XI.
A NAPOLÉON.
(Traduit du français.)
«Tout le monde pleurait, mais surtout Savary, et un officier polonais qui devait son élévation à Bonaparte. Il s'attachait aux genoux de son maître; il écrivit à lord Keith, pour demander la permission d'accompagner Napoléon, même en qualité de domestique: demande qui ne put être accordée.»
1. Dois-tu partir, ô mon illustre chef, séparé du petit nombre des braves qui te sont restés fidèles? Qui peut dire la douleur de ton soldat, dont la raison s'égare à ce long adieu? J'ai connu les feux de l'amour, les ardeurs de l'amitié; mais qu'est-ce que tout cela auprès de ce que je sens pour toi, auprès du zèle d'un guerrier fidèle?
2. Idole du soldat! Grand dans les combats; mais plus grand encore aujourd'hui: plusieurs purent gouverner un monde, toi seul ne courbas pas la tête sous l'arrêt du destin. Que d'années j'ai bravé la mort à tes côtés! et j'enviais ceux qui succombaient, lorsque leur cri de mort était encore une bénédiction pour le maître qu'ils servaient si bien[130].
[Note 130: «A Waterloo, on vit un homme, dont le bras gauche avait été cassé par un boulet de canon, s'arracher ce bras avec la main droite, le lancer en l'air, et crier à ses camarades: «Vive l'Empereur, jusqu'à la mort!» Il y a plusieurs autres exemples de la sorte: celui que je vous rapporte, vous pouvez le regarder comme authentique.»
(Lettre particulière de Bruxelles.)]
3. Que ne suis-je, comme eux, une froide poussière, puisque je vis pour voir cette heure fatale, où tes timides ennemis hésitent de laisser un homme en tes mains, de peur que tes compagnons d'exil ne deviennent, pour toi, autant d'instrumens de liberté! Oh! dans le fond des cachots, toutes leurs chaînes me seraient légères; tant que je pourrais contempler ton ame invaincue.
4. Les flatteurs de cet homme, aujourd'hui si sourd à la prière d'un serviteur fidèle, voudraient-ils, si sa gloire empruntée venait à pâlir, partager avec lui obscurité dans laquelle il naquit? Si ce monde, que tu résignes avec tant de calme, devenait, à cette heure; son domaine, pourrait-il acheter, au prix de ce trône, des coeurs comme ceux qui te sont encore tout dévoués?
5. Mon chef, mon roi, mon ami, adieu! Jamais je ne m'étais encore agenouillé; jamais je ne suppliai mon souverain, comme j'implore aujourd'hui ses ennemis; et tout ce que je demande, c'est de participer à tous les périls qu'il va braver, c'est de partager à côté du héros sa chute, son exil et sa tombe.