‹ Textes de jeunesse Tome IChapitre 31 sur 71 · Chapitre 2

Chapitre 2

Rentré chez Cosme son père, Garcia ne put fermer l’oeil de la nuit, il se leva n’en pouvant plus car la fièvre battait avec violence dans ses artères, et il rêva toute la nuit à la prédiction de Beatricia.

Je ne sais si comme moi vous êtes superstitieux mais il faut avouer qu’il (y) avait dans cette vieille femme aux longs cheveux blancs, dans son costume, dans toute sa personne, dans ses paroles sinistres, dans cet appareil lugubre qui décorait son appartement avec des crânes humains et avec des cheveux d’exécutés quelque chose de fantastique, de triste et même d’effrayant qui devait, au 17e siècle, en Italie, à Florence et la nuit effrayer un homme tel que Garcia de Médicis.

Il avait alors vingt ans. C’est-à-dire que depuis vingt ans il était en proie aux railleries, aux humiliations, aux insultes de sa famille. En effet c’était un homme méchant, traître et haineux que Garcia de Médicis mais qui dit que cette méchanceté maligne, cette sombre et ambitieuse jalousie qui tourmentèrent ses jours ne prirent pas naissance dans toutes les tracasseries qu’il eut à endurer ?

Il était faible, et maladif. François était fort et robuste, Garcia était laid, gauche, il était mou, sans énergie, sans esprit. François était un beau cavalier aux belles manières, c’était un galant homme. Il maniait habilement un cheval, et forçait le cerf aussi aisément que le meilleur chasseur des états du Pape.

C’était donc l’aîné le chéri de la famille. À lui tous les honneurs, les gloires, les titres et les dignités. Au pauvre Garcia l’obscurité et le mépris.

Cosme chérissait son fils aîné. Il avait demandé pour lui le cardinalat, il était sur le point de l’obtenir tandis que le cadet était resté simple lieutenant dans les troupes de son père.

Il y avait déjà longtemps que la haine de Garcia couvait lentement dans son coeur. Mais la prédiction de la vieille compléta l’oeuvre que l’orgueil avait commencée. Depuis qu’il savait que son frère allait être cardinal, cette idée-là lui faisait mal. Dans sa haine il souhaitait la mort de François. – Oh comment, se disait-il à lui-même en pleurant de rage et la tête dans ses mains. Oh comment, cet homme que je déteste sera Monseigneur le Cardinal François, plus qu’un duc, plus qu’un roi, presque le pape. Et moi… Ah moi son frère, toujours pauvre et obscur, comme le valet d’un bourgeois. – Quand on verra dans les rues de Florence la voiture de Monseigneur qui courra sur les dalles – si quelqu’enfant ignorant des choses de ce monde demande à sa mère :

— Quels sont ces hommes rouges derrière le Cardinal ?

— Ses valets.

— Et cet autre qui le suit à cheval habillé de noir ?

— Son frère. Son frère qui le suit à cheval. Ah dérision et pitié – Et dire – qu’il faudra respecter ce Cardinal, dire qu’il faudra l’appeler Monseigneur, se prosterner à ses pieds.

Ah quand j’étais jeune et pur, quand je croyais encore à l’avenir, au bonheur, à Dieu, – je méprisais les sarcasmes de l’impie. Ah je comprends maintenant, les joies du sang, les délices de la vengeance, et l’athéisme et l’impureté – et il sanglotait.

Le jour était déjà venu quand on vit de loin accourir un courrier aux armes du pape. Il se dirigea vers le palais ducal.

Garcia le vit, et il pleura amèrement.

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