‹ Une nuit au LuxembourgChapitre 75 sur 222 · LUI

LUI

Si je suis venu parfois visiter les hommes, c’est pour l’amour de leurs femmes. Non pas que, pareil aux dieux dont les poètes écrivirent l’histoire, je désire des embrassements multipliés. Je viens, moins pour aimer que pour me laisser aimer. J’appartiens à celles qui veulent me conquérir et je me fais pour leur cœur l’homme idéal que la terre leur refuse.

Car vous avez créé la femme, vous, les hommes, et vous êtes restés inférieurs à votre création. Vous n’avez même pas su acquérir les dons qui eussent achevé le miracle, et vos amours sont toujours boiteuses. Vous prenez et vous ne donnez pas ; vous appauvrissez les champs que votre désir cultive, et les femmes que vous avez aimées meurent de soif en regardant la sécheresse de vos yeux.

Toutes les trois, elles écoutaient, fort attentives. Élise, cependant, voulut bien me prendre et me serrer les doigts, cependant que ses deux amies se levaient et allaient baiser la main du Maître. Mais il ouvrit les bras, et elles y tombèrent comme tombent deux fleurs arrachées par le vent. Élise et moi nous regardions avec plaisir des mouvements si charmants, et je me disais naïvement, au spectacle de ces amours sans jalousie : Il accueille en lui ces deux femmes comme il eût accueilli toutes les femmes, et je comprends qu’il puisse appartenir en même temps à toutes à la fois et à chacune en particulier. La main d’Élise, cependant, commença de s’impatienter dans la mienne. Elle me dit, à mi-voix, sur un ton saccadé, ces mots énigmatiques :

Page 1