‹ Textes de jeunesse Tome IChapitre 70 sur 71 · Chapitre 10

Chapitre 10

Elle ouvrit son secrétaire – cacheta le flacon d’acide, y mit l’adresse, et écrivit un autre billet, il était adressé au commissaire central. Elle sonna et le donna à un domestique. Elle écrivit sur une troisième feuille ces mots : « J’aimais un homme – pour lui j’ai tué mon mari, pour lui j’ai tué mes enfants. Je meurs sans remords, sans espoir, mais avec des regrets. » Elle le plaça sur sa cheminée.

Encore une demi-heure, dit-elle, bientôt il va venir et m’emmener – au cimetière.

Elle ôta ses vêtements et resta quelques minutes à regarder son beau corps que rien ne couvrait, à penser à toutes les voluptés qu’il avait données, aux jouissances immenses qu’elle avait prodiguées à son amant. – Quel trésor que l’amour d’une telle femme.

Enfin après avoir pleuré, pensant à ses jours qui s’étaient enfuis – à son bonheur, à ses rêves, à ses caprices de jeunesse et puis encore à lui bien longtemps, et s’être demandée ce que c’était que la mort et s’être perdue dans ce gouffre sans fond de la pensée qui se ronge et se déchire de rage et d’impuissance, elle se releva tout à coup comme d’un rêve, – prit quelques gouttes du poison qu’elle avait versées dans une tasse de vermeil, but avidement, et s’étendit pour la dernière fois sur ce sofa où si souvent elle s’était roulée dans les bras d’Ernest dans les transports de l’amour.

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