XII.
SUR L'ÉTOILE DE LA LÉGION D'HONNEUR.
(Traduit du français.)
1. Étoile des braves!--toi, dont les rayons ont répandu tant de gloire sur les morts et sur les vivans,--enchanteresse brillante et adorée! pour te rendre hommage, des millions de soldats couraient aux armes;--redoutable météore d'immortelle origine! pourquoi naître dans le ciel pour t'éteindre sur la terre?
2. Les ames des héros moissonnés par la guerre formaient tes rayons; l'immortalité étincelait dans tes éclairs; l'harmonie de ta sphère martiale était: «Gloire là-haut, et honneur ici-bas;» et ta lumière éblouissait les yeux des hommes, comme un volcan de la voûte azurée.
3. Ton fleuve de sang roulait comme la brûlante lave, et entraînait les empires dans ses ondes. La terre tremblait sous toi jusqu'en ses fondemens, alors que tu éclairais tout l'espace; en ta présence, le soleil cessait de rayonner, devenait sombre, et quittait l'horizon.
4. Avant toi s'éleva, et avec toi s'agrandit un arc-en-ciel du plus doux éclat, de trois brillantes couleurs[131], toutes divines, et faites pour ce signe céleste; car la main de la liberté les avait alliées, comme les nuances d'une gemme immortelle.
[Note 131: Le drapeau tricolore.]
5. Une de ces couleurs était un rayon d'écarlate dérobé au soleil; une autre, le bleu foncé de l'oeil d'un séraphin; une autre, le voile blanc de radieuse lumière, dont s'enveloppe un pur esprit; les trois couleurs, ainsi assorties, semblaient le tissu d'un rêve céleste.
6. Étoile des braves! tes rayons pâlissent, et les ténèbres vont de nouveau prévaloir! Toutefois, noble arc-en-ciel de liberté, nos larmes et notre sang doivent couler pour toi. Quand ta brillante promesse s'évanouit, notre vie n'est qu'un fardeau d'argile.
7. Les pas de la liberté sanctifient les silencieuses cités des morts; les guerriers qui succombent sous ses drapeaux sont beaux et fiers dans la mort. Ainsi, puissions-nous bientôt, ô déesse, être pour toujours avec eux ou avec toi!