‹ Une nuit au LuxembourgChapitre 108 sur 222 · LUI

LUI

Oui, je veux que tu sois un nouvel Épicure et que tu redises aux hommes d’aujourd’hui ce que mon ami enseignait jadis aux Athéniens. Des apôtres ont parlé en mon nom, qui ont réussi à répandre sur la terre une doctrine de désespoir. Ils ont enseigné le mépris de tout ce qui est humain, de tout ce qui est souriant, de tout ce qui est lumineux. Inaptes aux plaisirs naturels, ils ont cherché le plaisir dans leur propre douleur et dans la douleur où ils plongeaient leurs frères. Ils ont appelé la terre une vallée de larmes, mais ces larmes, ce fut leur méchanceté qui les fit couler en abondance. Méchants pour eux-mêmes, ils le furent pour les hommes qui se firent les esclaves de leurs rêves sombres. Après avoir promis à leurs fidèles une éternité de joies chimériques, en retour des joies simples et vraies qu’ils leur volaient, ils enlevèrent du cœur des hommes jusqu’à l’espérance, ils imaginèrent l’enfer. Fils des anciens prêtres de Baal, ils instituèrent sous mon nom l’idole cruelle de leurs pères et ils firent de moi le créateur hideux et prévoyant des damnés futurs. Ces monstres, cependant, ne m’ont pas découragé et j’ai soutenu de mon inspiration tous les efforts de la sagesse naturelle que j’ai vus se produire parmi toutes ces horreurs.

Hélas ! ils vous tiennent toujours et ceux qui les combattent, prêtres différents, sont quelquefois encore des prêtres plus méchants. Votre morale est aujourd’hui la plus basse et la plus triste qui régna jamais. L’enfer extérieur, auquel vous ne croyez plus guère, est entré dans vos cœurs, où il dévore toutes vos joies.

Page 1