XIV.
Ses parents, ses voisins se sont déjà réunis pour le triste voyage. Le vieux Gudal arrache ses cheveux gris, frappe sa poitrine en silence et pour la dernière fois monte sur son coursier à la blanche crinière, et le cortège se met en route !… Le voyage doit durer trois jours et trois nuits. C’est auprès des ossements de ses aïeux qu’on a creusé pour elle un lieu de repos…
Un des ancêtres de Gudal qui avait passé sa vie à piller les voyageurs et les villages, se trouvant enchaîné par la maladie, fit vœu dans un moment de repentir, de bâtir une église en expiation de ses péchés passés, sur le haut des rochers granitiques, où l’on n’entend que le sifflement du chasse-neige et où on ne voit voler que les vautours. Bientôt un temple solitaire s’éleva au milieu des neiges du Kazbek et les ossements de ce méchant homme trouvèrent là un asile où reposer. Le roc ami des nuages se transforma en cimetière ; comme si en rapprochant sa tombe des cieux elle devait être moins froide et comme si plus loin des hommes son dernier sommeil devait être moins troublé… Mesure inutile ; les morts ne doivent plus ressentir ni la joie ni la tristesse des jours passés.