de ce que je vois ? de tous ces brillans phantômes dont j’aime l’illusion ? Etois-je, avant que de n’être point ? Serai-je, lorsque je ne serai plus ? Quel état a précédé le sentiment de mon existence ? Quel état suivra la perte de ce sentiment ? C’est ce que les plus grands génies ne sauront jamais ; ils battront philosophiquement la campagne, comme j’ai fait [2], feront sonner l’alarme aux dévots, & ne nous apprendront rien.

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