§ 9. – Office de publicité.
Le commerce actuel a pour règle d’établir le secret le plus absolu sur ses opérations. Le secret est l’âme du commerce,dit le proverbe. Empêcher tous rapports directs entre les producteurs et les consommateurs, appauvrir les uns et les autres par l’ignorance, les difficultés de rapprochement, les risques de transport, les hasards du marché, l’incertitude des besoins ; en un mot, pécher en eau trouble,tel est l’art et tel est l’objet du commerce. La Société de l’Exposition remplace ce secret abusif, qui ne profite qu’aux intermédiaires, par la plus complète publicité. Déjà nous avons dit, paragraphe 1er, à quelles conditions de déclaration de prix, de provenance, de quantité, qualité, poids, les produits et marchandises seraient admis à l’exposition ; mais la publicité dont nous entendons ici faire une loi à la Société ne se borne pas là : elle s’étend sur tous les actes de la Société elle-même, autant du moins que ces actes ne compromettent pas des tiers déposants ou adhérents, ayant droit pour les procédés de leur propre industrie, le succès de leur entreprise, au secret.
En deux mots, la Société, si elle est tenue de garder le secret d’autrui, n’en a elle-même aucun pour le public, qui est et doit rester en tout et pour tout son souverain.
De même que la Banque de France, la Société de l’Exposition publiera un état de situation chaque semaine ; — de même aussi que les compagnies des Docks, de navigation, de mines et de chemins de fer, elle aura un organe accrédité, paraissant une, deux ou un plus grand nombre de fois la semaine, et destiné à recevoir toutes les communications officielles et officieuses de la Société : statistiques, mercuriales, existences en magasins, dans les Docks, les entrepôts et les halles, mouvements des transactions, oscillations du change, etc.
Fidèle à son principe d’abstention, la Société ne publie ni ne subventionne un journal, dont la rédaction et la critique, même en ce qui concerne la Société, doivent rester complétement libres et indépendantes. Elle se borne à traiter avec lui pour toutes insertions et publications aux prix et conditions ordinaires des journaux.
Chaque année, ou deux fois l’an, la Société publiera un bilan général, détaillé par chapitres et articles, tel enfin qu’on peut l’exiger d’un établissement public destiné à servir de type et de modèle, aussi bien pour l’organisation, le service et la comptabilité, que pour la loyauté et la justice.
Tout ce qui peut intéresser la curiosité publique dans la constitution, la gestion, les tendances et projets de la Société : personnel et matériel, appointements, salaires, loyers, contributions, frais de bureaux, encouragements, récompenses, primes, médailles, secours et pensions, recettes de toute nature et par catégories, dépôt, magasinage, commission, escompte, intérêt, détails statistiques, opérations, transactions, ventes, échanges, placements, quantités, qualités, poids, prix, maxima, minimaet moyenne, le compte rendu de la Société annuel et semestriel doit tout dire, tout soumettre au contrôle de l’opinion, tout exposer aux regards du maître, qui n’est autre ici que le public même.
La Société fera plus encore.
Expression de la science autant que de l’utilité publique, elle publiera de temps en temps dans la feuille qui lui servira spécialement d’organe, et avec l’assistance bénévole de la rédaction, une Revue des faits économiques les plus intéressants du pays et du globe ; elle en fera ressortir les principes et les lois ; elle en montrera les aberrations et anomalies ; en un mot, elle ne négligera rien de tout ce qui peut contribuer à l’éducation économique de ses actionnaires, adhérents, commettants, clients, ainsi qu’à la réforme industrielle et mercantile de la nation. C’est en faisant la lumière que la Société étendra sa puissance au dedans et au dehors ; c’est par la justice et la science qu’elle saisira le gouvernement des intérêts et le sceptre du monde.
Les articles qui précèdent, formant l’ensemble du chapitre IV et la série des opérations principales de la Société, ne sont pas le résultat de nos seules inspirations personnelles.
Désireux de donner à notre projet le caractère de la plus grande généralité d’opinion, et d’en faire, autant que possible, l’expression de la démocratie industrielle la plus avancée, aussi bien en pratique qu’en spéculation, nous avons consulté et comparé le plus grand nombre de publications faites depuis six ans sur la matière ; nous en avons dégagé la substance ; nous avons interrogé les hommes les plus remarquables par leur intelligence et leur expérience, ceux dont la probité et le dévouement pouvaient nous être une garantie de certitude. Nous n’avons pas négligé non plus l’opinion des gens d’affaires qui, étrangers à toute considération de parti, même de philanthropie, pouvaient nous éclairer sur une fondation d’une importance aussi décisive.
Nous croyons pouvoir affirmer que si les idées que nous venons de développer, par le fond et même par la forme sont essentiellement nôtres,en ce sens qu’elles découlent toutes de principes supérieurs que nous avons émis et soutenus plus d’une fois, et qu’elles sont toutes autant de cas particuliers d’une synthèse générale des sciences morales, politiques et économiques, à la construction de laquelle nous travaillons chaque jour ; en fait, la priorité d’émission, voire même d’application de plusieurs de ces idées, appartient à d’autres, dont il nous est d’autant plus agréable de reconnaître le droit, que nous y trouvons pour nous-mêmes une garantie de plus de certitude.
Nous citerons nommément, pour les §§ 3e, 4e, 5e et 6e, M. FrançoisCOIGNET, manufacturier à Saint-Denis, l’un des industriels les plus recommandables du département de la Seine et de nos économistes les plus éclairés, et dont nous nous sommes fait un devoir de suivre pas à pas le travail qu’il a bien voulu, à notre prière, faire sur l’institution en projet ; pour l’application du Tarif du change, § 7, M. d’ESCLÉE, auteur de plusieurs publications sur la matière, homme d’intelligence et de dévouement, que de longues et dures épreuves ont instruit, et dont nous aimons d’autant plus à relever le mérite que d’autres semblent davantage le méconnaître.
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