‹ Un épisode de la vie d'un faux dévotChapitre 23 sur 24 · Chapitre 6

Chapitre 6

Voulez-vous quelque chose de plus satisfaisant ? Que dites-vous des veillées de campagne ?… Une lampe à large bec jette sur les cloisons mousseuses une lumière obscure ; l’homme des champs est assis près de l’âtre pétillant, entouré de son épouse filant son lin, et de ses petits enfants qui s’amusent avec des châteaux de cartes ; et la jeune fille au fond de l’appartement qui rêve son avenir avec son amant.

Aux jours de fête, la grand’mère y rassemble ses petits fils et leur dit les histoires du vieux temps, les miracles des sorciers.

Oh ! que j’aime ces narrations où le bon vieillard verse des larmes sur un passé plein de charmes, lorsqu’il raconte avec orgueil les premières actions de sa vie à ses petits enfants, qui sourient d’espérance en attendant le jour où ils pourront en faire autant.

J’ai passé de ces veillées bien souvent ; je me suis mis en cercle avec ces bons agriculteurs, j’ai pris part à leur conversation.

Quelquefois, dans les grandes chaleurs, nous allions sur le seuil de la porte voir l’étoile briller au ciel, entendre le bruissement de la chauve-souris, quelquefois la voix du berger qui chantait ses amours en reconduisant son troupeau. Ah ! que ces chants du soir étaient poétiques ! que j’aimais ces accents passionnés qui s’éloignaient insensiblement dans les bois !…

Et puis quand l’heure du sommeil sonnait, je voyais la famille se prosterner devant l’image de Dieu, et le vieillard de sa voix tremblante bénissait le ciel pour le jour qui venait de finir et l’implorait pour le lendemain.

Et quand la prière était finie, chacun se signait avec le buis bénit et attendait le matin dans un sommeil paisible…

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