‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 104 sur 112 · XVI.

XVI.

VISION DE BALTHAZAR.

1. Le roi était sur son trône, les satrapes encombraient la salle: mille flambeaux étincelans éclairaient cette magnifique fête. Mille coupes d'or, vouées naguère au culte divin chez le peuple de Juda;--oui, les vases sacrés de Jéhovah s'emplissaient de vin pour les Gentils, contempteurs de Dieu.

2. Soudain, dans cette même salle, une main appliqua ses doigts sur le mur, et se mit à écrire comme sur le sable; c'étaient les doigts d'un homme;--une main solitaire parcourait les lettres, et, comme une baguette, en suivait tous les traits.

3. A cette vue, le monarque frémit, et imposa fin à la joie. Le sang se retira de ses joues, et sa voix devint tremblante.--«Viennent les hommes de la science, les sages de la terre; qu'ils expliquent ces mots de terreur qui troublent nos royaux plaisirs.»

4. Les prophètes de la Chaldée sont habiles; mais ici leur talent est nul: inconnues leur étaient ces lettres, qui restaient toujours là, inexplicables et terribles. Les vieillards de Babylone sont sages et profonds en savoir; mais alors échoua leur sagesse: ils virent ces lettres,--et n'en surent pas davantage.

5. Un captif, jeune homme transplanté sur ce sol étranger;--entendit l'ordre du roi, et vit le vrai sens des caractères écrits sur le mur. Les lumières brillaient tout alentour; la prophétie frappait tous les regards: il la lut,--et le jour qui suivit cette nuit en prouva la vérité.

6. «Balthazar a sa tombe prête: son royaume n'est plus. Balthazar, pesé dans la balance, n'est qu'argile indigne et légère. Il aura le linceul pour manteau royal, et pour dais la pierre du sépulcre. Le Mède est à la porte du palais! le Perse, sur le trône!»

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