XIII.
Couchée dans son cercueil, elle ressemble à une gracieuse péri qui vient de s’endormir. Son visage pâle et sombre est plus pur que le linceul qui l’enveloppe. Ses paupières se sont abaissées pour toujours. Mais ô ciel ! Ne dirait-on pas que sous elles ce merveilleux regard sommeille seulement et semble attendre un baiser ou le retour du jour ! Non ; inutilement les rayons lumineux se glissent entre elles comme un fil d’or ; en vain sa famille, pleine d’une muette douleur, vient couvrir sa bouche de baisers ; non ! la mort a mis sur elle son empreinte éternelle et rien n’est assez puissant pour l’arracher de ses bras. Et toute cette nature dans laquelle naguère la vie ardente et pleine d’énergie parlait si distinctement aux sens, n’est plus maintenant qu’une vaine poussière. Un sourire étrange à peine éclos sur ses lèvres s’y était arrêté ; l’expression douloureuse de ce sourire était sombre comme la tombe elle-même. Que signifiait-il ? se raillait-il de la destinée, ou accusait-il un doute insurmontable ? Exprimait-il un froid dédain de la vie ou une colère audacieuse contrôle ciel ? Comment le savoir ? Sa signification est à jamais perdue pour le monde. Mais il attire involontairement les yeux, comme le dessin d’une inscription antique, où peut-être, sous des caractères bizarres, se cache l’histoire des temps passés. Maxime de grande sagesse indéchiffrable ! Trace oubliée de pensées profondes !…
Longtemps l’ange de la destruction respecta la dépouille de la pauvre victime et ses traits conservèrent cette beauté que garde un marbre sans expression, privé d’animation et de sentiment, mystérieux comme la mort même. Jamais aux jours les plus gais, la parure de fête de Tamara ne fut aussi variée en couleurs, ne fut aussi riche. Les fleurs du vallon chéri qui la vit naître, selon l’antique coutume, exhalaient sur elle leurs parfums et serrées dans sa froide main, semblaient avec elle dire adieu à ce monde…