‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 42 sur 50 · Scène II.

Scène II.

TARDIVEAU, puis NONANCOURT, HÉLÈNE, VÉZINET, BOBIN, la Noce.

Tardiveau, seul, posant son fusil et son schako dans la guérite et mettant un bonnet de soie noire, un cache-nez.

Dieu ! que j’ai chaud ! Voilà pourtant comme on attrape de mauvais rhumes… Ils font un feu d’enfer là-dedans. J’avais beau répéter à Trouillebert : « Trouillebert, vous mettez trop de bûches !… » Ah ben oui ! — Et je suis en moiteur… J’aurais presque envie de changer de gilet de flanelle… (Il défait deux ou trois boutons de son habit et s’arrête.) Non !… il peut passer des dames ! (Étendant la main.) Ah !… bien !… ah !… très bien !… voilà la pluie qui recommence ! (Il s’enveloppe dans la capote des factionnaires.) Ah ! parfait ! parfait ! voilà la pluie, à présent !

Nonancourt, entrant le premier avec son myrte.

Par ici, mes enfants, par ici !… Sautez le ruisseau !

Il saute, toute la Noce suit et saute le ruisseau.

CHŒUR.

AIR des Deux Cornuchet.

Ah ! vraiment, c’est atroce !
Quelle affreuse noce !
Où donc nous fait-on courir
Quand nous devrions dormir !

Nonancourt.

Quelle noce ! quelle noce !

Hélène, regardant autour d’elle.

Ah ! papa ! Et mon mari ?

Nonancourt.

Allons, bon ! nous l’avons encore égaré !

Hélène.

Je n’en puis plus !

Bobin.

C’est éreintant !

Un Monsieur.

Je n’ai plus de jambes.

Nonancourt.

Heureusement, j’ai changé de souliers.

Hélène.

Aussi, papa, pourquoi avez-vous renvoyé les fiacres ?

Nonancourt.

Comment, pourquoi ? trois cent soixante-quinze francs, tu trouves que ce n’est pas assez !… Je ne veux pas manger ta dot en cochers de fiacre !

Tous.

Ah çà !… mais… où sommes-nous ici ?

Nonancourt.

Le diable m’emporte si je le sais… J’ai suivi Bobin.

Bobin.

Du tout, mon oncle, c’est nous qui vous avons suivi.

Vézinet, à Nonancourt.

Pourquoi nous a-t-on fait lever si tôt ?… Est-ce qu’on va encore s’amuser ?

Nonancourt.

La faridondaine, oh ! gai ! (Furieux.) Ah ! gredin de Fadinard !

Hélène.

Il nous a dit d’aller chez lui… place Baudoyer.

Bobin.

Nous sommes sur une place.

Nonancourt.

Est-elle Baudoyer ? voilà la question ! (À Vézinet qui s’abrite sous son parapluie.) Dites donc, vous qui êtes de Chaillot, vous devez savoir ça. (Criant.) Est-elle Baudoyer ?

Vézinet.

Oui, oui, joli temps pour les petits pois.

Nonancourt, le quittant brusquement.

Au sucre !… Tarare pompon… petit patapon !

Il est près de la guérite.

Tardiveau, éternuant.

Atchi !

Nonancourt.

Dieu vous bénisse !… Tiens !… une sentinelle… Pardon, sentinelle… la place Baudoyer, s’il vous plaît ?

Tardiveau.

Passez au large.

Nonancourt.

Merci !… Et pas un passant… pas même un Savoyard d’Auvergnat !

Bobin.

Àonze heures trois quarts !

Nonancourt.

Attendez ! nous allons savoir…

Il frappe à une maison, deuxième plan à droite.

Hélène.

Qu’est-ce que vous faites, papa ?

Nonancourt.

Il faut nous informer… On m’a dit que les Parisiens se faisaient un plaisir d’indiquer leur chemin aux étrangers.

Un Monsieur, en bonnet de nuit, en robe de chambre, paraissant à la fenêtre.

Qu’est-ce que vous demandez, sacrebleu !

Nonancourt.

Pardon, monsieur… la place Baudoyer, s’il vous plaît ?

Le Monsieur.

Attends ! brigand ! scélérat ! canaille !

Vézinet.

Sac à papier ! j’étais sous la gouttière !

Nonancourt.

Ce n’est pas un Parisien… c’est un Marseillais.

Bobin, qui est monté sur une borne, au fond, pour lire le nom de la place.

Baudoyer !… mon oncle !… Place Baudoyer… nous y sommes.

Nonancourt.

Quelle chance !… Cherchons le numéro 8.

Tous.

Le voilà… Entrons ! entrons !

Nonancourt.

Ah ! sapristi !… pas de portier ! et mon gueux de gendre ne m’a pas donné la clef !

Hélène.

Papa, je n’en puis plus… je vais m’asseoir.

Nonancourt, vivement.

Pas par terre, ma fille… nous sommes en plein macadam.

Bobin.

Il y a de la lumière dans la maison.

Nonancourt.

C’est l’appartement de Fadinard… il sera rentré avant nous… (Il frappe et appelle bruyamment.) Fadinard, mon gendre !… (Tous appellent avec lui.) Fadinard !

Tardiveau, à Vézinet.

Un peu de silence, monsieur !

Vézinet, gracieusement.

Trop honnête, monsieur… je me brosserai à la maison.

Nonancourt, criant.

Fadinard !!!

Bobin.

Votre gendre se fiche de nous.

Hélène.

Il ne veut pas ouvrir, papa.

Nonancourt.

Allons chez le commissaire

Tous.

Oui, oui… chez le commissaire.

CHŒUR.

AIR :

Ce genre nous berne !
Ô ciel ! quelle indignité !
Cherchons la lanterne,
Celle de l’autorité !

Ils remontent.

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