Chapitre 9
Elle se leva, essuya ses larmes, tâcha d’apaiser ses sanglots qui lui brisaient la poitrine et l’étouffaient, elle regarda dans une glace si ses yeux étaient encore bien rouges de pleurs, renoua ses cheveux et sortit s’acquitter du dernier désir d’Ernest.
Mazza arriva chez le chimiste. Il allait venir, on la fit attendre dans un petit salon au premier dont les meubles étaient couverts de drap rouge et de drap vert, – une table ronde en acajou au milieu – des lithographies représentant les batailles de Napoléon sur les lambris et sur la cheminée de marbre gris une pendule en or où le cadran servait d’appui à un Amourqui se reposait de l’autre main sur ses flèches.
La porte s’ouvrit comme la pendule sonnait deux heures. Le chimiste entra, c’était un homme petit et mince, l’air sec et des manières polies.
Il avait des lunettes, des lèvres minces, de petits yeux renfoncés.
Quand Mazza lui eut expliqué le motif de sa visite, il se mit à faire l’éloge de M. Ernest Vaumont, son caractère, son coeur, ses dispositions, enfin il lui remit le flacon d’acide, la mena par la main au bas de l’escalier. Il se mouilla même les pieds dans la cour, en la reconduisant jusqu’à la porte de la rue.
Mazza ne pouvait marcher dans les rues tant sa tête était brûlante, ses joues étaient pourprées, il lui sembla plusieurs fois que le sang allait lui sortir par les pores.
Elle passa par des rues où la misère était affichée sur les maisons comme ces filets de couleur qui tombent des murs blanchis et en voyant la misère elle disait : Je vais me guérir de votre malheur. Elle passa devant le palais des rois et dit en serrant le poison dans ses deux mains : Adieu l’existence, je vais me guérir de vos soucis.
En rentrant chez elle avant de fermer sa porte elle jeta un regard sur le monde qu’elle quittait et sur la cité pleine de bruit, de rumeurs et de cris. Adieu vous tous, dit-elle.
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