L'ÉCOLIER.
Maintenant que voilà le duc parti, il n'y en a pas pour longtemps.
Les masques sortent de tous côtés.
LE SECOND ÉCOLIER.
Rose, vert, bleu, j'en ai plein les yeux; la tête me tourne.
UN BOURGEOIS.
Il paraît que le souper a duré longtemps: en voilà deux qui ne peuvent plus se tenir.
Le provéditeur monte à cheval; une bouteille cassée lui tombe sur l'épaule.
LE PROVÉDITEUR.
Eh! ventrebleu! quel est l'assommeur, ici?
UN MASQUE.
Eh! ne le voyez-vous pas, seigneur Corsini? Tenez! regardez à la fenêtre; c'est Lorenzo avec sa robe de nonne.
LE PROVÉDITEUR.
Lorenzaccio, le diable soit de toi! tu as blessé mon cheval.
La fenêtre se ferme.
Peste soit de l'ivrogne et de ses farces silencieuses! un gredin qui n'a pas souri trois fois dans sa vie, et qui passe le temps à des espiègleries d'écolier en vacances.
Il sort.--Louise Strozzi sort de la maison, accompagnée de Julien Salviati; il lui tient l'étrier. Elle monte à cheval; un écuyer et une gouvernante la suivent.
SALVIATI.
La jolie jambe, chère fille! Tu es un rayon de soleil, et tu as brûlé la moelle de mes os.
LOUISE.
Seigneur, ce n'est pas là le langage d'un cavalier.
SALVIATI.
Quels yeux tu as, mon cher coeur! quelle belle épaule à essuyer, tout humide et si fraîche! Que faut-il te donner pour être ta camériste cette nuit? Le joli pied à déchausser!
LOUISE.
Lâche mon pied, Salviati.
SALVIATI.
Non, par le corps de Bacchus! jusqu'à ce que tu m'aies dit quand nous coucherons ensemble.
Louise frappe son cheval et part au galop.
UN MASQUE, à Salviati.
La petite Strozzi s'en va rouge comme la braise;--vous l'avez fâchée, Salviati.
SALVIATI.
Baste! colère de jeune fille et pluie du matin...
Il sort.
SCÈNE III
Chez le marquis de Cibo.
LE MARQUIS, en habit de voyage, LA MARQUISE, ASCANIO, LE CARDINAL CIBO, assis.
LE MARQUIS, embrassant son fils.
Je voudrais pouvoir t'emmener, petit, toi et ta grande épée qui te traîne entre les jambes. Prends patience: Massa n'est pas bien loin, et je te rapporterai un bon cadeau.
LA MARQUISE.
Adieu, Laurent; revenez, revenez!
LE CARDINAL.
Marquise, voilà des pleurs qui sont de trop. Ne dirait-on pas que mon frère part pour la Palestine? Il ne court pas grand danger dans ses terres, je crois.
LE MARQUIS.
Mon frère, ne dites pas de mal de ces belles larmes.
Il embrasse sa femme.
LE CARDINAL.
Je voudrais seulement que l'honnêteté n'eût pas cette apparence.
LA MARQUISE.
L'honnêteté n'a-t-elle point de larmes, monsieur le cardinal? sont-elles toutes au repentir ou à la crainte?
LE MARQUIS.
Non, par le ciel! car les meilleures sont à l'amour. N'essuyez pas celles-ci sur mon visage, le vent s'en chargera en route: qu'elles se sèchent lentement! Eh bien! ma chère, vous ne me dites rien pour vos favoris? n'emporterai-je pas, comme de coutume, quelque belle harangue sentimentale à faire de votre part aux roches et aux cascades de mon vieux patrimoine?
LA MARQUISE.
Ah! mes pauvres cascatelles!
LE MARQUIS.
C'est la vérité, ma chère âme, elles sont toutes tristes sans vous. (Plus bas.) Elles ont été joyeuses autrefois, n'est-il pas vrai, Ricciarda?
LA MARQUISE.
Emmenez-moi!
LE MARQUIS.
Je le ferais si j'étais fou, et je le suis presque, avec ma vieille mine de soldat. N'en parlons plus;--ce sera l'affaire d'une semaine. Que ma chère Ricciarda voie ses jardins quand ils sont tranquilles et solitaires; les pieds boueux de mes fermiers ne laisseront pas de trace dans ses allées chéries. C'est à moi de compter mes vieux troncs d'arbres qui me rappellent ton père Albéric, et tous les brins d'herbe de mes bois; les métayers et leurs boeufs, tout cela me regarde. A la première fleur que je verrai pousser, je mets tout à la porte, et je vous emmène alors.
LA MARQUISE.
La première fleur de notre belle pelouse m'est toujours chère. L'hiver est si long! Il me semble toujours que ces pauvres petites ne reviendront jamais.
ASCANIO.
Quel cheval as-tu, mon père, pour t'en aller?
LE MARQUIS.
Viens avec moi dans la cour, tu le verras.
Il sort.--La marquise reste seule avec le cardinal.--Un silence.
LE CARDINAL.
N'est-ce pas aujourd'hui que vous m'avez demandé d'entendre votre confession, marquise?
LA MARQUISE.
Dispensez-m'en, cardinal. Ce sera pour ce soir, si Votre Éminence est libre, ou demain, comme elle voudra.--Ce moment-ci n'est pas à moi.
Elle se met à la fenêtre et fait un signe d'adieu à son mari.
LE CARDINAL.
Si les regrets étaient permis à un fidèle serviteur de Dieu, j'envierais le sort de mon frère.--Un si court voyage, si simple, si tranquille!--une visite à une de ses terres qui n'est qu'à quelques pas d'ici!--une absence d'une semaine,--et tant de tristesse, une si douce tristesse, veux-je dire, à son départ! Heureux celui qui sait se faire aimer ainsi après sept années de mariage!--N'est-ce pas sept années, marquise?
LA MARQUISE.
Oui, cardinal; mon fils a six ans.
LE CARDINAL.
Étiez-vous hier à la noce des Nasi?
LA MARQUISE.
Oui, j'y étais.
LE CARDINAL.
Et le duc en religieuse?
LA MARQUISE.
Pourquoi le duc en religieuse?
LE CARDINAL.
On m'avait dit qu'il avait pris ce costume; il se peut qu'on m'ait trompé.
LA MARQUISE.
Il l'avait en effet. Ah! Malaspina, nous sommes dans un triste temps pour toutes les choses saintes!
LE CARDINAL.
On peut respecter les choses saintes, et, dans un jour de folie, prendre le costume de certains couvents, sans aucune intention hostile à la sainte Église catholique.
LA MARQUISE.
L'exemple est à craindre, et non l'intention. Je ne suis pas comme vous; cela m'a révoltée. Il est vrai que je ne sais pas bien ce qui se peut et ce qui ne se peut pas, selon vos règles mystérieuses. Dieu sait où elles mènent. Ceux qui mettent les mots sur leur enclume, et qui les tordent avec un marteau et une lime, ne réfléchissent pas toujours que ces mots représentent des pensées, et ces pensées des actions.
LE CARDINAL.
Bon, bon! le duc est jeune, marquise, et gageons que cet habit coquet des nonnes lui allait à ravir.
LA MARQUISE.
On ne peut mieux; il n'y manquait que quelques gouttes du sang de son cousin, Hippolyte de Médicis.
LE CARDINAL.
Et le bonnet de la Liberté, n'est-il pas vrai, petite soeur? Quelle haine pour ce pauvre duc!
LA MARQUISE.
Et vous, son bras droit, cela vous est égal que le duc de Florence soit le préfet de Charles-Quint, le commissaire civil du pape, comme Baccio est son commissaire religieux? Cela vous est égal, à vous, frère de mon Laurent, que notre soleil, à nous, promène sur la citadelle des ombres allemandes? que César parle ici dans toutes les bouches? que la débauche serve d'entremetteuse à l'esclavage, et secoue ses grelots sur les sanglots du peuple? Ah! le clergé sonnerait au besoin toutes ses cloches pour en étouffer le bruit et pour réveiller l'aigle impérial, s'il s'endormait sur nos pauvres toits.
Elle sort.
LE CARDINAL, seul, soulève la tapisserie et appelle à voix basse.
Agnolo!
Entre un page.
Quoi de nouveau aujourd'hui?
AGNOLO.
Cette lettre, monseigneur.
LE CARDINAL.
Donne-la-moi.
AGNOLO.
Hélas! Éminence, c'est un péché.
LE CARDINAL.
Rien n'est un péché quand on obéit à un prêtre de l'Église romaine.
Agnolo remet la lettre.
Cela est comique d'entendre les fureurs de cette pauvre marquise, et de la voir courir à un rendez-vous d'amour avec le cher tyran, toute baignée de larmes républicaines.
Il ouvre la lettre et lit.
«Ou vous serez à moi, ou vous aurez fait mon malheur, le vôtre et celui de nos deux maisons.»
Le style du duc est laconique, mais il ne manque pas d'énergie. Que la marquise soit convaincue ou non, voilà le difficile à savoir. Deux mois de cour presque assidue, c'est beaucoup pour Alexandre; ce doit être assez pour Ricciarda Cibo.
Il rend la lettre au page.
Remets cela chez ta maîtresse; tu es toujours muet, n'est-ce pas? Compte sur moi.
Il lui donne sa main à baiser et sort.
SCÈNE IV
Une cour du palais du duc.
LE DUC ALEXANDRE, sur une terrasse; des pages exercent des chevaux dans la cour. Entrent VALORI ET SIRE MAURICE.
LE DUC, à Valori.
Votre Éminence a-t-elle reçu ce matin des nouvelles de la cour de Rome?
VALORI.
Paul III envoie mille bénédictions à Votre Altesse, et fait les voeux les plus ardents pour sa prospérité.
LE DUC.
Rien que des voeux, Valori?
VALORI.
Sa Sainteté craint que le duc ne se crée de nouveaux dangers par trop d'indulgence. Le peuple est mal habitué à la domination absolue; et César, à son dernier voyage, en a dit autant, je crois, à Votre Altesse.
LE DUC.
Voilà, pardieu! un beau cheval, sire Maurice! Eh! quelle croupe de diable!
SIRE MAURICE.
Superbe, Altesse.
LE DUC.
Ainsi, monsieur le commissaire apostolique, il y a encore quelques mauvaises branches à élaguer. César et le pape ont fait de moi un roi; mais, par Bacchus, ils m'ont mis dans la main une espèce de sceptre qui sent la hache d'une lieue. Allons! voyons, Valori, qu'est-ce que c'est?
VALORI.
Je suis un prêtre, Altesse; si les paroles que mon devoir me force à vous rapporter fidèlement doivent être interprétées d'une manière aussi sévère, mon coeur me défend d'y ajouter un mot.
LE DUC.
Oui, oui, je vous connais pour un brave. Vous êtes, pardieu! le seul prêtre honnête homme que j'aie vu de ma vie.
VALORI.
Monseigneur, l'honnêteté ne se perd ni ne se gagne sous aucun habit; et parmi les hommes il y a plus de bons que de méchants.
LE DUC.
Ainsi donc, point d'explications?
SIRE MAURICE.
Voulez-vous que je parle, monseigneur? tout est facile à expliquer.
LE DUC.
Eh bien?
SIRE MAURICE.
Les désordres de la cour irritent le pape.
LE DUC.
Que dis-tu là, toi?
SIRE MAURICE.
J'ai dit les désordres de la cour, Altesse; les actions du duc n'ont d'autre juge que lui-même. C'est Lorenzo de Médicis que le pape réclame comme transfuge de sa justice.
LE DUC.
De sa justice? Il n'a jamais offensé de pape, à ma connaissance, que Clément VII, feu mon cousin, qui, à cette heure, est en enfer.
SIRE MAURICE.
Clément VII a laissé sortir de ses États le libertin qui, un jour d'ivresse, avait décapité les statues de l'arc de Constantin. Paul III ne saurait pardonner au modèle titré de la débauche florentine.
LE DUC.
Ah parbleu! Alexandre Farnèse est un plaisant garçon! Si la débauche l'effarouche, que diable fait-il de son bâtard, le cher Pierre Farnèse, qui traite si joliment l'évêque de Fano? Cette mutilation revient toujours sur l'eau, à propos de ce pauvre Renzo. Moi, je trouve cela drôle, d'avoir coupé la tête à tous ces hommes de pierre. Je protège les arts comme un autre, et j'ai chez moi les premiers artistes de l'Italie; mais je n'entends rien au respect du pape pour ces statues, qu'il excommunierait demain, si elles étaient en chair et en os.
SIRE MAURICE.
Lorenzo est un athée; il se moque de tout. Si le gouvernement de Votre Altesse n'est pas entouré d'un profond respect, il ne saurait être solide. Le peuple appelle Lorenzo Lorenzaccio: on sait qu'il dirige vos plaisirs, et cela suffit.
LE DUC.
Paix! tu oublies que Lorenzo de Médicis est cousin d'Alexandre.
Entre le cardinal Cibo.
Cardinal, écoutez un peu ces messieurs qui disent que le pape est scandalisé des désordres de ce pauvre Renzo, et qui prétendent que cela fait tort à mon gouvernement.
LE CARDINAL.
Messire Francesco Molza vient de débiter à l'Académie romaine une harangue en latin contre le mutilateur de l'arc de Constantin.
LE DUC.
Allons donc, vous me mettriez en colère! Renzo, un homme à craindre! le plus fieffé poltron! une femmelette, l'ombre d'un ruffian énervé! un rêveur qui marche nuit et jour sans épée, de peur d'en apercevoir l'ombre à son côté! d'ailleurs un philosophe, un gratteur de papier, un méchant poète qui ne sait seulement pas faire un sonnet! Non, non, je n'ai pas encore peur des ombres. Eh! corps de Bacchus! que me font les discours latins et les quolibets de ma canaille! J'aime Lorenzo, moi, et, par la mort de Dieu! il restera ici.
LE CARDINAL.
Si je craignais cet homme, ce ne serait pas pour votre cour, ni pour Florence, mais pour vous, duc.
LE DUC.
Plaisantez-vous, cardinal, et voulez-vous que je vous dise la vérité?
Il lui parle bas.
Tout ce que je sais de ces damnés bannis, de tous ces républicains entêtés qui complotent autour de moi, c'est par Lorenzo que je le sais. Il est glissant comme une anguille; il se fourre partout et me dit tout. N'a-t-il pas trouvé moyen d'établir une correspondance avec tous ces Strozzi de l'enfer? Oui, certes, c'est mon entremetteur; mais croyez que son entremise, si elle nuit à quelqu'un, ne me nuira pas. Tenez!
Lorenzo paraît au fond d'une galerie basse.
Regardez-moi ce petit corps maigre, ce lendemain d'orgie ambulant. Regardez-moi ces yeux plombés, ces mains fluettes et maladives, à peine assez fermes pour soutenir un éventail; ce visage morne, qui sourit quelquefois, mais qui n'a pas la force de rire. C'est là un homme à craindre? Allons, allons! vous vous moquez de lui. Hé! Renzo, viens donc ici; voilà sire Maurice qui te cherche dispute.
LORENZO, montant l'escalier de la terrasse.
Bonjour, messieurs les amis de mon cousin!
LE DUC.
Lorenzo, écoute ici. Voilà une heure que nous parlons de toi. Sais-tu la nouvelle? Mon ami, on t'excommunie en latin, et sire Maurice t'appelle un homme dangereux, le cardinal aussi; quant au bon Valori, il est trop honnête homme pour prononcer ton nom.
LORENZO.
Pour qui dangereux, Éminence? pour les filles de joie, ou pour les saints du paradis?
LE CARDINAL.
Les chiens de cour peuvent être pris de la rage comme les autres chiens.
LORENZO.
Une insulte de prêtre doit se faire en latin.
SIRE MAURICE.
Il s'en fait en toscan, auxquelles on peut répondre.
LORENZO.
Sire Maurice, je ne vous voyais pas; excusez-moi, j'avais le soleil dans les yeux; mais vous avez un bon visage et votre habit me paraît tout neuf.
SIRE MAURICE.
Comme votre esprit; je l'ai fait faire d'un vieux pourpoint de mon grand-père.
LORENZO.
Cousin, quand vous aurez assez de quelque conquête des faubourgs, envoyez-la donc chez sire Maurice. Il est malsain de vivre sans femme, pour un homme qui a, comme lui, le cou court et les mains velues.
SIRE MAURICE.
Celui qui se croit le droit de plaisanter doit savoir se défendre. A votre place, je prendrais une épée.
LORENZO.
Si on vous a dit que j'étais un soldat, c'est une erreur, je suis un pauvre amant de la science.
SIRE MAURICE.
Votre esprit est une épée acérée, mais flexible. C'est une arme trop vile; chacun fait usage des siennes.
Il tire son épée.
VALORI.
Devant le duc, l'épée nue!
LE DUC, riant.
Laissez faire, laissez faire. Allons, Renzo, je veux te servir de témoin; qu'on lui donne une épée!
LORENZO.
Monseigneur, que dites-vous là?
LE DUC.
Eh bien! ta gaieté s'évanouit si vite? Tu trembles, cousin? Fi donc! tu fais honte au nom des Médicis. Je ne suis qu'un bâtard, et je le porterais mieux que toi, qui es légitime! Une épée, une épée! un Médicis ne se laisse point provoquer ainsi. Pages, montez ici; toute la cour le verra, et je voudrais que Florence entière y fût.
LORENZO.
Son Altesse se rit de moi.
LE DUC.
J'ai ri tout à l'heure, mais maintenant je rougis de honte. Une épée!
Il prend l'épée d'un page et la présente à Lorenzo.
VALORI.
Monseigneur, c'est pousser trop loin les choses. Une épée tirée en présence de Votre Altesse est un crime punissable dans l'intérieur du palais.
LE DUC.
Qui parle ici, quand je parle?
VALORI.
Votre Altesse ne peut avoir eu d'autre dessein que celui de s'égayer un instant, et sire Maurice lui-même n'a point agi dans une autre pensée.
LE DUC.
Et vous ne voyez pas que je plaisante encore! Qui diable pense ici à une affaire sérieuse? Regardez Renzo, je vous en prie: ses genoux tremblent; il serait devenu pâle, s'il pouvait le devenir. Quelle contenance, juste Dieu! je crois qu'il va tomber.
Lorenzo chancelle; il s'appuie sur la balustrade et glisse à terre tout d'un coup.
LE DUC, riant aux éclats.
Quand je vous le disais! personne ne le sait mieux que moi; la seule vue d'une épée le fait trouver mal. Allons! chère Lorenzetta, fais-toi emporter chez ta mère.
Les pages relèvent Lorenzo.
SIRE MAURICE.
Double poltron! fils de catin!
LE DUC.
Silence! sire Maurice; pesez vos paroles, c'est moi qui vous le dis maintenant; pas de ces mots-là devant moi.
Sire Maurice sort.
VALORI.
Pauvre jeune homme!
LE CARDINAL, resté seul avec le duc.
Vous croyez à cela, monseigneur?
LE DUC.
Je voudrais bien savoir comment je n'y croirais pas.
LE CARDINAL.
Hum! c'est bien fort.
LE DUC.
C'est justement pour cela que j'y crois. Vous figurez-vous qu'un Médicis se déshonore publiquement, par partie de plaisir? D'ailleurs ce n'est pas la première fois que cela lui arrive; jamais il n'a pu voir une épée.
LE CARDINAL.
C'est bien fort, c'est bien fort!
Ils sortent.
SCÈNE V
Devant l'église de Saint-Miniato à Montolivet.--La foule sort de l'église.
UNE FEMME, à sa voisine.
Retournez-vous ce soir à Florence?
LA VOISINE.
Je ne reste jamais plus d'une heure ici, et je n'y viens jamais qu'un seul vendredi[B]; je ne suis pas assez riche pour m'arrêter à la foire; ce n'est pour moi qu'une affaire de dévotion, et que cela suffise pour mon salut, c'est tout ce qu'il me faut.
[Note B: On allait à Montolivet tous les vendredis de certains mois: c'était à Florence ce que Longchamp était autrefois à Paris: les marchands y trouvaient l'occasion d'une foire et y transportaient leurs boutiques. (Note de l'auteur.)]
UNE DAME DE LA COUR, à une autre.
Comme il a bien prêché! c'est le confesseur de ma fille.
Elle s'approche d'une boutique.
Blanc et or, cela fait bien le soir; mais le jour, le moyen d'être propre avec cela!
Le marchand et l'orfèvre devant leurs boutiques avec quelques cavaliers.