Scène V.
Les Mêmes, FADINARD
Tous, en voyant paraître Fadinard.
Ah ! le voilà !
CHŒUR. — ENSEMBLE.
AIR : C’est vraiment une horreur. (Tentations d’Antoinette, fin du 3 acte.)
Ah ! vraiment c’est affreux !
C’est un trait scandaleux !
C’est honteux !
Odieux !
Oui, c’est monstrueux !
Fadinard
Quel courroux orageux !
Qu’ai-je donc fait d’affreux,
De honteux,
D’odieux,
De si monstrueux ?
Mais qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi avez-vous quitté les fiacres ?
Nonancourt.
Mon gendre, tout est rompu !
Fadinard.
C’est convenu.
Nonancourt.
Vous me rappelez les orgies de la Régence ! fi ! monsieur, fi !
Bobin et les invités.
Fi ! fi !
Fadinard.
Mais qu’est-ce que j’ai encore fait ?
Tous.
Oh !
Nonancourt.
Vous me le demandez ?… Non !… Tu me le demandes ? Quand je viens de te surprendre avec ta Colombine… Arlequin !
Fadinard, à part.
Fichtre ! il m’a vu ! (Haut.) Alors, je ne le nierai pas.
Tous.
Ah !
Hélène, pleurant.
Il l’avoue !
Bobin.
Pauvre cousine ! (Embrassant Hélène.) Fi ! monsieur, fi !…
Fadinard.
Tenez-vous donc tranquille, vous !… (À Bobin, le repoussant.) On ne marche pas dans les plates-bandes.
Bobin.
C’est ma cousine.
Nonancourt.
C’est permis.
Fadinard.
Ah ! c’est permis… Eh bien ! cette dame que j’ai embrassée est ma cousine aussi.
Tous.
Ah !!!
Nonancourt.
Présentez-la-moi… je vais l’inviter à la noce.
Fadinard, à part.
Il ne manquerait plus que ça ! (Haut.) C’est inutile… elle n’accepterait pas… elle est en deuil.
Nonancourt.
En robe rose ?
Fadinard.
Oui, c’est de son mari.
Nonancourt.
Ah ! (À Tardiveau.) Monsieur, je renoue ! Bobin, je te la retire.
Bobin, vexé à part.
Vieux tourniquet !
Nonancourt.
Nous pouvons commencer… (Aux autres.) Prenons place.
Toute la Noce s’assied à droite, en face de Tardiveau.
Fadinard, à l’extrême gauche, sur le devant, à part.
Que diable font-ils là ?
Tardiveau, quittant son grand livre et allant prendre son gilet de flanelle à l’extrémité du comptoir, à part.
Non, je ne veux pas rester comme ça…
Nonancourt, à la noce.
Eh bien, il s’en va ?… Il paraît que ce n’est pas ici qu’on marie.
Tardiveau, son gilet de flanelle à la main, à part.
Il faut absolument que je change.
Il sort du comptoir, par l’avant-scène.
Nonancourt, à la noce.
Suivons monsieur le maire !
CHŒUR.
AIR : Vite ! que l’on se rende. (Tentations d’Antoinette.)
Puisque ce dignitaire
Daigne guider nos pas,
Suivons monsieur le maire
Et ne le quittons pas !