XX
VERS ADRESSÉS PAR LORD BYRON A SA FEMME, QUELQUES MOIS AVANT LEUR SÉPARATION.
1. Il y a une mystérieuse destinée qui entrelace si tendrement avec le fil de ma vie le fil d'une autre vue, que l'inflexible ciseau de la Parque doit les couper tous deux à la fois, ou n'en couper aucun.
2. Il y a une forme sur laquelle mes yeux ont souvent fixé leur regard avec une délicieuse extase: le jour, l'aspect de cette forme fait leur joie; la nuit, les songes leur en reproduisent l'image.
3. Il y a une voix dont les accens excitent dans mon sein une telle fièvre de ravissement, que je refuserais d'entendre un choeur de séraphins si cette voix ne devait point s'y joindre.
4. Il y a un visage dont la joue en rougissant parle d'amour: mais quand il pâlit lors d'un tendre adieu, il révèle plus de passion que les mots n'en peuvent exprimer.
5. Il y a une bouche qui a pressé la mienne, et que nulle autre n'avait pressée auparavant: elle a juré de me combler de douces félicités, et la mienne,--la mienne seule a juré de la presser encore davantage.
6. Il y a un sein,--qui tout entier m'appartient,--où je reposai souvent ma tête souffrante, une lèvre qui ne sourit qu'à moi seul, un oeil dont les larmes coulent avec les miennes.
7. Il y a deux coeurs dont les battemens frappent de mesure avec un si parfait accord; dont les pulsations se répondent si bien l'une à l'autre, qu'ils doivent continuer ensemble leurs mouvemens,--ou cesser tous deux de vivre.
8. Il y a deux ames, si semblables à deux fleuves dont les ondes aimables et paisibles se confondent en un cours égal que, lorsqu'elles se quitteront,--se quitter!--oh! non! c'est impossible:--ces deux ames n'en font qu'une.