‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 14 sur 50 · Scène V.

Scène V.

Les Mêmes, FADINARD

Tous, en voyant paraître Fadinard.

Ah ! le voilà !

CHŒUR. — ENSEMBLE.

AIR : C’est vraiment une horreur. (Tentations d’Antoinette, fin du 3 acte.)

Ah ! vraiment c’est affreux !
C’est un trait scandaleux !
C’est honteux !
Odieux !
Oui, c’est monstrueux !

Fadinard

Quel courroux orageux !
Qu’ai-je donc fait d’affreux,
De honteux,
D’odieux,
De si monstrueux ?

Mais qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi avez-vous quitté les fiacres ?

Nonancourt.

Mon gendre, tout est rompu !

Fadinard.

C’est convenu.

Nonancourt.

Vous me rappelez les orgies de la Régence ! fi ! monsieur, fi !

Bobin et les invités.

Fi ! fi !

Fadinard.

Mais qu’est-ce que j’ai encore fait ?

Tous.

Oh !

Nonancourt.

Vous me le demandez ?… Non !… Tu me le demandes ? Quand je viens de te surprendre avec ta Colombine… Arlequin !

Fadinard, à part.

Fichtre ! il m’a vu ! (Haut.) Alors, je ne le nierai pas.

Tous.

Ah !

Hélène, pleurant.

Il l’avoue !

Bobin.

Pauvre cousine ! (Embrassant Hélène.) Fi ! monsieur, fi !…

Fadinard.

Tenez-vous donc tranquille, vous !… (À Bobin, le repoussant.) On ne marche pas dans les plates-bandes.

Bobin.

C’est ma cousine.

Nonancourt.

C’est permis.

Fadinard.

Ah ! c’est permis… Eh bien ! cette dame que j’ai embrassée est ma cousine aussi.

Tous.

Ah !!!

Nonancourt.

Présentez-la-moi… je vais l’inviter à la noce.

Fadinard, à part.

Il ne manquerait plus que ça ! (Haut.) C’est inutile… elle n’accepterait pas… elle est en deuil.

Nonancourt.

En robe rose ?

Fadinard.

Oui, c’est de son mari.

Nonancourt.

Ah ! (À Tardiveau.) Monsieur, je renoue ! Bobin, je te la retire.

Bobin, vexé à part.

Vieux tourniquet !

Nonancourt.

Nous pouvons commencer… (Aux autres.) Prenons place.

Toute la Noce s’assied à droite, en face de Tardiveau.

Fadinard, à l’extrême gauche, sur le devant, à part.

Que diable font-ils là ?

Tardiveau, quittant son grand livre et allant prendre son gilet de flanelle à l’extrémité du comptoir, à part.

Non, je ne veux pas rester comme ça…

Nonancourt, à la noce.

Eh bien, il s’en va ?… Il paraît que ce n’est pas ici qu’on marie.

Tardiveau, son gilet de flanelle à la main, à part.

Il faut absolument que je change.

Il sort du comptoir, par l’avant-scène.

Nonancourt, à la noce.

Suivons monsieur le maire !

CHŒUR.

AIR : Vite ! que l’on se rende. (Tentations d’Antoinette.)

Puisque ce dignitaire
Daigne guider nos pas,
Suivons monsieur le maire
Et ne le quittons pas !

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