‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 30 sur 112 · III.

III.

TOMBEAU DE CHURCHILL[103],

FAIT EXACT A LA LETTRE.

J'étais près du tombeau de celui qui brilla comme une comète dans son âge, et je vis le plus humble de tous les sépulcres: je contemplai, non sans un vif chagrin et un profond respect, ce gazon négligé; et cette pierre paisible, marquée d'un nom aussi effacé que les noms inconnus d'alentour dont personne ne tente la lecture: puis je demandai au gardien du jardin pourquoi les étrangers interrogeaient sa mémoire sur ce monument, à travers les morts amoncelés d'un demi-siècle; et il me répondit:--«Ma foi! je ne sais pas du tout pourquoi tant de voyageurs viennent en pélerinage à cette tombe: ce mort est ici arrivé avant que je fusse concierge, et ce n'est pas moi qui fis creuser cette fosse.».--Est-ce là tout? me dis-je en moi-même;--déchirons-nous le voile de l'immortalité; voulons-nous je ne sais quel honneur et quelle gloire dans les âges encore à naître, pour endurer un tel outrage, si tôt et si malheureusement?--Comme je me parlais ainsi, l'architecte de tous ceux que nous foulons aux pieds (car la terre n'est qu'un vaste tombeau) essaya de débrouiller les souvenirs de cette argile dont la combinaison confondrait la pensée d'un Newton, s'il n'était pas vrai que la vie terrestre dût aboutir à une autre dont elle n'est que le rêve;--enfin le gardien, saisissant, pour ainsi dire, le crépuscule d'un soleil couché, me dit ces mots:--«Je crois que l'homme dont vous vous informez, et qui gît dans cette tombe choisie, fut un très-fameux écrivain de son tems: et les voyageurs s'écartent de leur route pour lui payer un tribut d'hommages,--et payer ma peine de ce qu'il plaira à votre honneur.»--Alors, tout content, je tirai du coin avare de ma poche quelques pièces d'argent, que je donnai, presque par force, à cet homme, quoiqu'il eût été fort inconvenant d'épargner cette dépense:--vous souriez, je le vois, hommes profanes! pendant tout mon récit, parce que ma plume grossière vous peint la vérité toute nue. C'est de vous qu'il faut rire, et non de moi;--car je restai, avec une pensée profonde et avec un oeil attendri, sur la phrase du vieux concierge, sur cette homélie naturelle où contrastaient l'obscurité et la gloire, l'éclat et le néant d'un nom.

[Note 103: Charles Churchill, poète satirique, né en 1731, mort en 1764. Il publia plusieurs poèmes, remarquables par une raillerie fine et mordante: entr'autres, la Rosciade, la Nuit, l'Esprit, etc.

(N. du. Tr.)]

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