‹ Système d’EpicureChapitre 67 sur 85 · LXXIV.

LXXIV.

Non, je ne serai point le corrupteur du goût inné qu’on a pour la vie ; je ne répandrai point le dangereux poison du Stoïcisme sur les beaux jours, & jusques sur la prospérité de nos Lucilius. Je tâcherai au contraire d’émousser la pointe des épines de la vie, si je n’en puis diminuer le nombre, afin d’augmenter le plaisir, d’en cueillir les roses : & ceux qui par un malheur d’organisation déplorable, s’ennuyeront au beau spectacle de l’univers, je les prierai d’y rester, par religion, s’ils n’ont pas d’humanité ; ou, ce qui est plus grand, par humanité, s’ils n’ont pas de religion. Je ferai envisager aux simples les grands biens que la religion promet à qui aura la patience de supporter ce qu’un grand homme a nommé le mal de vivre ; & les tourmens éternels dont elle menace ceux qui ne veulent point rester en proie à la douleur, ou à l’ennui. Les autres, ceux pour qui la religion n’est que ce qu’elle est, une fable, ne pouvant les retenir par des liens rompus, je tâcherai de les séduire par des sentimens généreux, de leur inspirer cette grandeur d’ame, à qui tout cede ; enfin faisant valoir les droits de l’humanité, qui vont devant tout, je montrerai ces relations cheres & sacrées, plus patétiques que les plus éloquens discours. Je ferai paroître une épouse, une maîtresse en pleurs ; des enfans désolés, que la mort d’un pere va laisser sans éducation sur la face de la terre. Qui n’entendroit des cris si touchans du bord du tombeau ? Qui ne r’ouvriroit une paupiere mourante ? Quel est le lâche qui refuse de porter un fardeau utile à plusieurs ? Quel est le monstre, qui par une douleur d’un moment, s’arrachant à sa famille, à ses amis, à sa patrie, n’a pour but que de se délivrer des devoirs les plus sacrés !

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