‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 103 sur 112 · XV.

XV.

QUAND LA MORT GLACE CETTE ARGILE SOUFFRANTE.

1. Quand la mort glace cette argile souffrante, hélas! où notre ame immortelle va-t-elle s'égarer? Elle ne peut périr, elle ne peut demeurer; mais elle fuit loin de la sombre poussière de notre corps. Alors, sans matérielle enveloppe, suit-elle pas à pas la céleste route de chaque planète? ou bien remplit-elle soudain les royaumes de l'espace, pour étendresa vue immense sur la création tout entière?

2. Éternelle, infinie, immuable, pensée invisible qui voit néanmoins toutes choses, elle contemplera et rappellera devant elle tous les phénomènes présens ou passés de la terre et des cieux. Ces traces obscures qui conservent si vaguement dans notre esprit le souvenir des années écoulées, l'ame les embrasse d'un vaste coup d'oeil, et tout ce qui fut lui apparaît à la fois.

3. Elle remontera le cours des âges jusques à la création qui peupla notre globe, et plongera son regard jusque dans le chaos. Elle élèvera son vol jusques aux plus lointaines frontières du ciel: et là où l'avenir se prépare à créer ou détruire, elle étendra sa vue sur tout ce qui doit être. Tandis que le soleil s'éteindra, ou que notre système planétaire se brisera, elle restera immobile dans son éternité.

4. Au-dessus de l'amour, de l'espoir, de la haine ou de la crainte, elle vivra pure et libre de passions: pour elle, un siècle passera comme une année de la terre, les années ne dureront qu'un instant. Loin, bien loin d'ici-bas, au-dessus et au travers de toutes choses, sa pensée planera sans ailes: substance sans nom, substance éternelle, elle oubliera ce que c'est que de mourir.

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