IX.
STANCES.
1. Plût à Dieu que je fusse encore un enfant étourdi, séjournant encore dans ma caverne des Highlands, errant dans la sombre forêt ou jouant sur la vague bleuâtre! La pompe incommode de l'orgueil saxon[57] ne va pas à une ame libre qui aime les flancs escarpés de la montagne et cherche les rocs où se brisent les ondes.
[Note 57: Sassenagh ou Saxon, mot de la langue erse, signifiant ou Lowlander (habitant de la partie basse de l'Écosse), ou Anglais.]
2. Fortune! reprends ces plaines cultivées, reprends ce nom éclatant! Je hais l'attouchement des mains serviles; je hais les esclaves qui rampent autour de moi: place-moi sur les rochers que j'aime, qui répondent aux rugissemens sauvages de l'océan. Je ne te demande qu'une faveur,--celle d'errer encore au milieu des scènes que ma jeunesse a connues.
3. J'ai vécu peu d'années, et je sens déjà que le monde n'est pas fait pour moi.--Ah! pourquoi d'épaisses ténèbres cachent-elles l'heure où l'homme doit cesser d'être? Autrefois j'avais devant les yeux un rêve éblouissant, une scène imaginaire de bonheur. O vérité!--pourquoi tes odieux rayons éclairèrent-ils à mon réveil un monde tel que celui-ci?
4. J'aimais;--mais ceux que j'aimais ne sont plus; j'avais des amis,--mes jeunes amis ont disparu. Ah! quelle tristesse pèse sur un coeur solitaire, quand toutes ses espérances sont mortes! Quoique de gais compagnons, le verre en main, chassent un instant le sentiment du malheur; quoique le plaisir agite l'ame délirante, ah! le coeur--le coeur est toujours vide.
5. Quel ennui! Entendre la voix de ceux que le rang ou le hasard, que la richesse ou le pouvoir associent sans amitié ou inimitié à nos heures de fête. Rendez-moi quelques amis fidèles, dont l'âge et les sentimens soient les miens, et je fuirai la réunion nocturne et bruyante où la joie n'est pourtant qu'un nom.
6. Et toi, femme! être adorable! mon espoir, ma consolation, mon tout! Combien mon sang doit être refroidi, puisque je commence à me blâser de tes sourires! J'abandonnerais sans soupirer cette scène agitée de maux brillans, pour posséder ce contentement calme que la vertu connaît ou semble connaître.
7. Je fuirais volontiers les demeures des hommes. Je veux fuir, et non haïr le genre humain; mon coeur soupire après la sombre vallée dont l'obscurité convient aux sombres pensers. Oh! que n'ai-je les ailes qui portent la tourterelle à son nid! je m'élancerais vers la voûte des cieux, pour m'enfuir et m'aller reposer[58].
[Note 58: Psaume LV, vers. 6.--«Et je dis, Oh! que n'ai-je des ailes comme la colombe, alors je m'enfuirais et m'irais reposer.» Ce verset fait partie de la plus belle antienne de notre langue.]