‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 37 sur 112 · X.

X.

ODE A L'ILE DE SAINTE-HÉLÈNE.

1. Paix à toi, île de l'Océan! Salut à tes brises et à tes vagues! Salut à tes rochers contre lesquels le perpétuel retour des marées fait écumer le flot blanchâtre! Riche sera la guirlande que l'histoire tressera pour toi! Immortelle en sera la verdure! Quand les nations, qui te laissent aujourd'hui dans l'obscurité, fléchiront tour à tour le genou devant la baguette de l'oubli, ta gloire ne sera pas changée,--ta renommée ne sera pas ternie:--l'hommage des siècles rendra ton nom sacré.

2. Salut au guerrier qui repose sur ton sol le riche fardeau de sa gloire[129]! Quand la mesure de ses jours sera comble, et que la chronique de sa vie sera close, ses exploits seront consacrés dans les annales de Clio! Sa valeur le rangera parmi les plus illustres preux de tous les âges, et les monarques futurs s'inclineront devant son génie:--les chants des poètes,--les leçons des sages--le diront la merveille et l'ornement du monde. Devant toi, ô météore de la Gaule, les autres météores de l'histoire s'évanouiront éclipsés par ta splendeur.

[Note 129: Cette strophe seule devra réconcilier le lecteur avec Lord Byron, qui l'aura sans doute indisposé comme nous par l'amertume plus que sévère avec laquelle il reprochait à Napoléon (Ode VIII) de ne s'être pas tué après Waterloo.

(N. du Tr.)]

3. De salutaires zéphirs rafraîchiront ton atmosphère, île éblouissante de gloire! Des contrées les plus éloignées, il te viendra un peuple de pélerins, tribu aussi indépendante que tes vagues! Ta grève, au loin resplendissante, arrêtera le voyageur qui voudra jeter un rapide coup-d'oeil sur un lieu si renommé:--chaque touffe de gazon, chaque pierre, chaque roc, retardera son séjour sur ce sol qu'auront sanctifié les pas de l'exilé! car c'est de lui que tu recevras un lustre divin: le déclin de son soleil a été le lever du tien.

4. Et quels bras l'ont enchaîné? les bras qui avaient lutté faiblement contre le sien:--les nations qui l'avaient souvent bravé, mais n'avaient pu le dompter jusqu'à ce jour! les monarques qui maintes fois courbèrent la tête devant sa clémence, et reçurent de sa main les couronnes que leur avait ravies la guerre!--Le vainqueur, aujourd'hui vaincu, l'aigle aujourd'hui frappé à mort, laisserait-il leur vengeance sévère éteindre les rayons de son étoile! Non: la gloire apparaît, vêtue d'une splendeur nouvelle, et l'astre des siècles revient à l'ascendant.

5. Pure à jamais soit la bruyère de tes montagnes! riche la verdure de tes pâturages! limpides et intarissables les eaux de tes fontaines! Puissent tes annales n'être souillées d'aucuns désastres! Élève-toi sur la surface de l'Océan, comme un magnifique autel, comme un saint reliquaire cher aux prières du genre humain!--Vienne se briser contre les rochers de ton rivage la rage de la tempête,--la lutte dévastatrice des vagues et des vents!--Qu'au haut de tes créneaux déploie long-tems ses ailes l'aigle, ton ornement; l'aigle, orgueil de l'univers.

6. Il se flétrira, le lis qui fleurit à cette heure! Où est la main qui peut le nourrir? Les nations qui le relevèrent le regarderont dépérir: les rosées froides jetteront sur lui une malédiction précoce. Alors la violette qui fleurit dans les vallées chargera la brise de son vivifiant parfum: alors, aussitôt que l'esprit de liberté ralliera les peuples pour chanter une antienne funèbre sur la tombe de la tyrannie, la vaste Europe craindra que ton étoile ne paraisse soudain sur l'horizon, et n'éclipse les astres pestifères du septentrion.

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