‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 13 sur 50 · Scène IV.

Scène IV.

Les Mêmes, TARDIVEAU

Tardiveau, rentrant tout essoufflé, entre dans le comptoir.

Dieu ! que j’ai chaud ! (Il pose sur le comptoir des écharpes tricolores.) Ma chemise est trempée !

Nonancourt, apercevant Tardiveau et les écharpes.

Hum ! voici monsieur le maire avec son écharpe… gardez vos gants.

Bobin, bas.

Mon oncle, j’en ai perdu un…

Nonancourt.

Mets ta main dans ta poche. (Bobin met la main gantée dans sa poche.) Pas celle-là, imbécile.

Tardiveau, à part.

Enfin, je vais pouvoir changer !

Nonancourt, prend Hélène par la main et la présente à Tardiveau.

Monsieur, voici la mariée… (Bas.) Salue !

Hélène fait plusieurs révérences.

Tardiveau, cachant vivement son gilet de flanelle et à part.

Qu’est-ce que c’est que ça ?

Nonancourt.

C’est ma fille.

Bobin.

Ma cousine…

Nonancourt.

Je suis son père…

Bobin.

Je suis son cousin.

Nonancourt.

Et voilà nos parents. (Aux autres.) Saluez !

Toute la Noce salue.

Tardiveau, rend des saluts à droite et à gauche, à part.

Ils sont très polis… mais ils vont m’empêcher de changer.

Nonancourt.

Voulez-vous commencer par prendre les noms ?

Il pose son myrte sur le comptoir.

Tardiveau.

Volontiers. (Il ouvre le grand livre et dit à part.) C’est une noce de campagne qui vient faire des emplettes.

Nonancourt.

Yêtes-vous ? (Dictant.) Antoine, Petit-Pierre…

Tardiveau.

Les prénoms sont inutiles

Nonancourt.

Ah ! (Aux gens de la Noce.) À Charentonneau, on les demande.

Tardiveau.

Dépêchons-nous, monsieur… j’ai extrêmement chaud.

Nonancourt.

Oui. (Dictant.) Antoine Voiture, Petit-Pierre, dit Nonancourt. (S’interrompant.) Cristi !… Pardonnez à mon émotion… j’ai un soulier qui me blesse… (Ouvrant ses bras à Hélène.) Ah ! ma fille…

Hélène.

Ah ! papa, ça me pique toujours.

Tardiveau.

Monsieur, ne perdons pas de temps. (À part.) Bien sûr je vais attraper une pleurésie. Votre adresse ?

Nonancourt.

Citoyen majeur.

Tardiveau.

Où demeurez-vous donc ?

Nonancourt.

Pépiniériste.

Bobin.

Membre de la société d’horticulture de Syracuse.

Tardiveau.

Mais c’est inutile !

Nonancourt.

Né à Grosbois, le 7 décembre, nonante-huit.

Tardiveau.

En voilà assez ! Je ne vous demande pas votre biographie !

Nonancourt.

J’ai fini… (À part.) Il est caustique, ce maire. (À Vézinet.) À vous.

Vézinet ne bouge pas.

Bobin, le poussant.

Àvous !

Vézinet, s’avance majestueusement près du comptoir.

Monsieur, avant d’accepter la mission de témoin…

Tardiveau.

Pardon…

Vézinet, continuant.

Je me suis pénétré de mes devoirs…

Nonancourt, à part.

Où diable est passé mon gendre ?

Vézinet.

Il m’a paru qu’un témoin devait réunir trois qualités…

Tardiveau.

Mais, monsieur…

Vézinet.

La première…

Bobin, entr’ouvrant la porte de droite, deuxième plan.

Ah ! mon oncle ! venez voir.

Nonancourt.

Quoi donc ?… (Regardant et poussant un cri.) Nom d’un pépin !!! Mon gendre qui embrasse une femme…

Tous.

Oh !

Rumeur dans la Noce.

Bobin.

Le polisson !

Hélène.

C’est affreux !

Nonancourt.

Le jour de ses noces !

Vézinet, qui n’a rien entendu, à Tardiveau.

La seconde est d’être Français… ou tout au moins naturalisé.

Nonancourt, à Tardiveau.

Arrêtez !… Ça n’ira pas plus loin !… Je romps tout… Biffez, monsieur, biffez ! (Tardiveau biffe.) Je reprends ma fille. Bobin, je te la donne !

Bobin, joyeux.

Ah ! mon oncle !…

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