‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 12 sur 112 · XII.

XII.

A.....

1. Oh! oui, j'avouerai que nous étions chers l'un à l'autre; les amitiés de l'enfance quoique légères sont vraies; l'amour que vous sentiez était un amour de frère, et moi je nourrissais pour vous la même tendresse.

2. Mais l'amitié peut renoncer à ses douces lois: une affection de plusieurs années en un moment expire. Comme l'amour, l'amitié a aussi des ailes rapides; mais elle ne brûle pas, comme l'amour, de flammes inextinguibles.

3. Bien souvent nous avons erré ensemble sur l'Ida[13]: heureuses furent les scènes de notre jeunesse! Je l'avoue. Au printems de notre vie, comme le ciel est serein! Mais aujourd'hui s'amoncellent les rudes tempêtes de l'hiver.

[Note 13: Nom poétique de Harrow-on-the-hill, où Lord Byron fut élevé. Voir la Vie de Byron.

(N. du Tr.)]

4. La mémoire, cessant de s'unir à l'affection, ne nous retracera plus les plaisirs accoutumés de notre enfance: quand l'orgueil couvre le sein d'acier, le coeur est inflexible, et ce qui serait justice ne semble plus que honte.

5. Cependant; cher S***, car je dois encore vous estimer, je ne puis jamais adresser un reproche à ceux que j'aime, et ceux-là sont en petit nombre; le hasard qui vous a perdu peut un jour racheter vos torts, le repentir effacera le serment que vous avez fait.

6. Je ne me plaindrai pas, et, quoique notre affection soit glacée, aucun secret ressentiment ne vivra dans mon coeur: mes esprits sont calmés par une réflexion simple; c'est que tous deux nous pouvons avoir tort, et que tous deux nous devrions pardonner.

7. Vous saviez que mon ame, mon coeur, mon existence vous appartenaient, si le danger l'eût demandé; vous saviez que ni les ans, ni l'éloignement ne pouvaient me changer, que j'étais dévoué tout entier à l'amour et à l'amitié.

8. Vous saviez..., mais arrière cette vaine image du passé! Les liens de l'affection sont désormais brisés: trop tard peut-être vous retrouverez ces tendres souvenirs qui vous accableront, et vous soupirerez sur la perte de votre ancien ami.

9. Pour le moment, nous nous séparons: j'espère que ce n'est point pour toujours; car le tems et le regret vous rendront enfin à l'amitié. Nous devons tous deux tâcher d'oublier nos dissentimens: je ne demande pas d'autre expiation que des jours semblables aux jours passés.

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