‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 31 sur 112 · IV.

IV.

PROMÉTHÉE.

1. Titan! dont les immortels regards ne virent pas les souffrances de la race mortelle dans leur affreuse réalité avec le froid mépris des dieux: quelle fut la récompense de ta pitié? un horrible supplice, en silence souffert; un rocher, un vautour, une chaîne, tout ce que les ames fières sentent de peine; l'agonie qu'elles ne veulent pas montrer; cet accablant sentiment de misère qui renferme sa voix en lui-même, qui craint de rencontrer dans les airs quelque oreille attentive à sa plainte, qui retient ses soupirs tant qu'un écho pourrait y répondre.

2. Titan! à toi fut donné de soutenir un combat cruel entre la souffrance et la volonté; véritable torture de l'être qu'il ne peut tuer! Le ciel inexorable, la sourde tyrannie du destin, ce souverain principe de haine, qui crée pour son plaisir ce qu'il pourrait anéantir, te refusa jusqu'à la faveur de mourir. Le don fatal d'éternité fut ton lot,--et tu l'as bien supporté. Tout ce que le maître du tonnerre t'arracha, ce fut la menace qui rejeta sur lui les tourmens de ton supplice; tu prévoyais la destinée, mais tu ne voulus pas dire un mot pour apaiser ton persécuteur; dans ton silence fut son arrêt; dans son ame un vain repentir et une crainte funeste qu'il sut si mal dissimuler, que les foudres en sa main tremblèrent.

3. Ton divin crime fut d'être bon, de diminuer par tes enseignemens la somme de l'humaine misère, de faire puiser à l'homme sa force dans son esprit. Mais, puni d'en haut comme tu le fus, c'est encore toi qui, par ton énergie patiente, par ta constance, par les refus de ton ame inflexible que la terre et le ciel ne purent ébranler, nous as légué une leçon puissante. Tu es aux mortels un symbole et un signe de leur destin et de leur force: comme toi, l'homme est en partie divin, une onde troublée, descendue d'une source pure; l'homme peut en partie prévoir sa funèbre destinée, sa misère, sa résistance, son existence triste et isolée;--mais son ame peut opposer sa force à tous les maux;--peut opposer une volonté ferme et une intelligence profonde qui, même au sein des tortures, découvrent leur propre récompense en elles-mêmes: son ame triomphe dès qu'elle ose porter le défi, et soudain elle fait de la mort une victoire.

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