‹ Une nuit au LuxembourgChapitre 76 sur 222 · ÉLISE

ÉLISE

Ami, ami, ne sommes-nous pas plus belles que les femmes ?

Oui, Élise était plus belle qu’une femme. Je crus voir une diinité. Je crus devenir dieu… Ma bouche s’empara de sa bouche, cependant que mon bras gauche maîtrisait sa tête et que ma main droite allait chercher, sous l’agitation de son sein révolté, les palpitations du cœur que je voulais. Il se fit une grande nuit, sauf dans ma tête et dans mes sens, et il me sembla que je possédais Élise et que des cris sortaient de nos bouches humides et frémissantes. Mais peut-être cela ne fut-il qu’une illusion ? Cependant, je me souviens parfaitement que, le jour revenu, nos yeux avaient des regards de connivence et de gratitude. De plus, nous étions maintenant si près l’un de l’autre que nous ne paraissions faire qu’un même corps, deux de nos bras confondus, une de mes jambes cachée par la robe d’Élise.

Insensiblement, nous reprîmes nos attitudes premières ; la petite, quand nous recommençâmes à regarder le monde extérieur, dormait sur les genoux de son amie, et notre maître méditait, la tête dans sa main. Que s’était-il passé en face de nous, quel accomplissement mystérieux, je ne songeais pas alors à me le demander, et maintenant, si je me le demandais, je ne saurais que répondre. L’illusion sans doute nous avait tous également ensevelis sous une pluie de roses et le magicien n’avait pas échappé à sa propre magie.

Le grand bonheur que j’éprouvais avivait mon intelligence. Quand mon maître se reprit à parler, il me parut qu’un très doux rayon de soleil tombait sur moi.

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