‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 25 sur 50 · Scène VII.

Scène VII.

FADINARD, LA BARONNE, puis une Femme de chambre.

La Baronne.

Parlez ! vous savez que je n’ai rien à refuser au signor Nisnardi.

Fadinard.

C’est que… ma demande va vous paraître bien fantasque… bien folle…

La Baronne, à part.

Ah ! mon Dieu, je crois qu’il a regardé mes souliers !

Fadinard.

Entre nous, voyez-vous, je suis un drôle de corps… Vous savez… les artistes !… et il me passe par la tête mille fantaisies.

La Baronne.

Je le sais.

Fadinard.

Ah ! tant mieux !… et quand on refuse de les satisfaire… ça me prend ici… à la gorge… je parle comme ça… (Stimulant l’extinction de voix.) Impossible de chanter !…

La Baronne, à part.

Ah ! mon Dieu ! et mon concert ! (Haut.) Parlez, monsieur, que vous faut-il ? que désirez-vous ?

Fadinard.

Ah ! voilà !… c’est très difficile à demander…

La Baronne, à part.

Il me fait peur… il ne regarde plus mes souliers.

Fadinard.

Je sens que, si vous ne m’encouragez pas un peu… c’est tellement en dehors des usages…

La Baronne, vivement.

Mon bouquet peut-être ?

Fadinard.

Non, ce n’est pas cela… c’est infiniment plus excentrique…

La Baronne, à part.

Comme il me regarde… Je suis presque fâchée de l’avoir annoncé à mes invités.

Fadinard.

Mon Dieu ! que vous avez donc de jolis cheveux !

La Baronne, se reculant vivement et à part.

Des cheveux !… par exemple !

Fadinard.

Ils me rappellent un délicieux chapeau que vous portiez hier…

La Baronne.

À Chantilly ?…

Fadinard, vivement.

Précisément… Ah ! le délicieux chapeau ! le ravissant chapeau !

La Baronne.

Comment, monsieur… c’est cela ?

Fadinard, avec feu.

AIR : Quand les oiseaux.

Oui, je n’osais pas vous le dire !…
Mais, enfin, le mot est lâché !
Après ce chapeau je soupire,
Mon bonheur s’y trouve… accroché.
Sous cette coiffure jolie
Mon œil ébloui rencontra
Les traits divins que voilà ;
Et je me dis Si, pour la vie,
L’image doit m’être ravie…
Le cadre au moins me restera !
À part.
Quel plat madrigal je fais là !
Haut.
Oui, le cadre me restera !

La Baronne, éclatant de rire.

Ah ! ah ! ah !

Fadinard, riant aussi.

Ah ! ah ! ah ! (À part, sérieux.) Je l’aurai !

La Baronne

Je comprends… c’est pour faire pendant au soulier.

Fadinard.

Quel soulier ?

La Baronne, riant aux éclats.

Ah ! ah ! ah !

Fadinard, riant.

Ah ! ah ! ah ! (À part, sérieux.) Quel soulier ?

La Baronne, tout en riant.

Soyez tranquille, monsieur… ce chapeau…

Fadinard.

Ah !

La Baronne.

Demain… je vous l’enverrai…

Fadinard.

Non, tout de suite… tout de suite !

La Baronne.

Mais cependant…

Fadinard, reprenant son extinction de voix.

Tenez… entendez-vous ?… Ma voix… je l’ai dans les talons… Hoû ! hoû !

La Baronne, agitant vivement une sonnette.

Ah ! mon Dieu ! Clotilde ! Clotilde !… (Une femme de chambre paraît à droite, la baronne lui dit vivement un mot à l’oreille ; elle sort.) Dans cinq minutes, vous serez satisfait… (Riant.) Je vous demande pardon… Ah ! ah !… Mais un chapeau !… c’est si original !… Ah ! ah ! ah !

Elle sort à gauche en riant.

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