‹ Textes de jeunesse Tome IIChapitre 18 sur 49 · 2.13

2.13

Jadis il y avait un voyageur qui marchait dans les grands déserts d’Afrique. Il osa s’avancer par un chemin qui abrégeait sa route de quinze milles mais qui était dangereux, rempli de serpents, de bêtes féroces et de rochers difficiles à franchir.

Et il se faisait tard, il avait faim, il était fatigué, malade et il pressait le pas pour arriver plus tôt.

Mais à chaque pas il rencontrait des obstacles. Pourtant il était courageux et marchait la tête haute.

Et au milieu de son chemin voilà que se présente tout à coup à ses yeux une énorme pierre. Or c’était dans un sentier et escarpé, couvert de ronces et d’épines.

Il fallait donc ou rouler cette pierre jusqu’au haut de la montagne ou tâcher d’escalader cette roche. Ou bien encore attendre jusqu’au matin pour voir s’il n’arriverait pas d’autres voyageurs qui voulussent l’aider.

Mais il avait tant faim, la soif le tourmentait si cruellement qu’il résolut de faire tous ses efforts pour faire en sorte d’arriver à la hutte la plus voisine qui était encore à quatre milles de là. Il se mit donc à s’aider des pieds et des mains pour monter en haut de la roche.

Il suait à grosses gouttes, ses bras se contractaient avec vigueur et ses mains saisissaient convulsivement chaque brin d’herbe qui s’offrait à lui, – mais l’herbe manquait et il retombait découragé. Plusieurs fois il renouvela ses efforts. Ce fut en vain.

Et toujours il retombait plus faible, plus harassé, plus désespéré, il maudissait Dieu et blasphémait. Enfin il tenta une dernière fois. Cette fois il réunit toutes les forces dont il était capable. Après une prière à Dieu il monta.

Ô qu’elle était humble, sublime, tendre, cette courte prière. N’allez pas croire qu’il récita quelque chose qu’une nourrice lui ait appris dans son enfance. Du tout, ses paroles, c’était des larmes, et ses signes de croix des soupirs. Il monta donc bien résolu à se laisser mourir de faim s’il ne réussissait pas.

Le voilà en route – il monte – il avance – il lui semble qu’une main protectrice l’attire vers le sommet, il lui semble voir sourire la face de quelqu’ange qui l’appelle à lui. Puis tout à coup tout change. C’est comme une vision effroyable (qui) s’empare de ses sens, il entend le sifflement d’un serpent qui glisse sur la pierre et qui va l’atteindre. Ses genoux ploient sous lui, ses ongles qui s’accrochaient aux sinuosités de la roche se retournèrent en dehors… Il tomba à la renverse.

Que faire maintenant ?

Il a faim, il a froid, il a soif, le vent siffle dans l’immense désert rouge et la lune s’obscurcit dans les nuages.

Il se mit à pleurer et à avoir peur comme un enfant. Il pleura sur ses parents qui mourront de douleur, et il eut peur des bêtes féroces.

— Car, se disait-il, il fait nuit, je suis malade, les tigres vont venir me déchirer. –

Il attendit longtemps quelqu’un qui voulût le secourir. Mais les tigres vinrent, le déchirèrent et burent son sang.

Eh bien, je vous le dis, il en est de même de vous autres qui voulez conquérir la liberté.

Découragés de vos efforts vous attendrez quelqu’un pour vous aider.

Mais quelqu’un ne viendra pas… Oh non…

Et les tigres viendront, vous déchireront et boiront votre sang comme celui du pauvre voyageur.