‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 26 sur 50 · Scène VIII.

Scène VIII.

FADINARD, puis NONANCOURT, puis UN DOMESTIQUE.

Fadinard, seul.

Dans cinq minutes, j’aurai décampé avec le chapeau… Je laisserai ma bourse en payement. (Riant.) Ah ! ah !… je pense au père Nonancourt… doit-il rager dans son fiacre !

Nonancourt, paraît à la porte de la salle à manger ; il a une serviette à la boutonnière et des rubans de diverses couleurs au revers de son habit.

Où diable est donc passé mon gendre ?…

Fadinard.

Le beau-père !

Nonancourt, un peu gris.

Mon gendre, tout est rompu !

Fadinard, se retournant.

Hein ?… vous ! Qu’est-ce que vous faites là ?

Nonancourt.

Nous dînons.

Fadinard.

Où ça ?

Nonancourt.

Là !

Fadinard, à part.

Sapristi ! le dîner de la baronne !

Nonancourt.

Satané Veau-qui-tète !… quelle crâne maison !… J’y reviendrai quelquefois !

Fadinard.

Permettez !…

Nonancourt.

Mais, c’est égal, votre conduite est celle d’un pas-grand’chose !

Fadinard.

Beau-père !…

Nonancourt.

Abandonner votre femme le jour de la noce, la laisser dîner sans vous !…

Fadinard.

Et les autres ?

Nonancourt.

Ils dévorent !

Fadinard.

Me voilà bien !… je sens une sueur froide…

Nonancourt.

Je ne sais pas ce que j’ai… je crois que je suis un peu pochard…

Fadinard.

Allons, bien !… Et les autres ?

Nonancourt.

Ils sont comme moi… Bobin s’est jeté par terre en allant chercher la jarretière… Nous avons ri !… (Secouant son pied.) Cristi !

Fadinard, à part, mettant la serviette dans sa poche.

Que va dire la baronne ?… Et ce chapeau qui n’arrive pas !… Si je l’avais, je décamperais…

Cris, dans la salle à manger.

Vive la mariée ! Vive la mariée !

Fadinard, remontant au fond.

Voulez-vous vous taire ! Voulez-vous vous taire !

Nonancourt, assis sur la causeuse.

Je ne sais pas ce que j’ai fait de mon myrte… Fadinard ?

Fadinard, revenant à Nonancourt.

Vous… rentrez… vite !

Il veut le faire lever.

Nonancourt, résistant.

Non… je l’ai empoté le jour de sa naissance…

Fadinard.

Oui… vous le retrouverez… il est dans le fiacre.

Le Domestique.

Ah !

Fadinard.

Tout est perdu ! (Il lâche Nonancourt, qui retombe assis sur la causeuse ; il saute à la gorge du domestique et lui arrache son candélabre.) Silence !… tais-toi ! (Il le pousse dans un cabinet à droite et l’enferme.) Si tu bouges, je te jette par la fenêtre.

La baronne paraît par la gauche.

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