‹ Système d’EpicureChapitre 76 sur 85 · LXXXIV.

LXXXIV.

Voyez la terre couverte de neige & de frimats ! Des crystaux de glace sont tout l’ornement des arbres dépouillés ; d’épais brouillards éclipsent tellement l’astre du jour, que les mortels incertains voient à peine à se conduire. Tout languit, tout est engourdi ; les fleuves sont changés en marbre, le feu des corps est éteint, le froid semble avoir enchaîné la nature. Déplorable image de la vieillesse ! La seve de l’homme manque aux lieux qu’elle arrosoit. Impitoyablement flétrie, reconnoissez vous cette beauté, à qui votre cœur amoureux dressoit autrefois des autels ? Triste, à l’aspect d’un sang glacé dans ses veines, comme les poëtes peignent les Naïades dans le cours arrêté de leurs eaux, combien d’autres raisons de gémir, pour qui la beauté est le plus grand présent des dieux ! La bouche est dépouillée de son plus bel ornement ; une tête chauve succede à ces cheveux blonds naturellement bouclés, qui flottoient, en se jouant, sur une belle gorge qui n’est plus. Changée en espece de tombeau, les plus séduisans appas du sexe semblent s’y être écroulés, & comme ensevelis. Cette peau si douce, si unie, si blanche, n’est plus qu’une foule d’écailles, de plis & de replis hideusement tortueux : la stupide imbécillité habite ces rides jaunes & raboteuses, où l’on croit la sagesse. Le cerveau affaissé, tombant chaque jour sur lui-même, laisse à peine passer un rayon d’intelligence ; enfin l’ame abrutie s’éveille, comme elle s’endort, sans idées. Telle est la derniere enfance de l’homme. Peut-elle mieux ressembler à la premiere & venir d’une cause plus différente.

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